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Forge de Bühl, puis filature et tissage de coton Ziegler, puis filature et tissage de coton Marin Astruc, puis usine de papiers peints Zuber et usine d’articles en matière plastique Sevylor, actuellement usine d’ouvrages en matière plastique Adeva et centrale hydroélectrique

Dossier IA68000808 réalisé en 2003

Fiche

  • Vue aérienne de l'usine, depuis l'est.
    Vue aérienne de l'usine, depuis l'est.
  • Impression
  • Agrandir la carte
  • Parties constituantes

    • atelier de fabrication
    • chaufferie
    • logement patronal
    • cheminée d'usine
    • château d'eau
    • bief de dérivation
    • centrale hydroélectrique
    • bassin de retenue
    • conduite forcée
    • cour

La mise à jour de ce dossier intervient dans le cadre d'une enquête thématique, menée en 2012 par Jérôme Raimbault et Frank Schwarz, visant à interroger la transformation du paysage des vallées vosgiennes du Haut-Rhin sous l’effet de l’industrialisation. La synthèse ci-dessous, qui précise l'historique de l'usine et sa description, donne ainsi lieu à une organisation spécifique des informations permettant de mettre en exergue divers aspects de la problématique retenue.

Les compléments d’information portent sur l’historique et la description de l'usine. Ils ont également conduit à préciser le titre courant du dossier, à ajouter des références bibliographiques et à rédiger une notice sur les turbines de type Francis qui équipent encore l'usine au moment de l'enquête. La mise à jour a en outre donné lieu à une campagne de prises de vue assurée par Christophe Hamm complétée des photographies prises par Jérôme Raimbault lors de l'enquête de terrain et à une cartographie du site réalisée par Abdessalem Rachedi. Pour l'identification des bâtiments, se ainsi reporter au plan de situation du site figurant dans les illustrations (IVR42_20196801011NUDA).

HISTORIQUE

Réaffectation d’un site protoindustriel

En 1808, Joseph Andrès fait l’acquisition sur la partie supérieure de l’usine actuelle (rive gauche de la Lauch) d’une forge dont il agrandit le logement en 1811. L’établissement, connu sous le nom de forge de Bühl prend de l’ampleur et en 1822 on y dénombre neuf corps de bâtiments où Joseph Andrès exploite une grande forge et une aiguiserie. Georges Frédéric Schouller acquiert le site en 1827 et le convertit en filature et tissage mécaniques de coton. En 1829, le taillandier Jean Durr se porte acquéreur du bâtiment et du matériel de l’ancienne forge (martinet et outils) pour les transférer à 450 m en aval, où il fonde une nouvelle forge en lieu et place du foulon à chanvre qu’il possède. Le site de l’ancienne forge de Bühl se transforme et s’étend progressivement au gré des besoins de l’industrie textile.

Implantation originelle

La grande forge et l’aiguiserie acquises par Georges Frédéric Schouller en 1827 sont établies à l’écart de toute habitation, entre les villages de Lautenbach et de Buhl, sur le cours de la rivière Lauch. En amont, ce ne sont que prés irrigués au moyen de rigoles sur la rive gauche et forêts sur le versant de montagne qui borde la rive droite. En aval, quelques lopins de terre constellent les prairies de la rive gauche tandis que la rive droite, fortement accidentée, est intégralement boisée. La construction la plus proche se trouve bien en aval, à proximité du pont sur la Lauch au nord-ouest du village de Buhl, et consiste en une aiguiserie établie sur une dérivation de la rivière. La forge de Bühl est desservie, d’une part, par un chemin d’exploitation établi sur la rive gauche de la Lauch depuis le village de Buhl et, d’autre part, par une seconde voie d’accès qui débouche sur le chemin vicinal reliant Lautenbach à Guebwiller.

