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Centrale thermique de la rue de Molsheim, puis entrepôt industriel, puis usine de produits pharmaceutiques Transgène, puis résidence hôtelière

Dossier IA67011401 réalisé en 2012

Fiche

Cette étude, menée en 2012 dans un contexte d'urgence liée à la transformation du site en résidence hôtelière, ne concerne que la salle des machines et le bâtiment des tableaux de contrôle et des commutateurs, ultimes vestiges de l'ancienne centrale thermique de la rue de Molsheim à Strasbourg. Cette opération d'urgence est menée par Frank Schwarz et les prises de vues professionnelles sont assurées par Frédéric Harster.

Elle a donné lieu à la rédaction d'une synthèse qui précise l'historique de l'usine.

Historique

En vue de réaliser l’électrification de la ville, la municipalité de Strasbourg concède en septembre 1894 à la firme berlinoise Allgemeine Elektrizitäts Gesellschaft (AEG), la réalisation d’une centrale thermique et en février 1895 d’un réseau de distribution. Le courant ainsi produit doit permettre, dans l’espace public, d’éclairer les rues, de faire circuler les tramways mais aussi d’alimenter les industries et les immeubles en ville. Le conseil municipal opte pour une centrale fournissant un courant alternatif au moyen de machines à vapeur. La construction de la centrale d’une puissance de 750 ch. débute fin 1894 sur un terrain situé au bord de l’Ill, en amont de Strasbourg (l’actuelle rue Gustave-Adolf-Hirn). Elle est achevée le 9 mai 1895 tandis que débutent les travaux de raccordement et d’électrification des premières lignes de tramways. Le 14 décembre 1899 est créée, à Strasbourg, l’Elektrizitätswerk Strassburg AG, société anonyme. L’AEG fait apport à la société naissante de l’usine thermique, du réseau de distribution existant et de tous les droits résultant du contrat passé avec la Ville de Strasbourg en échange de 4 200 actions. Cette dernière entre également au capital. La nouvelle société étend progressivement son rayon d’action jusqu'à desservir, en 1908, 76 communes situées dans un périmètre de 25 à 30 km autour de Strasbourg. En décembre 1908, la Ville de Strasbourg acquiert la majorité des parts sociales de l’entreprise : l’Elektrizitätswerk Strassburg se transforme en société d’économie mixte. Elle poursuit sa politique de raccordement d’un nombre important de communes et de développement des utilisations de l’électricité, ce qui nécessite d’augmenter la puissance installée. Il est ainsi décidé d’ériger une seconde centrale thermique (au nord-ouest de l’installation primitive) et dont il ne subsiste à ce jour que la salle des machines et le bâtiment des tableaux de contrôle et des commutateurs. Elle est connue sous le nom de centrale thermique de la rue de Molsheim. Sa construction débute courant 1909 et son inauguration a lieu le 10 décembre 1910. La conception architecturale est due à l’architecte du gouvernement (Regierungsbaumeister) et ingénieur berlinois Karl Bernhard (1856-1930) qui signe l’ensemble des plans. L’hypothèse d’une collaboration ou d’une influence de l’architecte et designer Peter Behrens (1868-1940) n’a pu être étayée par aucune source d’archives. Certes, Peter Behrens collaborait à cette époque avec l’entreprise AEG et a signé les plans d’une monumentale halle des turbines édifiée en 1909 à Berlin-Moabit. Mais si, de par son volume et son plan rectangulaire, cette construction s’apparente à la salle des machines de la centrale thermique de Strasbourg, elle en diffère du fait de sa structure métallique apparente à l’extérieur du bâtiment et de sa toiture vitrée.

La nouvelle centrale thermique de la rue de Molsheim se compose, d'ouest en est, de la salle des machines, d’un corps de liaison édifié sur le canal d’amenée d’eau, de la chaufferie et d’une cheminée d’usine. Les sept travées occidentales du bâtiment des tableaux de contrôle et des commutateurs, établi le long de la rue de Spesbourg et attesté en 1912, sont vraisemblablement contemporaines de cette première phase de construction. La salle des machines, soutenue par une charpente métallique conçue par Karl Bernhard, comporte à l’origine six travées de fermes. La description du projet initial et les plans qui l’accompagnent prévoient cependant la possibilité d’y adjoindre trois travées supplémentaires, au sud : « Für eine eventl. spätere Vergrösserung ist es beabsichtigt, das Maschinenhaus bis zur Spessburgerstrasse hin zu verlängern…” (AVCUS 233 MW 984). Au nord, la salle des machines est flanquée d’un avant-corps qui abrite la salle des tableaux. Au moment de sa mise en fonction, elle est équipée de trois turboalternateurs, d’une puissance de 1 000 KW pour deux d’entre eux et d’une puissance de 2 800 KW pour le troisième.

