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Maison d'industriel dite Villa Albarine, puis Villa Les Hauts Bois, puis collège, actuellement bureaux dits Villa Warnery

Dossier IA68009530 réalisé en 2014

Fiche

La rédaction de ce dossier intervient dans le cadre d'une enquête thématique, menée en 2014 par Jérôme Raimbault et Frank Schwarz, visant à interroger la transformation du paysage des vallées vosgiennes du Haut-Rhin sous l’effet de l’industrialisation.

La synthèse ci-dessous, qui précise l'historique de la villa et sa description, donne ainsi lieu à une organisation spécifique des informations permettant de mettre en exergue divers aspects de la problématique retenue.

La campagne de prises de vues professionnelles est assurée par Christophe Hamm, complétée des vues prises au cours de l'enquête par Jérôme Raimbault.

HISTORIQUE

Implantation originelle

La villa Warnery est bâtie sur le versant sud de Guebwiller qui n’est urbanisé que dans le dernier quart du 19e siècle. Elle est érigée au sein d’une zone de prés et de pâture qui couvre les parties intermédiaires de ce versant avant qu’il ne soit gagné par l’extension de la ville.

Au moment de l’édification de la villa, au début du 20e siècle, l’urbanisation du versant est déjà bien engagée. A l’est du domaine, la ville de Guebwiller a procédé à la construction du Realgymnasium en 1880-1881. Au nord-est, ce sont des maisons d’industriels environnées de parcs qui occupent de vastes espaces et notamment la villa Les Tilleuls (disparue) occupée par Adolphe Schlumberger, le père de Madame Warnery, ou encore la villa La Roseraie construite pour le compte d’Alexandre Bourcart. Au sud-est, de l’autre côté du chemin de Thierenbach, se dresse la villa de Jacques Schlumberger (étudiée, IA68009526). En amont de la propriété, au-delà du parc, le versant est couvert de forêts.

Le terrain sur lequel est bâtie la villa Warnery est bordé au sud par le chemin de Thierenbach qui relie le célèbre lieu de pèlerinage à la ville de Guebwiller et au nord par le chemin du Luspel sur lequel est aménagée l’entrée du domaine.

Développement du site

Émile Warnery (1862-1946), d’origine suisse mais installé à Tenay dans l’Ain où il dirige avec son père et ses frères une filature de schappe (déchets de soie naturelle), épouse Marie Schlumberger (1866-1942) en 1888. A partir de 1901, le couple se rend acquéreur de nombreuses parcelles de terrain situées à l’ouest du Realgymnasium de la ville de Guebwiller constituant ainsi un domaine de plus d’un hectare et demi. En 1902, il décide la construction d’une villa dont les plans sont livrés par l’architecte mulhousien Charles Schulé (1865-1935). L’édifice propose une variation du chalet suisse, référence vraisemblable aux origines du commanditaire, tout en faisant de discrets emprunts au répertoire décoratif du Moyen Âge.

La villa, construite au cours de l'année 1903, prend d'abord le nom de Villa Albarine en souvenir de la rivière qui arrose la ville de Tenay. Elle est pourvue de dépendances qui commandent l’entrée du domaine sur la rue du Luspel, en face de la villa Les Tilleuls (disparue) alors occupée par les parents de Mme Warnery, Mme et M. Adolphe Schlumberger. La villa Albarine est environnée d’un grand parc à l’anglaise totalement clos avec allées sinueuses, d’un jardin potager avec serre et remise au nord et d’un terrain de tennis à l’est.

En 1913, les architectes guebvillérois Virgile (1845-1918) et Adolphe (1870-1944) Sautier livrent les plans d’une terrasse qui vient flanquer l’élévation sud de la demeure. Durant la Première Guerre mondiale, la bâtisse est réquisitionnée pour loger des officiers allemands. En 1931, les époux Warnery cèdent le domaine au frère de Madame, Robert Schlumberger. La demeure est alors désignée sous le nom de Villa Les Hauts Bois. Robert Schlumberger fait appel aux services de l’architecte-paysagiste parisien Ferdinand Duprat (1887-1976) qui conçoit un jardin de plantes vivaces aménagé dans l’angle sud-est du parc, à côté du terrain de tennis.

