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Filature dite Feinspinnerei Schlettstadt, puis Filature de Sélestat S.A., puis Filés de Sélestat

Dossier IA67080369 réalisé en 2018

Fiche

  • Vue aérienne de l'usine, depuis le sud-ouest.
    Vue aérienne de l'usine, depuis le sud-ouest.
  • Impression
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  • Parties constituantes

    • transformateur
    • atelier de fabrication
    • cantine
    • salle des machines
    • chaufferie
    • cheminée d'usine
    • cour
    • magasin industriel
    • entrepôt industriel
    • bureau
    • garage

Á rapprocher de

La rédaction de ce dossier intervient dans le cadre d'une opération ponctuelle menée par Frank Schwarz en novembre 2018 en raison de l'état de dégradation des bâtiments de l'ancienne Filature de Sélestat. La campagne de prises de vues aériennes est assurée par Christophe Hamm, les prises de vues au sol par Frédéric Harster et la cartographie du site par Abdessalem Rachedi.

Elle a donné lieu à la rédaction d'une synthèse qui précise l'historique de l'usine et sa description.

Historique

En 1907, Paul Cuny (1872-1925), industriel du textile établi depuis 1896 à Thaon-les-Vosges, décide d’implanter une nouvelle filature à Sélestat. Pour ce faire, la Société Anonyme Paul Cuny, Molard et Cie se porte acquéreur du terrain de manœuvre de la garnison allemande, le 8e bataillon de Chasseurs, au nord et à distance de l’agglomération de Sélestat. Elle fait appel au bureau d’architectes et d’entrepreneurs Preiswerk de Bâle, en Suisse, pour dresser les plans de son usine alsacienne. Celle-ci prend la forme d’ateliers en rez-de-chaussée coiffés de sheds, recoupés en partie axiale par une salle des machines de haute stature et par une travée transversale qui abrite les transmissions. Ces ateliers sont flanqués au sud d’une chaufferie dominée par sa haute cheminée en briques et d’ateliers en rez-de-chaussée couverts de toits en terrasse. Un bâtiment de bureaux (disparu), implanté au sud-est de l’usine, complète l’ensemble. Les travaux de construction sont menés en quelques mois au cours de l’année 1908 et la filature, désignée sous le nom de Feinspinnerei Schlettstadt, est équipée de 50 000 broches. Elle compte rapidement 500 ouvriers. Pour les loger, l’entreprise entreprend la construction d’une cité ouvrière (étudiée, IA67080370) sur le terrain qui jouxte le site, au sud, de l’autre côté de la voie de chemin de fer Sélestat-Sundhouse, inaugurée en 1909 et aujourd’hui déferrée. Un logement patronal est également édifié au nord-est de l’usine (étudié, IA67080371).

En 1923, les ateliers de la Filature de Sélestat S.A. sont étendus au nord-est, selon les plans du cabinet Preiswerk. Six nouvelles travées de sheds ainsi qu’un réfectoire et une salle de repos sont alors édifiés. C’est vraisemblablement à cette époque que sont élevés les premiers magasins et entrepôts industriels (G, H, I), au sud des ateliers. L’année suivante, Paul Cuny décide de se doter d’une seconde filature à Sélestat, qu’il fait construire au sud de la ville (étudiée, IA67080359). En 1931, un magasin industriel (J) à toit bombé est construit dans le prolongement ouest des magasins et entrepôts existants (G, H, I). En 1949, les bureaux, au sud-est du site, sont remaniés et agrandis par la construction d’une aile en retour d’équerre (H). Les plans en sont livrés par l’architecte sélestadien Paul Kieffer. La même année, un transformateur électrique (N) est construit au nord de l'usine.

A la fin des années 1950, la Filature de Sélestat S.A. renouvelle son parc de machines et occupe 700 salariés. Au courant des années 1960, elle concentre ses activités au sein de son usine originelle qui couvre désormais une surface de 35 000 m2 de bâtiments (25 000 m2 de locaux d’activités ; 10 000 m2 de magasins et d’entrepôts). En 1970, les effectifs se montent à 480 employés. L’année suivante, un premier dépôt de bilan intervient mais l’activité se poursuit avec 330 ouvriers. Un second dépôt de bilan conduit à la fermeture définitive de la filature, le 21 septembre 1978. L’usine est alors occupée par ses ouvriers jusqu’au début juin 1979. Dans l’intervalle, Jacques Simon-Bigart, propriétaire d’un magasin d’ameublement à Sélestat, se porte acquéreur de 90 % des actions de l’ancienne filature. A partir d’octobre 1979, il réinvestit, sous la raison sociale Indéfil Ameublement Bigart, la partie ouest de l’usine en y installant un dépôt de meubles et en relançant l’activité textile orientée vers le tissu d’ameublement. La partie est des locaux, d’une surface de 12 000 m2, est destinée à recevoir une usine-relais.

