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Ensemble d'industrie extractive du gisement pétrolier de Pechelbronn

Dossier IA00118944 réalisé en 1991

Fiche

La reprise du dossier intervient à l’occasion de l’étude du carreau Clemenceau (IA67080378) menée en novembre 2019 par Frank Schwarz dans le contexte du projet de création de la Cité des énergies, associant le Musée français du pétrole de Merkwiller-Pechelbronn dont les collections seraient déplacées pour l’occasion et un centre de ressources, de prospective et de réflexion sur les énergies au sens large. Dans le cadre de cette étude ponctuelle, il a été décidé de réexaminer l’ensemble du patrimoine lié à l’extraction pétrolière en Alsace dans la perspective d’une publication sur le sujet.

Cette reprise du dossier a conduit à la rédaction d’une synthèse qui précise l'historique de l’exploitation du gisement pétrolifère de Pechelbronn. Le titre courant du dossier et la dénomination du site ont également été précisés, des liens inter-dossiers ont été ajoutés ainsi que des références documentaires.

HISTORIQUE

Dès le Moyen Âge on extrait des produits lubrifiants du sous-sol de Pechelbronn, annexe de la commune de Lampertsloch. L’huile asphaltique, prélevée par écopage sur une source en surface, est utilisée pour ses vertus curatives et pour le graissage des essieux des véhicules. L’exploitation des lentilles de sables pétrolifères ne prend un tour industriel qu’à compter de 1741. Louis-Pierre Ancillon de La Sablonnière acquiert une concession pour exploiter localement le sable bitumeux. Il met en œuvre une exploitation minière par puits et galeries peu profondes. Les sables asphaltiques ainsi extraits sont lavés à l’eau bouillante au sein d’une raffinerie, puis le bitume est purifié pour obtenir la graisse d’asphalte que l’on commercialise.

A partir de 1763, Antoine Le Bel (vers 1730-1789) est associé à l’entreprise. Il développe l'exploitation en multipliant le nombre de galeries qui sont progressivement creusées à partir d'un puits et non plus à flanc de colline. Ses descendants, Marie-Joseph-Achille (1772-1842) et Louis-Frédéric (1807-1867) poursuivent le développement de l'entreprise et renouvellent les installations de raffinage et de distillation à proximité du château Le Bel (étudié, IA67008410). Dès 1813, ils procèdent au premier sondage pour rechercher, en profondeur, des lentilles sableuses plus riches. Ces investigations conduisent à une exploitation des sables bitumeux à une profondeur toujours plus importante. Cette évolution permet de découvrir, d’abord au puits Joseph, ensuite au puits Georges poussé en 1865-1866 à plus de 77 m, une huile de suintement qui s’écoule librement des sables. Le produit ainsi obtenu est appelé graisse vierge. Ce nouveau mode de d'exploitation conduit à l’abandon de l’extraction des sables en 1875. A partir de 1879 et la mise au point du système de forage manuel Fauvelle par injection d’eau, on atteint des profondeurs plus grandes (jusqu'à 302 m). En 1880 et 1882, on obtient ainsi le jaillissement d’une huile sous pression appelée huile brute. En 1888, l’exploitation minière est abandonnée. L’année suivante, la famille Le Bel cède la société à la Pechelbronner Ölbergwerke constituée d’actionnaires alsaciens.

Dès 1890, l’extraction par forage, complétée à partir de 1889 par la technique du pompage, entraîne une forte augmentation de la production. Une nouvelle raffinerie est mise en chantier le long de la route conduisant de Merkwiller-Pechelbronn à Lobsann (étudiée, IA67080386). La concession de Pechelbronn est exploitée à partir de 1906 par la firme allemande Deutsche Tiefbohr Aktiengesellschaft (D.T.A.) renommée en 1911 Deutsche Erdöl Aktiengesellschaft (D.E.A.). L'activité de raffinage est confiée à sa filiale dénommée Vereingte Pechelbronner Ölbergwerke. En 1908, le nouvel exploitant engage la construction d’habitations destinées à loger son personnel encadrant (étudiées, IA67080384).

Durant la Première Guerre mondiale, les besoins en huile minérale sont accrus. On décide alors de renouer avec les opérations minières. Un premier puits (carreau Clemenceau, étudié IA67080378) est creusé en 1916 sur le ban de la commune de Preuschdorf et inauguré le 20 avril 1917. Deux autres puits sont mis en chantier au cours du premier conflit mondial (carreaux Le Bel et Daniel Mieg, étudiés IA67080387 et IA67080388). Des travaux d’extension de la raffinerie sont également engagés. Ils ne sont achevés qu’en 1926.

En 1921, l’État amodie pour 99 ans à la Société Anonyme d’Exploitations Minières Pechelbronn (S.A.E.M.) l’ensemble des concessions et des installations pétrolières dont il est devenu propriétaire à la suite de leur mise sous séquestre. La nouvelle entité fait cohabiter les deux procédés d’extraction : exploitation en mine et pompage dans des forages.

Des logements pour contremaîtres et cadres sont construits à proximité des installations notamment sous la forme de cités (cité Boussingault et cité Le Bel, étudiées IA00118945 et IA67008411) ainsi que de nouveaux bureaux et les capacités de raffinage sont étendues. On traite sur place la production locale mais également du brut d’importation. En 1924, on met en chantier un nouveau puits (carreau De Chambrier, étudié IA67080389). Son fonçage se heurte à des problèmes techniques et n’est achevé qu’en 1943. Le 3 août 1944, la raffinerie est bombardée par l’aviation américaine et détruite à 90 %. Après la guerre, on engage sa reconstruction qui se poursuit jusqu’en 1948. L’exploitation par mines et par sondages reprend mais les réserves s’épuisent. Un nouveau puits (Puits VIII, étudié IA67080390) est mis en chantier mais son fonçage n’est jamais mené à terme. L’activité de la SAEM ne parvient pas à l’équilibre financier et l’État se voit contraint de la subventionner massivement. Une vague de licenciements fait passer les effectifs de 2 560 employés en janvier 1951 à 853 en mai 1953.