Développement du site

Georges Frédéric Schouller, après avoir fait l’acquisition de la forge de Bühl pour y fonder une filature et un tissage mécaniques, s’associe bientôt à la famille Ziegler, fabricants de tissu à Guebwiller. Ensemble, ils se lancent dans un développement rapide du site. En 1832, ils déposent une demande pour établir une seconde fabrique à 150 m en aval de leur usine, sur la rive droite de la Lauch (A, B). Cette seconde implantation est attestée en 1836. Dès lors, le site semble se répartir entre les ateliers de tissage implantés en partie haute au sein des bâtiments de l’ancienne forge, agrandis et transformés, et les ateliers de la filature aménagés au sein de nouveaux bâtiments édifiés en aval.

En 1847, le site est racheté par Adolphe Astruc (1803-1869), un négociant montpelliérain qui l’exploite sous la raison sociale Astruc & Cie et y conduit d’importants travaux de modernisation notamment sur le plan des infrastructures énergétiques. Dans le même temps, le site ne cesse de s’étendre : en 1865, un nouveau bâtiment de 584 m de long est construit pour le tissage. Enfin, des ateliers à sheds, attestés au milieu des années 1880, sont construits dans le prolongement des usines à étages initiales (C, P et Q).

En 1877, l’entreprise dirigée depuis le décès d’Adolphe Astruc en 1869 par son gendre Paul Marin, est transformée en société en commandite par actions P. Marin-Astruc et Cie. En 1905, l’usine passe aux mains de la Société Anonyme d’Industrie Cotonnière (SAIC).

La Première Guerre mondiale affecte le site qui est bombardé le 6 septembre 1914. Par la suite, les bâtiments sont occupés par les troupes allemandes qui y installent des casernements et des dépôts de matériel et de munitions. La production reprend après guerre et, en 1919, l’entreprise adopte la dénomination Établissements Marin-Astruc. L’usine comporte alors une filature de 22 000 broches, un tissage et un retordage de 6 000 broches.

Dès 1920, un vaste atelier à sheds (S) est bâti au nord-ouest de l’usine pour accueillir un tissage et un retordage pour tissus pneumatiques. Les travaux sont menés par les Ets Preiswerk Architectes et Entrepreneurs de Saint-Louis (Haut-Rhin). Entre 1925 et 1927, de grands travaux de réaménagement sont menés également par les Ets Preiswerk au sein de l’unité de filature (A) et (B). Son aile nord-sud (A) est rehaussée d’un niveau et prolongée d’une travée au nord. La toiture de l’atelier à sheds qui flanque la filature à l’ouest (C) est également remplacée.

En 1939, l’atelier de tissage (P), édifié en partie supérieure du site sur la rive droite de la Lauch, est transformé et modernisé. Il est alors équipé de 264 métiers à tisser. Ces travaux sont menés par les Ets Travaux Français S.A. établis à Paris et Saint-Louis (Haut-Rhin). Après la Seconde Guerre mondiale, l’activité de filature est transférée dans la Manufacture de Buhl située rue de la Fabrique (anciens établissements Edmond Rogelet, étudiés, IA68009532), louée puis acquise en 1948 par les Etablissements Marin-Astruc.

Sur le site originel, l’atelier de retordage des filés pour pneumatiques (S) est reconverti en tissage de velours chaîne. Avec la crise du textile, l’activité de filature et de tissage prend fin en 1963. L’usine est alors scindée en deux entités. La partie haute du site, siège de l’ancien tissage, est reprise par le groupe Sevylor qui y produit des articles gonflables en plastique (objets de puériculture, jouets, articles de plage, de sport et de camping, etc.). Au cours des années 1970, de nouveaux ateliers et entrepôts (T1, T2) sont édifiés dans le prolongement ouest et nord de l’atelier de retordage à sheds (S) bâti en 1920. Suite au dépôt de bilan de l’entreprise Sevylor, le site est repris par le groupe Zodiac en date du 1er septembre 1981.

Les deux maisons de maître situées dans l’enceinte de l’usine sont démolies respectivement en 2001 et 2003 pour faire place à un parking. Au moment de l'enquête en 2012, cet ensemble conserve une vocation industrielle avec la production de piscines sous l’enseigne Adeva.