En 1981, le magasin des filés (G) est transformé en magasin d’exposition de meubles avec vitrines, puis en supermarché à compter de 1983. En 1987, ce sont les trois entrepôts (H, I, J), implantés dans son prolongement ouest qui sont aménagés en magasins de vente. L’année suivante, l’activité textile, poursuivie sous la raison sociale Filés de Sélestat, prend fin. Les locaux qu’elle occupait sont alors laissés à l’abandon tandis que plusieurs bâtiments sont loués par de petites entreprises (menuiserie, garage automobile, etc.). Plusieurs incendies ont lieu sur le site dont le plus important, le 11 novembre 2001, laisse la partie orientale des ateliers à l’état de ruine. Récemment, l’aile originelle des bureaux a été démolie.

Au moment de l'enquête d'inventaire, en 2018, ne subsistent sur le site que la partie occidentale des ateliers, la salle des machines, la chaufferie et une aile des bureaux, à l’état de friche. Les entrepôts et magasins industriels, implantés au sud et à l’ouest de l’emprise et reconvertis en magasins de vente et en bureaux, sont occupés par diverses entités.

Description

Le site de la Filature de Sélestat est délimité au nord par le cours du Giessen, à l’ouest par la voie de chemin de fer Strasbourg-Bâle, au sud par la rue de la Filature, autrefois partiellement occupée par la voie ferrée Sélestat-Sundhouse et à l’est, par le quartier d’immeubles HLM édifiés dans les années 1970. Pour l'identification des bâtiments, se reporter au plan de situation du site figurant dans les illustrations (IVR42_20186702007NUDA).

Couvrant une emprise foncière de plus de six hectares, il se compose, du nord au sud, du transformateur électrique (N), des ateliers de fabrication (A) pour partie à l’état de ruine (A’), prolongés au nord-est par le réfectoire de l’usine (E), de la salle des machines (B), de la chaufferie (C) prolongée au sud par un magasin industriel (F) et surplombée par la cheminée d’usine (D), d’un entrepôt avec garages (K) et, sur un même alignement en bordure méridionale du site, des bureaux (M), du magasin des filés (G), de l’entrepôt de coton (H), du magasin de schappe (I) et d’un second entrepôt (J).

Le transformateur électrique (N), au nord de l’emprise, se compose d’une construction de grand développement de plan rectangulaire, prolongée à l’est d’une aile en rez-de-chaussée coiffée d’un toit à longs pans avec croupe, cheminées maçonnées et tuiles mécaniques. Il est bâti en maçonnerie enduite.

L’atelier de fabrication (A, A') n’est conservé que dans sa partie occidentale (A), composée de 20 travées de sheds en rez-de-chaussée, orientées est-ouest, vitrées au nord et couvertes de tuiles mécaniques. La travée la plus méridionale a été partiellement rehaussée d’un étage de très grand développement. Construit en maçonnerie enduite, l’ensemble présente une élévation occidentale avec pignons ajourés d’oculi cernés de briques. Il est flanqué, à l’est, d’une travée transversale, couverte d’un toit à longs pans partiellement effondré, qui recevait les transmissions. La partie orientale de l’atelier de fabrication (A’) a disparu à la suite d’un incendie. Ne sont conservées qu’une partie de ses élévations périphériques, deux travées de sheds orientées nord-sud au sud-est de l’ensemble et les quatre travées de sheds qui marquent l’angle nord-est du bâtiment, flanquées du réfectoire de l’usine (E). Bâti en maçonnerie de briques enduites, ce dernier se déploie en rez-de-chaussée sous un toit en appentis. Il est ajouré, à l’est, de huit baies rectangulaires avec appuis saillants en ciment. L’élévation sud des ateliers conserve une plaque en marbre commémorant le cinquantième anniversaire de la création de l’usine.

La salle des machines (B), en cœur de site, domine l’usine de sa haute stature. De plan rectangulaire et édifiée en maçonnerie de briques enduites, elle comporte un sous-sol et un rez-de-chaussée surélevé de très haut développement. Le toit, supporté par une charpente métallique, est totalement effondré. L’élévation antérieure, à six travées d’ouvertures, est ajourée de très grandes baies en arc segmentaire avec encadrements harpés en briques et granit en partie basse pour les plus grandes d’entre elles. Le niveau d’entablement, percé de multiples baies en arc segmentaire, concentre l’essentiel du décor en briques : bandeau d’appui, pilastres, corniche à ressauts décorée d’une frise à denticule.

