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Edito

Depuis sa création en 1964, les chercheurs, cartographes et photographes du Service de l’Inventaire du Patrimoine de la Région Alsace ont constitué une importante documentation sur le patrimoine alsacien, riche de plus de 50.000 dossiers documentaires et de près de 250.000 clichés. 

Réalisée en format papier jusqu’en 2004 puis nativement numérique, cette documentation est désormais accessible depuis le site internet de l'inventaire du Patrimoine d’Alsace. Vous êtes ici sur la page vous permettant d’accéder directement aux dossiers numériques. Celle-ci s’enrichira pour regrouper à terme l’intégralité de la documentation produite. Vous pouvez d’ores et déjà consulter environ 20 000 dossiers des communes et enquêtes dont la liste détaillée est disponible sur cette page

D’autres dossiers viendront bientôt compléter cette base. En attendant, nous vous invitons à consulter également les dossiers documentaires numérisés sur l’onglet « dossiers documentaires » de notre site ou sur le portail documentaire du Ministère de la Culture (http://www.culture.gouv.fr/culture/inventai/patrimoine/) 

Nous vous souhaitons une agréable découverte.

Lumière sur

Établissement thermal Louis Nessel, usine de mise en bouteilles des eaux minérales Louis Nessel, puis Nessel, Brun et Cie, puis Brun & Cie, puis Société des Eaux Minérales de Soultzmatt - Source Nessel, puis régie communale des Sources de Soultzmatt, puis Société d’Économie Mixte des Sources

La mise à jour de ce dossier intervient dans le cadre d'une enquête thématique, menée en 2018 par Jérôme Raimbault et Frank Schwarz, visant à interroger la transformation du paysage des vallées vosgiennes du Haut-Rhin sous l’effet de l’industrialisation. La synthèse ci-dessous donne ainsi lieu à une organisation spécifique des informations permettant de mettre en exergue divers aspects de la problématique retenue.

Les compléments d’information portent sur l’historique et la description de l'usine. Ils ont également conduits à préciser le titre courant du dossier et à ajouter des références bibliographiques. La mise à jour a en outre donné lieu à une campagne de prises de vue complémentaire assurée par Christophe Hamm et une cartographie du site, réalisée par Abdessalem Rachedi.

Historique

Implantation originelle

L’établissement thermal de Soultzmatt est établi au nord-ouest du centre historique du village, sur la rive gauche du cours de l’Ohmbach, dans un étroit vallon encaissé entre deux versants densément boisés, celui du Heidenberg au nord et celui du Pfingstberg au sud. En aval, les parcelles en bas de versant du Heidenberg sont occupées par de la vigne. Les bains sont établis à distance de toute construction, sur des parcelles de prés de fauche et de pâture qui bordent le cours dédoublé de l’Ohmbach. Les bâtiments les plus proches consistent en un moulin, dit Hagenmühl, en amont, et une scierie, en aval. L’établissement est desservi par le chemin du Hagmühlweg conduisant de Soutzmatt à Wintzfelden.

Développement du site

Les débuts de l'exploitation de la source

La première mention écrite d’une source d’eau minérale à Soultzmatt figure dans la chronique du moine franciscain Tschamser de Thann, rédigée en 1272. Ce n’est cependant qu’au début du 17e siècle que les différentes sources présentes sur le site sont mises en exploitation, sur ordre de l’évêque de Strasbourg, seigneur suzerain de la vallée. Leur notoriété est considérablement accrue par la monographie que leur consacre le docteur Johannes Georgius Schenck, publiée à Bâle en 1617. Le physicien Jakob Federer est le premier à accueillir des curistes sur place mais la Guerre de Trente Ans interrompt le développement du site. Son exploitation ne reprend qu’en 1691, sous la direction de la famille Bachmann. Celle-ci conclut un bail emphytéotique avec l’évêché et fait construire un nouvel établissement de bains. En 1761, le petit château de Wasserstelzen, en aval des sources, passe aux mains du baron François-Nicolas de Spon. Ce dernier fait annuler, pour vice de forme, le bail emphytéotique conclu avec la famille Bachmann et en signe un nouveau à son profit, le 12 septembre 1768. Ce titre lui confère l’exploitation des six sources recensées, l’une destinée à la consommation, les cinq autres servant aux cures thermales. En 1773, de Spon cède ses droits à Jean Boë qui fait ériger une chapelle destinée aux curistes et aménager une promenade en zig-zag bordée d’arbres sur le versant du Heidenberg. La fréquentation connaît alors une forte croissance et Jean-Baptiste Boë fait l’acquisition de l’établissement en 1796, lorsqu’il est vendu au titre des biens nationaux. En 1811, il passe aux mains de Christophe Rey et Caspar Weiss. Vers 1820, le site se compose de deux bâtiments de plan rectangulaire, parallèles à la route de Wintzfelden, reliés à l’ouest par un corps de liaison et délimitant ainsi une cour ouverte vers l’aval. Un troisième bâtiment, de plan carré et désigné comme moulin à plâtre, complète les installations au sud-est de l’emprise.