Sur la partie inférieure du site, l’activité de retordage se poursuit jusqu’en 1983. Le site est racheté en 1987 par les Ets Zuber & Cie de Rixheim qui y développent une activité de fabrication de papier peint à l’aide de machines traditionnelles. Cette nouvelle activité se poursuit jusqu’en 2000. En 2005, la commune de Buhl rachète les 10 000 m2 de locaux qui constituent cette entité. En 2018, ils sont toujours inoccupés et en voie de dégradation avancée, les projets de reconversion n’ayant pour l’heure pas aboutis.

Sources d’énergie

La grande forge et l’aiguiserie de Joseph Andrès sont actionnées par deux roues à aubes. L’usine textile exploitée par les Ets Ziegler et Compagnie qui s’y substitue est mise en mouvement par les eaux de la Lauch déviées au moyen d’un canal d’amenée augmenté d’un bassin de retenue. Cette infrastructure hydraulique est repensée lorsque les cotonniers déposent une demande pour établir une seconde fabrique à 150 m en aval de leur usine, sur la rive droite de la Lauch. En 1836, l’ensemble du complexe productif, composé désormais de deux entités, est actionné par les eaux de la Lauch acheminées sur le site au moyen d’un aqueduc en bois de plus de 800 m de longueur monté sur chevalets et qui culmine à près de 20 m de hauteur à son extrémité inférieure. Un second canal aérien servant de canal de fuite à la première usine et de canal d’amenée à la seconde relie les deux entités. Le tissage est mû par une roue de 10 m de diamètre. Celle de la filature présente un diamètre de 11 m. De plus, une machine à vapeur développant 55 ch est installée dans la filature pour servir de moteur auxiliaire à la roue en cas de manque d’eau (autorisée par arrêté préfectoral du 6 avril 1849).

Au vu des coûts d’entretien de l’aqueduc acheminant les eaux de la Lauch, Adolphe Astruc, le nouveau propriétaire du site, décide en 1852 de le remplacer par un canal-tunnel creusé dans le roc à flanc de montagne en surplomb de la Lauch sur près de 1500 m. Celui-ci aboutit à une chute de 22,10 m protégée par un château d’eau de style néo-gothique (X). En amont, un bassin de retenue de 20 000 m3 situé sur le ban de Lautenbach-Zell et connu sous le nom de Lac des Cygnes permet d’assurer un débit d’eau régulier.

Les travaux de percement du canal sont exécutés par l’entrepreneur Morel qui fait appel à de nombreux mineurs, pour beaucoup originaires de Grandfontaine dans la vallée de la Bruche (Bas-Rhin). Son projet est autorisé par arrêté préfectoral du 14 avril 1853. Les travaux sont alors en cours et le château d’eau est édifié en 1854. L’usine est alors équipée de deux turbines développant 235 ch alimentées au moyen d’une conduite forcée d’un mètre cinquante de diamètre. Par arrêté préfectoral du 26 juin 1855, A. Astruc est autorisé à mettre en fonction une nouvelle machine à vapeur à côté de celle déjà en place au sein de sa filature. Elle est remplacée par une nouvelle installation développant 70 ch, autorisée par arrêté préfectoral du 28 octobre 1858. En 1860, on y adjoint une seconde machine à vapeur de système horizontal d’une puissance de 20 ch. Une maison de gardien, relevant de la typologie du chalet suisse et démolie en 2000, est également édifiée en 1862 sur la berge orientale du Lac des Cygnes, à proximité de l’embouchure du canal-tunnel.

L’usine continue de se moderniser. En 1908, elle est équipée de deux turbines de type Francis installées au rez-de-chaussée de la filature (D) qui fournissent respectivement un débit de 1000 et 2000 litres/seconde. Il semble que l’installation ait été renouvelée en 1924 avec la mise en place de deux nouvelles turbines. En 1925, deux turbines à vapeur livrées par la Maison Bréguet viennent compléter l’installation de production d’énergie.