La chaufferie (C), en rez-de-chaussée, se compose de deux travées à longs pans accolées, supportées par une charpente métallique apparente en treillis. Elle est couverte en tuiles mécaniques et les versants nord de la toiture sont partiellement vitrés. Bâti en maçonnerie de briques enduites, le bâtiment est décoré d’une corniche à ressauts en briques et présente des pignons découverts. Il est flanqué, à l’ouest, d’une cheminée d’usine (D) en briques, de forme tronconique, et prolongé au sud d’un magasin industriel (F) en rez-de-chaussée sous un toit en appentis couvert de tôles nervurées.

Le bâtiment de bureaux (M) n’est conservé que sous la forme d’une aile, orientée est-ouest. Édifiée en maçonnerie enduite, elle comporte un sous-sol, un rez-de-chaussée surélevé et un étage carré sous un toit à longs pans avec croupe à l’est et tuiles mécaniques. L’élévation sud est animée de sept travées d’ouvertures rectangulaires avec encadrements moulurés en pierre artificielle. Le mur sous croupe, à l’est, porte un balcon en béton armé avec garde-corps en fer forgé.

Le magasin des filés (G) se compose de trois corps de bâtiment réunis au sein d’un ensemble au plan rectangulaire irrégulier épousant le tracé courbe de la parcelle. Édifié en maçonnerie enduite sous un toit à longs pans avec tuiles mécaniques, il se déploie en rez-de-chaussée. L’élévation nord, partiellement couverte de tôles nervurées, est dominée, à l’est, par une grande lucarne débordante à deux pans sur aisseliers en bois. L’élévation antérieure, fortement modifiée suite à l’aménagement d’une surface de vente, est revêtue d’un bardage en tôles nervurées et flanquée, à l’est, de portiques à ressauts en métal.

L’entrepôt de coton (H), le magasin de schappe (I) et le second entrepôt (J), disposés dans le prolongement ouest du magasin des filés, adoptent une même morphologie : plan rectangulaire, rez-de-chaussée de grand développement, toit à longs pans et couverture en tuiles mécaniques, gros œuvre en maçonnerie enduite. Leur élévation sud est désormais percée de vitrines, résultant de leur transformation en espaces de vente.

L’entrepôt avec garages (K) à l’ouest du site se compose de trois travées accolées en rez-de-chaussée, coiffées d’un toit bombé pour les deux travées au nord et de longs pans pour celle au sud. L’ensemble, construit en maçonnerie de briques enduites et charpente métallique en treillis, est couvert de tôles ondulées.

Appellations Feinspinnerei Schlettstadt , Filature de Sélestat S.A., Filés de Sélestat
Parties constituantes non étudiées transformateur, atelier de fabrication, cantine, salle des machines, chaufferie, cheminée d'usine, cour, magasin industriel, entrepôt industriel, bureau, garage
Dénominations filature
Aire d'étude et canton Bas-Rhin - Sélestat
Hydrographies Giessen
Adresse Commune : Sélestat
Adresse : 24 rue de la Filature
Cadastre : 2018 13 264 à 266

En 1908, Paul Cuny, industriel du textile vosgien, fait construire une nouvelle filature à Sélestat selon les plans du bureau d’architectes et d’entrepreneurs Preiswerk de Bâle, en Suisse. Équipée de 50 000 broches, elle compte rapidement 500 ouvriers. En 1923, les ateliers (A') sont étendus au nord-est. En 1931, un magasin industriel (J) à toit bombé est construit dans le prolongement ouest des magasins et entrepôts existants (G, H, I). En 1949, les bureaux, au sud-est du site, sont remaniés et agrandis par la construction d’une aile en retour d’équerre (M), conçue par l’architecte sélestadien Paul Kieffer. Un transformateur électrique est également construit au nord de l'usine.

A la fin des années 1950, la Filature de Sélestat S.A. renouvelle son parc de machines et occupe 700 salariés. En 1970, les effectifs se montent à 480 employés. L’année suivante, un premier dépôt de bilan intervient mais l’activité se poursuit avec 330 ouvriers. Un second dépôt de bilan conduit à la fermeture définitive de la filature, le 21 septembre 1978. L’usine est rachetée par Jacques Simon-Bigart, propriétaire d’un magasin d’ameublement à Sélestat. A partir d’octobre 1979, il réinvestit, sous la raison sociale Indéfil Ameublement Bigart, la partie ouest de l’usine en y installant un dépôt de meubles et en relançant l’activité textile. La partie est des locaux est destinée à recevoir une usine-relais.

Au cours des années 1980, les entrepôts et magasins industriels implantés en bordure méridionale de l'emprise sont aménagés en magasins de vente. Plusieurs incendies ont lieu sur le site dont le plus important, le 11 novembre 2001, laisse la partie orientale des ateliers à l’état de ruine. Récemment, l’aile originelle des bureaux a été démolie.