Le développement de l'établissement thermal

En 1831, le site fait l’objet d’un ambitieux projet d’embellissement comprenant la réalisation d’un jardin potager avec terrasse plantée d’arbres fruitiers à l’ouest des constructions, d’un jardin d’agrément de style anglais entre les deux bras de l’Ohmbach, au sud des bâtiments et enfin d’une promenade plantée de tilleuls et de marronniers sur la rive droite de la rivière. En 1838, le médecin Dominique Arnold se rend acquéreur de l’établissement et l’échange immédiatement contre l’ancienne cour franche épiscopale (Freihof) appartenant au maire de Soultzmatt, Louis Nessel (1791-1875). Ce dernier assure désormais l’exploitation des bains. A cette époque, les bâtiments existants encadrent une cour rectangulaire. Au nord, le long de la route de Wintzfelden, le bâtiment abrite les loges des bains et recouvre les bassins des sources. De l’autre côté, disposé parallèlement au premier, s’élève le bâtiment dit principal (A) qui accueille les curistes et dont le rez-de-chaussée est occupé par une vaste salle à manger et un salon élégant. A l’est, une allée de grands arbres commande l’entrée du site tandis qu’à l’ouest se déploie un jardin d’agrément, sur les flancs du Grospfingtsberg, avec en son centre des vignes sauvages et un bassin avec jet d’eau. La rivière, séparée en deux par un bosquet, coule parallèlement à la montagne. Deux ponts en bois en permettent le franchissement.

Sous l’impulsion de Louis Nessel, le domaine des sources évolue considérablement, prévoyant l’accueil des curistes provenant de toute l'Europe. Les captages sont renouvelés, le parc réaménagé et de nouveaux bâtiments sont construits notamment un casino, au sud-est du site (disparu). Le 1er décembre 1853, un décret impérial autorise la mise en bouteilles et la commercialisation de l’eau de Soultzmatt sous l’appellation Source Nessel. Peu à peu, le thermalisme cède la place à l’usine d’embouteillage. Huit sources sont alors exploitées, six dispersées dans le bâtiment et deux localisées dans le jardin. En 1855, ce sont 50 000 bouteilles qui sont commercialisées. Pour répondre à la demande croissante, Louis Nessel entreprend des travaux de captage de l’autre côté de la route, au pied des roches du Heidenberg, sur un terrain communal. Cette initiative est combattue par la commune qui sollicite l’autorisation d’exploiter la source communale. Celle-ci est accordée par arrêté préfectoral, en date du 26 octobre 1861. La commune fait alors construire, vers 1863-1864, des bâtiments d’exploitation ainsi qu’une maison d’habitation (étudiés, IA689571). A cette époque, les Etablissements Nessel commercialisent annuellement près de 400 000 bouteilles et enregistrent 2 821 entrées aux bains. Le 29 mars 1865, les Sources de Soultzmatt sont déclarées d’intérêt public par décret de Napoléon III, en dépit de l’opposition de la famille Nessel qui conteste son application aux sources communales. De nouvelles promenades sont établies à l’usage des baigneurs, sur le versant du Heidenberg. En 1867, on procède à l’installation sur place d’une chaudière et d’une machine à vapeur. En 1875, Jacques Nessel succède à son père suite au décès de ce dernier. Il disparaît à son tour en 1882. Ses fils, Paul et Louis, s’associent alors à leur oncle, Antoine Brun (1821-1885), pour fonder la société Nessel, Brun et Cie. L’établissement connaît une période florissante entre 1860 et 1890.