A partir des années 1960, on néglige la force hydraulique. Les turbines, toujours en place, restent à l’arrêt durant près de 25 ans. En 1987, l’installation est dissociée du reste de l’usine et rachetée par un homme d’affaires des Deux-Sèvres qui relance la production d’électricité. Depuis lors, la centrale (D) a changé plusieurs fois de propriétaires mais continue de produire de l’électricité vendue à EDF. En 2009, suite à une avarie mécanique de la grande turbine, l’installation est remaniée. Désormais, les deux turbines sont dissociées et couplées chacune à un surmultiplicateur et à un alternateur d’une puissance de 300 KW pour la petite turbine et de 500 KW pour la grande. Des régulateurs ont également été mis en place.

Constructions périphériques au site de production

La famille Marin-Astruc fait édifier deux maisons de maître dans l’enceinte de l’usine à proximité de l’emplacement de l’ancienne forge de Joseph Andrès. L’une d’elles pourrait résulter d’un remaniement et d’une extension d’un logis préexistant et ayant appartenu au maître de forge. Ces deux villas étaient agrémentées, au sud-est, d’un vaste parc à l’anglaise et d’un grand potager bordé à l’ouest par des serres. Ce vaste espace vert, ceint d’un mur d’enceinte en moellons de grès, a été distrait de l’ensemble pour être loti au cours des années 1990.

Les deux villas sont restées liées au site de production jusqu'à leur démolition respective en 2001 et 2003. En revanche, il subsiste sur place un kiosque de jardin en métal et plomb qui orne aujourd’hui l’espace de présentation des piscines Adeva. On note aussi la présence d’une plaque de cheminée en fonte, à décors d’armoiries, scellée dans les vestiges du mur d’enceinte et provenant vraisemblablement de l’une des deux villas d’industriels.

On ne relève pas la présence, dans l’environnement immédiat de l’usine, de constructions destinées à loger la main-d’œuvre ouvrière. Les Ets Marin-Astruc ont privilégié l’acquisition de bâtiments existants à Buhl et dans les autres localités de la vallée et leur transformation en logements ouvriers. A la veille de la Première Guerre mondiale, la société était ainsi propriétaire de 78 logements notamment à Schweighouse (annexe de Lautenbach), Lautenbach-Zell et Buhl. Après le rachat en 1948 de la Manufacture de Buhl située rue de la Fabrique (anciens établissements Edmond Rogelet), la direction décide de réaménager certains des bâtiments productifs à étages en logements destinés au personnel. Entre 1949 et 1951, ce sont ainsi 44 appartements qui y sont installés.

Enfin, l’entrée est du site est marquée par la présence d’une écurie avec garages (I) et d’un bâtiment vraisemblablement antérieur à la construction de la filature en 1836 et qui semble avoir été remanié pour servir de logement (J).

DESCRIPTION

L’usine Marin-Astruc se déploie sur les bans des communes de Buhl, Lautenbach et Lautenbach-Zell et se trouve aujourd’hui scindée en deux entités. La partie inférieure du site se compose de la filature originelle constituée de deux ailes selon un plan en L (A, B), de l’extension de la filature sous la forme d’un atelier à sheds (C), de la centrale hydroélectrique (D), de la chaufferie originelle (E1, E2), de la nouvelle chaufferie (F) avec sa cheminée (G), d’un transformateur électrique (H), des anciennes écuries (I), d’une maison d’habitation (J) et du canal de fuite (K). La partie supérieure du site occupée par la société Adeva au moment de l'enquête se compose d’un atelier de tissage à étages transformé en centre social (L), de bureaux (M), de l’ancienne cokerie aujourd’hui chaufferie (N), des ateliers de tissage (O, P, Q, et R), de l’ancien atelier de tissage et de retordage des tissus pneumatiques (S), des entrepôts industriels et des magasins industriels édifiés au cours des années 1970 (T1, T2), de hangars industriels (U, V et W) et du château d’eau à flanc de colline (X). Enfin, à 1 500 m en amont se trouve le bassin de retenue, à l’embouchure du canal-tunnel.