Période(s) Principale : 1er quart 20e siècle , daté par source
Secondaire : 2e quart 20e siècle , daté par source
Dates 1908, daté par source
1923, daté par source
1931, daté par source
1949, daté par source
Auteur(s) Auteur : Preiswerk et Cie,
Preiswerk et Cie

Architectes et entrepreneurs installés à Bâle en Suisse et à Saint-Louis (Haut-Rhin)


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architecte, entrepreneur, attribution par source
Auteur : Kieffer Paul
Auteur : Cuny Paul,
Paul Cuny (1872 - 1925)

Industriel du textile dans les Vosges où il fonde trois usines. Il est actionnaire de la blanchisserie teinturerie thaonnaise, proche d'Armand Lederlin. Il exerce un mandat de député radical. En 1907, il s'implante en Alsace alors sous régime allemand en fondant une filature à Sélestat (Bas-Rhin).


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auteur commanditaire, attribution par source

Le site de la Filature de Sélestat se compose, du nord au sud, du transformateur électrique (N), des ateliers de fabrication (A) pour partie à l’état de ruine (A’), flanqués au nord-est du réfectoire de l’usine (E), de la salle des machines (B), de la chaufferie (C) prolongée au sud par un magasin industriel (F) et surplombée par la cheminée d’usine (D), d’un entrepôt avec garages (K) et, sur un même alignement en bordure méridionale du site, des bureaux (M), du magasin des filés (G), de l’entrepôt de coton (H), du magasin de schappe (I) et d’un second entrepôt (J). Pour l'identification des bâtiments, se reporter au plan de situation du site figurant dans les illustrations (IVR42_20186702007NUDA).

Le transformateur électrique (N) est bâti en maçonnerie enduite tout comme l’atelier de fabrication (A), qui n’est conservé que dans sa partie occidentale, composée de 20 travées de sheds en rez-de-chaussée, vitrées au nord et couvertes de tuiles mécaniques. La partie orientale de l’atelier de fabrication (A’) a disparu à la suite d’un incendie. Le réfectoire de l’usine (E), qui lui est accolé au nord-est, subsiste. Bâti en maçonnerie de briques enduites, il se déploie en rez-de-chaussée sous un toit en appentis.

La salle des machines (B), en maçonnerie de briques enduites, comporte un sous-sol et un rez-de-chaussée surélevé de très haut développement. La chaufferie (C), en rez-de-chaussée, se compose de deux travées à longs pans accolées, supportées par une charpente métallique apparente en treillis. Elle est couverte en tuiles mécaniques et les versants nord de la toiture sont partiellement vitrés. Bâti en maçonnerie de briques enduites, le bâtiment est flanqué, à l’ouest, d’une cheminée d’usine (D) en briques, de forme tronconique, et prolongé au sud d’un magasin industriel (F) en rez-de-chaussée sous un toit en appentis couvert de tôles nervurées.

Le bâtiment de bureaux (M) n’est conservé que sous la forme d’une aile, orientée est-ouest. Édifiée en maçonnerie enduite, elle comporte un sous-sol, un rez-de-chaussée surélevé et un étage carré sous un toit à longs pans avec croupe à l’est et tuiles mécaniques. Le magasin des filés (G), l’entrepôt de coton (H), le magasin de schappe (I) et le second entrepôt (J), disposés dans le prolongement ouest du magasin des filés, adoptent une même morphologie : plan rectangulaire, rez-de-chaussée de grand développement, toit à longs pans et couverture en tuiles mécaniques, construction en maçonnerie enduite. Leur élévation sud est désormais percée de vitrines, résultant de leur transformation en espaces de vente.

L’entrepôt avec garages (K) à l’ouest du site se compose de trois travées accolées en rez-de-chaussée, coiffées d’un toit bombé pour les deux travées au nord et de longs pans pour celle au sud. L’ensemble, construit en maçonnerie de briques enduites et charpente métallique en treillis, est couvert de tôles ondulées.

Murs brique maçonnerie essentage de tôle
enduit
Toit tuile mécanique, verre en couverture, tôle nervurée, tôle ondulée
Plans plan rectangulaire régulier
Étages sous-sol, en rez-de-chaussée, rez-de-chaussée surélevé, 1 étage carré
Couvertures toit à longs pans croupe
shed
appentis
toit bombé
Énergies énergie thermique produite sur place
énergie électrique achetée
États conservations mauvais état, vestiges
Statut de la propriété propriété d'une société privée
(c) Région Grand-Est - Inventaire général - Schwarz Frank
Frank Schwarz

Chercheur spécialisé en patrimoine industriel au Service de l'Inventaire de la Région Grand Est (site de Strasbourg).


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