Le corps de liaison entre la salle des machines et la chaufferie est desservi par deux canalisations qui assurent l’approvisionnement en eau depuis l’Ill. Il abrite au sous-sol la salle des pompes et en partie supérieure un château d’eau qui forme une tour.

La chaufferie est soutenue par une charpente métallique également conçue par Karl Bernhard. Elle est équipée, dès l’origine, de chaudières à foyer mécanique et de transporteurs automatiques de charbon qui alimentent les chaudières au moyen de trémies d’approvisionnement disposées en partie haute du bâtiment. Elle est flanquée, au nord, de locaux annexes comprenant un dépôt, des vestiaires, une salle de douche, des sanitaires et la loge du portier.

Érigée à l'est du site, du côté de la centrale thermique primitive, la cheminée tronconique se dresse à 67,50 m de hauteur. Elle est réalisée par la firme Christoph Herrmann & Sohn, de Mannheim. Dès 1912, la chaufferie est pourvue d’une seconde cheminée, élevée en façade sud. En 1914, elle est agrandie et dotée d’une troisième cheminée placée à proximité de la seconde, le long de l’élévation méridionale. Enfin, en 1921, le bâtiment est à nouveau étendu par l’adjonction de deux travées de fermes à l'est, réalisées par les Forges de Strasbourg. Il s’agit d’y installer deux chaudières Steinmüller de 405 m2 de surface de chauffe chacune, avec économiseur. Une cheminée supplémentaire de 80 m de hauteur est élevée à l’angle sud-est du bâtiment.

En 1921, la salle des machines est également étendue par l’adjonction d’une travée supplémentaire au sud. Cette extension est réalisée à l’identique de la partie existante sur le plan des matériaux mis en œuvre et des volumes. La charpente métallique intérieure est prolongée d’une travée et l’élévation sur rue est exécutée en béton armé recouvert par un parement en calcaire conchylien. La même année, le bâtiment des tableaux de contrôle et des commutateurs est augmenté vers l'est de cinq travées supplémentaires. En 1925, une dernière travée est rajoutée à la salle des machines pour lui donner sa physionomie extérieure actuelle. Réalisés pour accueillir un compensateur de phases de 7 500 KVA produit par la Société Alsacienne de Constructions Mécaniques (SACM) de Belfort, les travaux respectent en tous points le parti d’origine.

En 1930, la centrale thermique de la rue de Molsheim est équipée de sept turboalternateurs donnant ensemble 36 400 KW. Toutefois, la construction entre 1927 et 1931 d’une nouvelle centrale thermique au Port-du-Rhin va lui retirer sa position stratégique. Dès mai 1931, elle est cantonnée à un rôle de centrale de secours. L’installation est durement touchée au cours de la seconde guerre mondiale. Les turboalternateurs, les chaudières, les transformateurs et les installations annexes sont détruits par les charges explosives posées par l’armée française en mai 1940. Le 31 janvier 1941, le Bauausschuss, le comité de construction, renonce à engager les réparations et décide de transférer à la centrale du Port-du-Rhin les 30 000 KW correspondant à la puissance des installations détruites. La centrale est une nouvelle fois endommagée par les bombardements aériens du 25 septembre 1944. En 1951 – 1952 un nouvel édifice dit bâtiment des compteurs est réalisé au nord-est de la centrale, en bordure de la rue Gustave-Adolphe-Hirn, sur les plans de l’architecte strasbourgeois Jean Sorg. Cette construction nécessite la démolition de la travée de locaux annexes qui flanquait la chaufferie au nord. Sur le plan-masse qui accompagne la demande de permis de construire, la chaufferie elle-même est mentionnée comme étant vouée à la démolition (AVCUS 233 MW 989).

En 1954, l’ancienne salle des machines connaît sa première reconversion en magasin de stockage. L’Électricité de Strasbourg y fait en effet aménager des planchers en béton armé créant ainsi un premier et un deuxième étage (permis de construire accordé le 18 janvier 1955). Seule l’élévation sur cour est modifiée avec création de nouvelles baies. Pour ce faire, le corps de liaison entre l’ancienne salle des machines et l’ancienne chaufferie désormais disparue, est démoli. Dès le 28 avril 1955 un avenant au permis de construire autorise la création d’un troisième étage et d’un niveau de comble dans l’ancienne salle des machines. A cette occasion, la toiture est modifiée par la réalisation de lucarnes dans le brisis et la pose de châssis de toiture sur le terrasson.