La partie inférieure du site

La filature se compose de deux ailes. La plus imposante, de plan rectangulaire, est orientée nord-sud (A). Elle comporte un sous-sol, un rez-de-chaussée et trois étages carrés dont le dernier correspond à un surhaussement. Elle a également été prolongée au nord d’une travée accueillant l’escalier d’accès aux étages et réalisée en briques enduites alors que la construction d’origine est en moellons de grès enduits. Les encadrements des baies en plein cintre au rez-de-chaussée et rectangulaires aux étages sont en grès pour la construction initiale et en ciment pour la travée et l’étage plus récents. L’élévation nord présente six travées d’ouvertures coiffées d’une toiture à trois fois deux longs pans en tuiles mécaniques, ornée d’une corniche en briques à ressauts. Les élévations est et ouest sont rythmées par quinze travées d’ouvertures. Le bâtiment est flanqué, à l’ouest, d’un monte-charge hors-œuvre. L’espace intérieur se compose de quatre vastes plateaux superposés d’un seul tenant supporté chacun par deux rangées de treize poteaux circulaires en fonte au diamètre décroissant au fur et à mesure que l’on s’élève dans les étages. Au premier étage, les poteaux de soutien sont décorés d’un anneau mouluré en partie supérieure.

L’aile est-ouest (B), également de plan rectangulaire et placée en retour d’équerre, comporte un sous-sol, un rez-de-chaussée et deux étages carrés édifiés en moellons de grès enduits sous un toit à longs pans couverts de tuiles mécaniques. On dénombre quinze travées d’ouvertures sur les murs-gouttereaux et trois sur le mur-pignon oriental. Les encadrements de baies en plein cintre au rez-de-chaussée et rectangulaires en étage sont en grès et surmontés d’un arc de décharge en briques. Les structures porteuses diffèrent selon les niveaux : au rez-de chaussée, deux rangées de neuf poteaux accolées au mur constitués de deux profilés métalliques en U liaisonnés au moyen de platines boulonnées supportent des solives enduites ; au premier étage, une rangée médiane de sept poteaux également réalisés au moyen de deux profilés métalliques en U soutiennent une sous-poutre enduite ; au dernier étage, aucune structure porteuse n’est apparente, seuls des tirants métalliques assurent la stabilité de l’ensemble.

La filature originelle est flanquée à l’ouest d’un atelier de fabrication en rez-de-chaussée (C) à quatre travées de sheds en tuiles mécaniques dont les versants ouest sont vitrés. La structure porteuse se compose de trois rangées de sept poteaux circulaires supportant une sous-poutre métallique profilée en I. L’élévation nord est ajourée d’oculi.

La centrale hydroélectrique (D) occupe une partie du rez-de-chaussée et du sous-sol de l’aile (B) de la filature. Alimentée par une conduite forcée en métal renforcée d’un chemisage en béton visible à flanc de montagne au sud de l’usine, elle est équipée de deux turbines de type Francis couplées chacune à un surmultiplicateur et à un alternateur (étudiées IM68012607 et IM68012608). Le tableau de contrôle vraisemblablement installé au moment du renouvellement de l’installation en 1924 est toujours en place. Habillé de plaques de marbre blanc et surmonté d’une horloge, il porte l’ensemble des cadrans de contrôle et des volants de manœuvre. Au sous-sol, la fosse, dressée en moyen appareil de blocs de grès rose, où se logeait la roue de la filature d’un diamètre de 11 m, est toujours visible.

Accolée à la filature, l’ancienne chaufferie (E1) se présente sous la forme d’une construction en rez-de-chaussée, de plan rectangulaire, édifiée en maçonnerie enduite et coiffée d’un toit en appentis avec tuiles mécaniques et vitrage en partie centrale. Elle est flanquée à l’est d’un corps de bâtiment rectangulaire en rez-de-chaussée (E2), ajouré au nord de grandes baies en plein cintre et couvert d’un toit à longs pans avec tuiles mécaniques.

Au centre de la cour de l’usine se dresse la chaufferie la plus récente (F). Elle se compose de deux corps de bâtiments accolés en maçonnerie enduite (non visités). Le premier, à l’est, est couvert d’un toit à longs pans, le second, à l’ouest, d’une travée de shed. L’ensemble est couvert de tuiles mécaniques. La cheminée en briques qui domine la chaufferie au nord (G) présente une base octogonale décorée d’une frise en briques à ressauts et un fût tronconique.