L’exploitation minière prend fin en 1962 et l’usine de Merkwiller-Pechelbronn cesse ses activités de raffinage en 1963. L’effectif total est encore de 203 personnes en 1964. L’extraction par sondages est définitivement abandonnée avec la fin de l’amodiation en date du 31 décembre 1964.

Après l’arrêt de toute activité industrielle à Merkwiller-Pechelbronn en 1970, le service des Domaines procède à la cession des terrains, des installations et des constructions héritées de l’exploitation du pétrole autour de Pechelbronn. Les installations industrielles sont progressivement démolies ou abandonnées et se dégradent sous l’effet des intempéries, les logements en revanche continuent d’être occupés.

Appellations gisement pétrolier de Pechelbronn
Parties constituantes non étudiées puits de pétrole, terril, logement de contremaître
Dénominations ensemble d'industrie extractive
Aire d'étude et canton Soultz-sous-Forêts
Adresse Commune : Merkwiller-Pechelbronn

Source huileuse de Lampertsloch connue dès le 15e siècle, signalée en 1498 par Wimpfeling ; huile servait à graisser les charrettes ; en 1734, thèse de J. T. Hoeffel sur les vertus thérapeutiques de cette huile, avec essais de distillation fractionnée ; première exploitation des sables bitumeux de surface puis en galeries par E. d'Eyrinis et L. P. de La Sablonnière en 1745 ; à partir de 1772, Le Bel obtint la concession par lettre patente ; le premier laboratoire de traitement du sable extrait des puits fonctionna au château Le Bel de 1812 à 1867 ; en 1857 est construite la première distillerie ; en 1863, la découverte d'huile fluide évite l'extraction du sable ; en 1882, première exploitation par sondages ; en 1917, reprise de l'exploitation par mines, parallèlement aux sondages ; maximum de production jusqu'en 1944 où un bombardement détruit la raffinerie à 90 % ; la nouvelle raffinerie, construite en 1945, cessa toute activité en 1970.

Période(s) Principale : 4e quart 15e siècle
Principale : 18e siècle
Principale : 19e siècle
Principale : 20e siècle

Le gisement pétrolifère de Pechelbronn s'étend sur 35 km de long et 15 km de large, couvrant une superficie de 44 000 ha des environs de Brumath au sud-ouest de Haguenau jusqu'à l'approche de Wissembourg. Les sites liés à son exploitation industrielle se composent du Château Le Bel (étudié, IA67008410) qui abrite une demeure d'industriel, une exploitation agricole et les premières installations de raffinage du pétrole, de la raffinerie moderne (étudiée, IA67080386), des différents carreaux miniers (carreaux Clemenceau IA67080378, Le Bel IA67080387, Daniel-Mieg IA67080388, de Chambrier IA67080389 et Puits VIII IA67080390) et des programmes d'habitats concertés mis en œuvre par les exploitants successifs du gisement : lotissement initié par la Vereingte Pechelbronner Ölbergwerke pour son personnel encadrant (étudié, IA67080384), cité Le Bel (étudiée, IA67008411) et cité Boussingault (étudiée, IA00118945).

Références documentaires

Bibliographie
  • WALTHER, René. Pechelbronn. L'histoire du plus ancien site pétrolier français. Strasbourg : Hirlé, 2007.

  • Les mines de pétrole de Pechelbronn. Strasbourg : Imprimerie alsacienne, 1924.

  • Pechelbronn. Le gisement de pétrole alsacien depuis son retour à la France 1918-1938. Pechelbronn : S.A.E.M., s.d.

  • Pechelbronn. La mine Française de Pétrole. In La Journée Industrielle, s.d.

  • DE CHAMBRIER, Paul. Historique de Péchelbronn. 1498-1918. Paris, Neuchâtel : Attinger Frères, éditeurs, 1919.

Périodiques
  • URBANY, Guy. Pétrole : que reste-t-il de cette belle aventure ? L'Outre-Forêt. Revue du Cercle d'Histoire et d'Archéologie de l'Alsace du Nord, 2000, 110, p. 59-62.

  • MICHEL, Alfred. La fermeture de Pechelbronn. L'Outre-Forêt. Revue d'Histoire de l'Alsace du Nord, I-1988, 61, p. 68-72.

  • LIVET, Georges. Une entreprise industrielle en pays rural. L'exploitation de Pechelbronn au XVIIIe siècle. Saisons d'Alsace, 1974, 52, p. 7-30.

  • WACKERMANN, Gabriel. Industrie et environnement rural. La fonction économique et sociale de Pechelbronn depuis le XIXe siècle. Saisons d'Alsace, 1974, 52, p. 63-83.

  • WEICK, Charles. Quelques aspects sociaux de Pechelbronn. L'Outre-Forêt. Revue du Cercle d'Histoire et d'Archéologie de l'Alsace du Nord, 1988, 61, p. 59-65.

Liens web

(c) Inventaire général - Poinsot Gilbert - Schwarz Frank
Frank Schwarz

Chercheur spécialisé en patrimoine industriel au Service de l'Inventaire de la Région Grand Est (site de Strasbourg).


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