En 1979, l’Électricité de Strasbourg s’installe dans son nouveau centre opérationnel de Mundolsheim. Les magasins de stockage de l’ancienne salle des machines perdent leur utilité. En 1984, ces locaux sont loués à la société Transgène, spécialiste français de la thérapie génique tandis que le bâtiment des tableaux de contrôle et des commutateurs accueille des bureaux d’Électricité de Strasbourg. L’avant-corps de la salle des machines, sur la rue Gustave-Adolphe-Hirn, est occupé par le restaurant d’entreprise de l’Électricité de Strasbourg. En 1997, la société Transgène s’agrandit en transformant le restaurant d’entreprise en une animalerie et deux laboratoires de recherche (permis de construire du 31 janvier 1997).

Le départ, en 2009, de la société Transgène, a amené l’Électricité de Strasbourg à réfléchir à une nouvelle reconversion du site. L’édifice est actuellement en cours de réaménagement pour accueillir une résidence hôtelière comprenant 114 petits appartements meublés, avec une grande majorité de studios et quelques deux pièces pour une surface totale de 4 000 m2. Des bureaux seront également aménagés sur 1 000 m2 (permis de construire du 6 septembre 2010). Pour l’occasion, le bâtiment a été baptisé Modern’Art en raison de sa proximité avec le Musée d’Art Moderne et Contemporain de Strasbourg (MAMCS). L’enveloppe extérieure du bâtiment n’a subi que des modifications minimes résidant essentiellement dans la création de nouvelles lucarnes sur le terrasson.

Appellations centrale thermique de la rue de Molsheim, usine de produits pharmaceutiques Transgène
Destinations entrepôt industriel, usine de produits pharmaceutiques, résidence hôtelière
Parties constituantes non étudiées salle des machines, cour
Dénominations centrale thermique
Aire d'étude et canton Strasbourg
Adresse Commune : Strasbourg
Adresse : 02 rue Gustrave-Adolphe-Hirn , 11 rue de Molsheim , 4b rue de Spesbourg
Cadastre : 2011 00044 183 ; 2011 00044 184

Cette centrale thermique, dont il ne subsiste à ce jour que la salle des machines et le bâtiment des tableaux de contrôle et des commutateurs, est connue sous le nom de centrale thermique de la rue de Molsheim. Elle est bâtie entre 1909 et 1910 selon les plans de l’architecte du gouvernement et ingénieur berlinois Karl Bernhard. Elle se compose, d'ouest en est, de la salle des machines, d’un corps de liaison édifié sur le canal d’amenée d’eau, de la chaufferie et d’une cheminée d’usine. Le bâtiment des tableaux de contrôle et des commutateurs est établi perpendiculairement à cet ensemble, le long de la rue de Spesbourg. Au moment de sa mise en fonction, la centrale est équipée de trois turboalternateurs.

Dès 1912, la chaufferie est pourvue d’une seconde cheminée, élevée en façade sud. En 1914, elle est agrandie et dotée d’une troisième cheminée placée à proximité de la seconde, le long de l’élévation méridionale. Enfin, en 1921, le bâtiment est à nouveau étendu par l’adjonction de deux travées de fermes à l'est. Une cheminée supplémentaire de 80 m de hauteur est élevée à l’angle sud-est du bâtiment.

En 1921, la salle des machines et le bâtiment des tableaux de contrôle et des commutateurs sont également agrandis, dans le respect du parti d'origine. En 1925, une dernière travée est ajoutée à la salle des machines pour lui donner sa physionomie extérieure actuelle. Toutefois, la construction entre 1927 et 1931 d’une nouvelle centrale thermique au Port-du-Rhin va retirer sa position stratégique à la centrale thermique de la rue de Molsheim. Dès mai 1931, elle est cantonnée à un rôle de centrale de secours. L’installation est durement touchée au cours de la seconde guerre mondiale.

En 1951 – 1952 un nouvel édifice dit bâtiment des compteurs est réalisé au nord-est de la centrale, en bordure de la rue Gustave-Adolphe-Hirn. En 1954, l’ancienne salle des machines connaît sa première reconversion en magasin de stockage avec création d’un troisième étage et d’un niveau de comble. Le bâtiment des tableaux de contrôle et des commutateurs est reconverti en bureaux. En 1984, les locaux de la salle des machines sont loués à la société Transgène, spécialiste français de la thérapie génique. Son départ en 2009 a amené l’Électricité de Strasbourg à réfléchir à une nouvelle reconversion du site. L’édifice est actuellement en cours de réaménagement pour accueillir une résidence hôtelière.