Établis à l’entrée est du site, l’ancienne écurie et les garages (I) adoptent un plan en L. L’aile nord-sud qui accueillait les écuries comporte un rez-de-chaussée édifié en pan de bois et hourdis en briques et un étage carré ouvert jusqu’au faîtage et ajouré en partie haute de voliges découpées. Elle est couverte d’un large toit débordant à longs pans et demi-croupes avec tuiles mécaniques. L’aile est-ouest formant les garages est une construction de plan rectangulaire en rez-de-chaussée, élevée en maçonnerie enduite sur un soubassement en blocs de grès et couronnée d’une toiture en tuiles mécaniques à longs pans et croupes. Elle est décorée d’une corniche en briques à ressauts et cantonnée de chaînes d’angle harpées également en briques. L’élévation nord sur rue est rythmée par six baies semi-circulaires en grès tandis que le mur-gouttereau sud est percé de quatre grandes portes de garage rectangulaires.

La maison d’habitation (J) résulte d’un édifice originel de plan rectangulaire vraisemblablement prolongé postérieurement d’une extension en maçonnerie dans l’angle nord-ouest et équipé d’une véranda au premier étage des élévations postérieures. Édifiée en maçonnerie enduite pour le rez-de-chaussée et en pan de bois enduit pour l’étage carré, la bâtisse est couverte d’un toit à longs pans avec croupes, tuiles mécaniques et épi de faîtage à l’ouest. Les encadrements rectangulaires des baies sont en grès au rez-de-chaussée et la porte d’entrée percée sur l’élévation orientale est moulurée de fasces.

La partie supérieure du site

Sur la partie supérieure du site où se poursuit une activité industrielle au moment de l'enquête, l’ancien centre social (L) aujourd’hui affecté à un usage de bureaux, est une usine à étages fortement remaniée avec rehaussement d’un niveau et démolition de plusieurs travées au sud. Bâti en maçonnerie enduite, le bâtiment comporte deux étages carrés et un étage de comble sous un toit à longs pans en tuiles mécaniques. Les élévations est et ouest sont rythmées par dix travées d’ouvertures avec encadrements rectangulaires en grès et appuis saillants pour le dernier niveau et pour le mur-pignon sud remonté au moment du réaménagement du bâtiment au cours des années 1950.

Le bâtiment de bureaux (M) de plan rectangulaire compte un étage carré sous un toit à longs pans et croupes couvert de tuiles mécaniques. Édifié en maçonnerie enduite, il présente une élévation antérieure à dix travées d’ouvertures avec encadrements rectangulaires en grès. Il est flanqué à l’ouest d’une construction moderne à couverture en terrasse.

L’ancienne cokerie (N) reconvertie en chaufferie a perdu sa cheminée carrée en briques aujourd’hui remplacée par une cheminée métallique circulaire. Elle comporte deux ailes élevées en maçonnerie enduite et coiffées d’un toit à longs pans et tuiles mécaniques. L’aile est-ouest est en rez-de-chaussée et ajourée de grandes baies dont certaines en plein cintre avec appuis saillants en béton. L’aile nord-sud compte un étage carré et un étage de comble ajouré d’une baie semi-circulaire percée dans le pignon.

Les ateliers de finissage et le magasin d’expédition (O) qui jouxtent au sud le bâtiment de bureaux et la cokerie se présentent sous la forme de deux travées à longs pans avec verrière zénithale. Ces ateliers sont reliés à l’unité de tissage (P) au moyen d’une passerelle qui enjambe le cours de la Lauch. L’atelier de tissage en maçonnerie enduite compte huit travées de sheds vitrés au nord, soutenues par des poteaux associant deux profilés métalliques en U liaisonnés au moyen de platines soudées. D’est en ouest, on y trouvait l’activité de préparation (bobinage, encollage, rentrage) puis la salle des métiers à tisser. Cet atelier est prolongé à l’ouest par trois travées de sheds (Q) vitrés au nord avec tuiles mécaniques.