La reconstruction de l'établissement thermal

Cette expansion est interrompue en 1891 par un violent incendie qui détruit en partie l’établissement. Il est racheté en 1892 par Joseph Brun en association avec ses deux sœurs et exploité sous la raison sociale Brun & Cie. La propriété se compose, outre les bâtiments d’exploitation de l’établissement thermal et d’embouteillage, d’un moulin à deux tournants dit Hagenmühl situé en amont et loué, d’une scierie en aval également louée, de prés et de parcelles de vignes. Joseph Brun entreprend la reconstruction de l’usine. L’activité balnéaire est alors abandonnée. Une halle usinière (B), au décor inspiré de la Renaissance italienne, vient flanquer au nord le bâtiment dit principal (A) qui a échappé au sinistre. Construite à l’emplacement du bâtiment des bains et des sources, elle abrite la source Nessel N° 1 et son captage et fait office de magasin d’expédition. L'ossature en métal des bureaux est conçue et réalisée par les Ets De Dietrich de Reischhoffen (Bas-Rhin). Une galerie souterraine (E) permet de transporter l’eau de la zone de captage extérieure vers les bâtiments d’exploitation. Au début du 20e siècle, de nouveaux travaux de captage sont menés aboutissant à l’exploitation de 12 sources. En 1910, au décès de Joseph Brun, son neveu Lucien Thomas lui succède. En 1913, la production s’établit à deux millions de bouteilles. En 1921, la société Brun & Cie est liquidée, remplacée en 1922 par la Société des Eaux Minérales de Soultzmatt – Source Nessel. C’est à cette époque que l’on exploite de nouveaux captages de moindre minéralisation commercialisés sous le nom de Lisbeth. En 1948, les Sources Nessel commercialisent 2,6 millions de bouteilles, soit le double de la production des sources communales.

L'exploitation par la commune de Soultzmatt

En 1950, la commune se porte acquéreur de la Société Anonyme des Eaux Minérales de Soultzmatt et engage la construction de nouveaux locaux, à l’ouest des bâtiments existants, dont une salle d’embouteillage, une chaufferie surmontée d’une cheminée carrée (D) portant l’inscription SOURCE NESSEL et le millésime 1950, un atelier mécanique ainsi que divers entrepôts et magasins industriels (disparus). Le 1er janvier 1952, elle instaure une régie communale qui exploite désormais l’ensemble des sources du territoire. En 1958, la régie communale fait édifier un magasin industriel (C) qui vient flanquer, au sud, le bâtiment dit principal (A). En 1965, elle fait construire, au sud du site, un garage à véhicules (disparu) dont les plans sont livrés par l’architecte guebwillerois Jean Finiels (1927-2002). Vers 1970, on procède à la démolition de la partie orientale du bâtiment dit principal (A) correspondant à quatre travées d’ouvertures. En 1972, un entrepôt industriel est construit par les Ets Socometal de Wihr-en-Plaine (Haut-Rhin) entre le casino et le bâtiment administratif, à l’est du site (disparu).

Dans les années 1980, les activités de l’entreprise sont progressivement transférées vers de nouveaux locaux situés à l’est des constructions existantes. En 1982, un nouveau hall d’embouteillage (G) est construit selon les plans de l’architecte strasbourgeois J.-F. Denner, puis en 1987, un hall de stockage (H) d’une superficie de 2 900 m2. Les travaux sont exécutés par l’entreprise Bouquet de Saint-Porchaire (Charente-Maritime). En 1991, est créée la Société d’Economie Mixte des Sources avec 53 % des capitaux détenus par la commune et 44 % par le groupe suisse Rivella. En 1995, on procède à la construction d’un second hall de stockage (I) dont les plans sont livrés par l’architecte Jean-Claude Maillard de Colmar (Haut-Rhin). La production dépasse alors les 25 millions de bouteilles et se décline en différents produits marqués par la recherche permanente d’innovation. Les anciens bâtiments d’exploitation, abandonnés durant les années 1980, font alors l’objet d’un projet de réhabilitation en un centre d’interprétation de l’eau baptisé Espace des Sources, porté par la commune de Soultzmatt. Les deux halles nord et sud (B, C) ainsi que le corps central (A) sont inscrits au titre des Monuments historiques par arrêté préfectoral du 1er décembre 1995. Le programme d’aménagement entraîne la démolition progressive de nombreuses constructions entre 1996 et 2004 : bâtiments productifs à l’ouest du site originel à l’exception de la cheminée de section carrée qui est conservée, garage au sud, casino, entrepôt industriel et le bâtiment administratif, à l’est. Mené par les architectes Michel Chevallier et Patrick Garruchet, le programme d’aménagement muséographique donne lieu à un permis de construire, accordé en 2005 et portant sur la halle nord (B) et le bâtiment dit principal (A). Un second projet visant la réalisation d’un complexe d’animation baptisé le Paradis des Sources fait l’objet d’une demande de permis de construire en 2006 déposée par l’architecte Christophe Guinot de Lutterbach (Haut-Rhin) pour le compte d’une société privée. Il donne lieu à la réhabilitation de la halle sud (C) et à la construction d’une extension moderne (F) au sud du site. Les travaux sont achevés depuis 2009.