Période(s) Principale : 20e siècle
Dates 1909, daté par source
1912, daté par source
1914, daté par source
1921, daté par source
1925, daté par source
1954, daté par source
Auteur(s) Auteur : Bernhard Karl, architecte, attribution par source

L’ancienne salle des machines de la centrale thermique de la rue de Molsheim est un bâtiment de plan rectangulaire flanqué d’un avant-corps au nord. Sa structure porteuse consiste en une monumentale charpente métallique autrefois apparente à l’intérieur de la halle des machines et aujourd’hui occultée par les aménagements intérieurs successifs. Le corps de bâtiment principal comporte un sous-sol, un rez-de-chaussée surélevé, deux étages carrés et deux niveaux de combles coiffés d’une toiture à la Mansart ajourée de grandes lucarnes rampantes à deux baies (7 sur le brisis méridional, 8 sur le brisis septentrional et 3 sur chacun des deux pans du terrasson). La couverture est en ardoise et l’édifice est sommé de deux lanterneaux octogonaux ajourés de grilles de ventilation sur chaque face. L’avant-corps compte un sous-sol, un rez-de-chaussée surélevé, deux étages carrés couronnés d’une toiture terrasse en béton armé avec garde-corps métallique.

L’élévation sur rue du bâtiment principal est rythmée par huit travées comprenant chacune trois baies rectangulaires toute en hauteur, séparées par des pilastres à décor géométrique de tables en relief. L’ensemble, y compris le soubassement avec bandeau saillant et la corniche, est réalisé en béton armé recouvert de calcaire conchylien. La façade sur cour est percée de six travées de baies doubles réalisées en 1954 – 1955 au moment de la démolition du corps de liaison surmonté de son château d’eau et de l’aménagement de planchers au sein de la salle des machines. Le mur-pignon sud, sur la rue du Spesbourg, est ajouré de deux grandes baies vitrées : la première, de forme rectangulaire, à hauteur du premier étage et la seconde, semi-circulaire, en partie haute. La corniche est soulignée par deux ressauts à décor géométrique. Le pignon nord, donnant sur la rue Gustave-Adolphe-Hirn, est percé d’une grande baie semi-circulaire avec encadrement à ressaut et meneaux en béton. L’avant-corps présente une élévation antérieure ordonnancée à trois travées de baies tripartites, séparées par des pilastres à décor géométrique de tables en relief. La porte d’entrée est précédée d’un porche architecturé de style néo-classique encadré par deux colonnes doriques. Une frise denticulée souligne la corniche à fort entablement.

Le bâtiment des tableaux de contrôle et des commutateurs, établi perpendiculairement à la salle des machines, est de plan rectangulaire avec deux avant corps sur l'élévation nord. Édifié en maçonnerie enduite, il comporte un sous-sol, un rez-de-chaussée surélevé et deux étages carrés sous un toit à longs pans avec croupes, lucarnes cintrées et ardoises en couverture. L'élévation sur rue compte douze travées d'ouvertures en arc surbaissé avec appuis saillants au rez-de-chaussée et de forme rectangulaire aux étages. Les deux travées axiales, en légère saillie, sont décorées de pilastres en béton avec chapiteaux moulurés. Sur l'élévation nord, l'avant-corps axial est couronné d'un fronton triangulaire ajouré d'un baie semi-circulaire et sommé d'un lanterneau de plan carré à claire-voie.

Murs béton béton armé
maçonnerie enduit
Toit ardoise, béton en couverture
Plans plan rectangulaire régulier
Étages sous-sol, rez-de-chaussée surélevé, 2 étages carrés, 2 étages de comble
Élévations extérieures élévation ordonnancée
Couvertures terrasse toit à longs pans brisés lanterneau
toit à longs pans croupe
Énergies énergie thermique produite sur place
États conservations établissement industriel désaffecté, restauré
Techniques sculpture
Représentations ordre dorique, denticule
Précision représentations

La porte d’entrée de la salle des machines est précédée d’un porche architecturé de style néo-classique encadré par deux colonnes doriques. Une frise denticulée souligne la corniche à fort entablement.

Statut de la propriété propriété d'une société privée

Références documentaires

Bibliographie
  • Elektrizität in der Landwirtschaft im Versorgungsgebiete des Elektrizitätswerk Strassburg. Strabourg : Elsäss Druckerei, 1912.

  • Électricité de Strasbourg 1900-1950. Strasbourg : Dernières Nouvelles de Strasbourg, 1950.

  • LORENTZ, Claude. 100 Ans d'énergie. Histoire de l’Électricité de Strasbourg. Strasbourg : Éditions Oberlin, 2000.

  • LOEWE, Alfred. Die Elektrizitätwirtschaft. In Die wirtschaftliche Entwicklung Elsass-Lothringens 1871 bis 1918. Frankfurt-am-Main : Selbstverlag des Elsass-Lothringen-Institutes, 1931.

(c) Inventaire général - Schwarz Frank
Frank Schwarz

Chercheur spécialisé en patrimoine industriel au Service de l'Inventaire de la Région Grand Est (site de Strasbourg).


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