L’atelier en rez-de-chaussée établi à cheval sur le canal (R) comporte trois travées couvertes chacune d’un toit à longs pans avec tuiles mécaniques. Construit en maçonnerie enduite sur un soubassement appareillé en blocs de grès, le bâtiment est ajouré de grandes baies rectangulaires avec appuis saillants en béton.

L’ancien atelier de tissage et de retordage des tissus pneumatiques (S) en maçonnerie enduite compte huit travées de sheds vitrés au nord, couvertes de tuiles mécaniques et soutenues par des poteaux associant deux profilés métalliques en U liaisonnés au moyen de platines boulonnées. L’atelier est dominé au sud-est par un transformateur électrique de style néo-régionaliste orné de pierres d’angle à bossage et coiffé d’une toiture à deux pans brisés. Cet atelier a été progressivement étendu à l’ouest, au nord et à l’est par des travées (T1) réalisées en panneaux de béton préfabriqués et soutenues par de grandes fermes en béton sur poteaux carrés de même facture. Elles sont couvertes de toitures à longs pans. La dernière extension au nord (T2), de grande hauteur, présente une charpente métallique apparente dessinant quatre travées de longs pans couverts de tôle ondulée en ciment-amiante.

Le château d’eau (X) se situe à flanc de montagne, au débouché du canal-tunnel taillé dans le roc. Il se compose d’une haute tour de style néo-gothique flanquée à l’ouest d’une construction en blocs de grès à bossage ajourée de multiples jours en archère et protégeant la section terminale du canal d’amenée. Le château d’eau, en blocs de grès appareillés, comprend un sous-sol qui accueillait à l’origine les turbines, un rez-de-chaussée d’environ 11 mètres de hauteur, un étage carré auquel on accède par un escalier en vis en grès et un dernier niveau vraisemblablement remanié, accessible par une porte extérieure.

A l'intérieur, le sous-sol se compose d’un couloir d’accès voûté en berceau et commandé par une large porte en plein cintre. Dallé de grès, ce couloir est ventilé par deux lanterneaux. A l’arrière, la salle des turbines conserve une colonne circulaire et évidée en fonte ainsi que d’anciens dispositifs de commande. Cet espace est couvert d’un plafond de plaques métalliques reposant sur un treillis de poutrelles. Le sol de cet espace est couvert de grandes dalles de grès. Le rez-de-chaussée est desservi par une porte monumentale surmontée d’un arc brisé et percé de six jours d’éclairage couverts d’un arc en mitre. L’élévation antérieure est décorée d’une rosace avec encadrement mouluré légèrement saillant. De dimension monumentale, cette salle abrite deux conduites forcées chemisées de béton représentant une chute de 22,10 mètres au total. Un canal de fuite est aménagé en partie basse de la salle, à l’arrière d’une petite paroi métallique dont les panneaux sont décorés de losanges et d’étoiles. L’étage s’ouvre sur un balcon en grès avec consoles moulurées et garde-corps en fonte de fer au décor néo-gothique. La baie qui dessert le balcon présente un arc brisé avec remplage à réseau en bois. La salle accueille une chambre d’eau à paroi métallique dont les panneaux sont décorés de losanges. Elle est surmontée d’une passerelle de service avec garde-corps en métal et prolongée à l’ouest par le canal-tunnel voûté en berceau. Le couronnement de l’édifice est à redents, protégé par un toit en appentis couvert de tôles.