Sources d’énergie

En 1867, Louis Nessel procède à l’installation, au sein de son établissement, d’une machine à vapeur verticale, d’une force de deux CV alimentée par une chaudière produite par les Ets Egrot de Paris.

Description

Le site se partage entre ce qui subsiste, à l’ouest, des bâtiments anciens restaurés et agrandis et les bâtiments de production plus récents, à l’est. Pour l'identification des bâtiments, se reporter au plan de situation du site figurant dans les illustrations (IVR42_20196801002NUDA).

Les bâtiments anciens s’articulent autour du bâtiment dit principal (A), ultime vestige des constructions d’avant l’incendie de 1891 et amputé de sa partie orientale. De plan rectangulaire et bâti en maçonnerie enduite, il comporte un rez-de-chaussée sous un toit à longs pans avec croupe à l’est et tuiles en écaille. Son mur-pignon postérieur est percé de trois baies rectangulaires avec corniche moulurée et d’une baie semi-circulaire à fausse clé.

Le bâtiment dit principal est flanqué, au nord, d’un atelier d’embouteillage (B) au décor inspiré de la Renaissance italienne. Adoptant un plan rectangulaire, il se déploie en rez-de-chaussée sous un toit à longs pans avec zinc en couverture. Il est construit en maçonnerie enduite et briques apparentes sur un soubassement en appareil de grès. Les murs-pignons, ajourés de deux baies semi-circulaires et d’une serlienne encadrée de deux baies en quart de cercle, sont structurés par des pilastres, un bandeau d’appui et sommés d’un fronton et de deux pyramidions. L’élévation antérieure concentre un riche décor sculpté : colonnes avec chapiteaux composites et bases ornées de rinceaux, niche axiale à coquille coiffée d’un fronton triangulaire, frise à denticules, médaillons à figures mythologiques (à gauche : une femme ailée répandant des fleurs et portant sur son dos un enfant ailé tenant une torche ; à droite : une femme ailée tenant sur ses épaules deux enfants endormis, accompagnée d’une chouette), fronton cintré brisé orné d’un cartouche à cuir découpé. A l’intérieur, un petit entresol qui abritait des bureaux est soutenu par des colonnes en fonte à chapiteaux composites.

Un magasin industriel (C) est accolé au sud du bâtiment dit principal. Il reprend la morphologie et la modénature du bâtiment d’inspiration Renaissance notamment en ce qui concerne les ouvertures et le dessin des murs-pignons mais est dénué de toute décoration sculptée. Édifié en maçonnerie enduite, il est couvert d’un toit à longs pans avec zinc en couverture.

Cet ensemble de trois bâtiments anciens accolés est prolongé au sud par une extension récente (F), de grand développement, associant construction en béton armé et en charpente métallique avec essentage de tôles nervurées. Au nord-ouest du site, se dressent la cheminée d’usine (D) et une galerie souterraine (E). De section carrée et élevée en briques, la cheminée d’usine (D) porte la raison sociale de l’entreprise (SOURCE NESSEL) et le millésime (1950) en briques de couleur blanche ainsi que la plaque du constructeur (Ets Eugène Kienzler de Mulhouse). La galerie souterraine (E) avait pour fonction de permettre le transport de l’eau de la zone de captage extérieure vers les bâtiments d’exploitation. Réalisée en appareil de grès, elle est voûtée en berceau et ajourée, au sud, de soupiraux encadrés de grès. Elle conserve au sol la trace d’une petite voie ferrée sur laquelle circulaient des chariots servant à manutentionner les bouteilles d’eau.

L’usine moderne se déploie à l’est du site. Elle se compose d’un hall d’embouteillage (G) de plan rectangulaire, comportant un rez-de-chaussée et un étage carré sous un toit à longs pans. Édifié en éléments de béton préfabriqués, le bâtiment est couronné d’un acrotère et présente une élévation sur rue ponctuée de grandes baies vitrées toute hauteur. Il est flanqué au nord-est d’un bâtiment d’accueil en rez-de-chaussée sous un toit en terrasse. Il est prolongé à l’est par un magasin industriel (I) bâti en charpente et bardage métalliques sur un soubassement en béton. Un second magasin industriel (H), également essenté de tôles nervurées, occupe l’angle sud-est de cet ensemble.

Une chaufferie (J), en rez-de-chaussée, édifiée en béton armé avec toit en terrasse, complète l’usine moderne.

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