Précision dénomination filature de coton
tissage de coton
Appellations Forge de Bühl , Ziegler , Marin Astruc , Zuber , Sevylor, Adeva
Destinations usine de papiers peints, usine d'articles en matières plastiques, centrale hydroélectrique
Parties constituantes non étudiées atelier de fabrication, chaufferie, logement patronal, cheminée d'usine, château d'eau, bief de dérivation, centrale hydroélectrique, bassin de retenue, conduite forcée, cour
Dénominations filature, tissage, forge
Aire d'étude et canton Guebwiller - Guebwiller
Hydrographies la Lauch
Adresse Commune : Buhl
Adresse : 17 rue du Colonel-Bouvet
Cadastre : 2018 12 3, 181, 242, 243, 252, 253, 255, 256, 374 Emprise foncière située sur le ban de la commune de Buhl ; 2018 7 216 Emprise foncière située sur le ban de la commune de Lautenbach
Précisions oeuvre située en partie sur les communes de : Lautenbach ; Lautenbach-Zell

La filature de coton Ziegler est créée en 1835. Suite aux problèmes liés à un aqueduc en bois installé depuis l'étang de retenue situé 1,6 km de l'usine, il est entrepris de creuser un tunnel à flanc de montagne. Les frais conduisent l'entreprise à la faillite. M. Astruc, négociant en vins de Montpellier rachète l'usine qui prend la raison sociale Astruc et Cie en 1848. Le château d'eau néogothique, arrivée de la galerie souterraine, est construit en 1854. Un tissage est ajouté en 1865. Le gendre d'Astruc, Paul Marin reprend l'affaire en 1869 et la société devient une commandite par action Marin Astruc en 1877. Le peintre Alexandre Bida, gendre de Paul Marin, s'installe dans la maison de maître à partir de 1872. L'entreprise devenue provisoirement Godefroy Elsaesser de 1905 à 1919, des turbines Francis sont installées sur la chute d'eau en 1908. Suite à un bombardement le 6 septembre 1914, un nouveau bâtiment est construit en 1924 avec un retordage à l'intérieur. La société Marin rachète en 1948 la manufacture de Buhl, anciennement Rogelet, située rue de la Fabrique, avant qu'elle n'abandonne ce nouveau site en 1958. En 1963, le tissage et la filature ferment. Seul fonctionne encore le retordage qui emploie 100 personnes jusqu'en 1983. Le site est alors repris par les sociétés Zuber et Sevylor pour une activité différente. Une centrale hydroélectrique continue la production d'électricité.

Période(s) Principale : milieu 19e siècle , daté par travaux historiques
Principale : 1er quart 20e siècle , daté par travaux historiques
Dates 1835, daté par travaux historiques
1854, daté par travaux historiques
1865, daté par travaux historiques
1898, daté par travaux historiques
1924, daté par travaux historiques

Le site se déploie des deux côtés de la Lauch avec deux ensembles correspondant aux anciens bâtiments de tissage et de filature à quatre niveaux autour desquels se sont rajouté des ateliers en shed et divers hangars. Les deux maisons de maître ont été détruites, l'une en 2001, l'autre en 2003. Un bassin de retenue est situé à plus d'un kilomètre en amont. Il est le départ d'un tunnel souterrain d'approvisionnement en eau. Sur le flanc de la montagne côté sud, le château d'eau constitue une œuvre caractéristique des usines de style néogothique. De là partent des conduites forcées, dont une est visible, destinées alimenter les turbines dont une est toujours en fonction.

Murs brique
moellon
Toit tuile mécanique, verre en couverture
Couvertures shed
toit à deux pans
Énergies énergie hydraulique
produite sur place
turbine hydraulique
États conservations établissement industriel désaffecté, restauré

Refus de visite de Zuber; architecture néogothique du château d'eau remarquable. Dossier réalisé en partenariat avec le CRESAT, Université de Haute-Alsace.

Statut de la propriété propriété privée
Intérêt de l'œuvre à signaler,
Éléments remarquables château d'eau, machine énergétique

Références documentaires

Bibliographie
  • Bader, Jean. Marin Astruc. Bastion textile du Haut-Florival. In Deux siècles d'Industrie Textile dans le Florival. Guebwiller, 2001, t. 1, p. 98-113.

Liens web

(c) Région Grand-Est - Inventaire général - Jaoul Guillaume - Schwarz Frank
Frank Schwarz

Chercheur spécialisé en patrimoine industriel au Service de l'Inventaire de la Région Grand Est (site de Strasbourg).


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- Raimbault Jérôme