Durant la Seconde Guerre mondiale, la villa est occupée par les autorités allemandes et la Wehrmacht. A la Libération, le bâtiment est vacant. Or, l’immeuble de l’école primaire supérieure de jeunes filles sis rue Théodore-Deck a été fortement endommagé lors du bombardement aérien du 18 novembre 1944. Pour permettre la reprise de cet enseignement, le sous-préfet de Guebwiller procède à la réquisition du bâtiment, désormais désigné sous le nom de villa Warnery, au profit de l’Inspection Académique du Haut-Rhin qui le met à disposition de la commune en juillet 1945. Cette dernière y installe le collège moderne de jeunes filles et en 1948, elle en fait l’acquisition auprès de Robert Schlumberger. En 1957, le collège moderne de jeunes filles de la villa Warnery est associé au collège communal classique et moderne de garçons qui est installé dans l’ancien Realgymnasium voisin. A cette occasion, le mur séparant les deux établissements est abattu et la nouvelle entité ainsi constituée devient un collège national. En 1959, le collège devient lycée mixte classique et moderne.

En 1966, la villa Warnery est réaménagée par les architectes mulhousiens R. Schmitt et Jean-Claude Bruetschy. Le rez-de-chaussée est transformé en cantine et l’étage en locaux pédagogiques. En 1984, l’établissement devient un lycée d’enseignement général et technologique qui prend le nom de Lycée Alfred Kastler. Au début des années 2000, la construction d’une nouvelle demi-pension permet de libérer le rez-de-chaussée de la villa Warnery. Au moment de l'enquête, elle abrite l’administration du lycée.

DESCRIPTION

Le domaine de la villa Warnery se compose de la maison d’industriel qui s’inspire du chalet suisse tout en faisant référence au répertoire décoratif du Moyen Âge, environnée d’un parc dont l’emprise originelle a été réduite par la construction de bâtiments scolaires. Il comprend aussi des dépendances qui commandent l’entrée du site sur la rue du Luspel.

La villa

La villa adopte un plan en T. Elle est flanquée d’une tour coiffée d’un toit en pavillon et tuiles en écaille sur son élévation occidentale et prolongée par des terrasses au sud et à l’est. Édifiée en maçonnerie enduite sur un soubassement en moellons de grès rose à bossage rustique, la villa comporte un sous-sol, un rez-de-chaussée surélevé, un étage carré et un comble à surcroît sous un toit à longs pans débordants avec demi-croupes et couverture en ciment amiante. Les élévations ordonnancées de la villa sont animées de huit balcons à garde-corps en bois découpé dont certains, en partie supérieure, sont protégés par des débords de toiture avec fermetures d’avant-toit essentées de planches.

Sur l’élévation antérieure, l’entrée, pavée de grès rose, est protégée par un auvent à demi-croupe reposant sur des poteaux sculptés disposés sur des dés en grès. La porte d’entrée en arc segmentaire est encadrée de deux baies rectangulaires. Sur l’élévation postérieure, une logette en grès est surmontée d’une terrasse. Le pignon est ajouré d’une baie en triplet encadrée, de part et d’autre, d’un oculus. L’élévation orientale est flanquée d’une véranda en pan-de-bois également coiffée d’une terrasse. Les baies rectangulaires, en arc segmentaire et circulaires de la villa sont encadrées de grès. Des engoulants, emprunts au répertoire décoratif du Moyen Âge, décorent le tablier de trois des huit balcons de l’édifice. La conception des terrasses qui bordent les élévations sud et est fait également référence à l’architecture médiévale en évoquant, au moyen d’un appareil de grès à bossage rustique, une ruine castrale avec tour circulaire et parapet.

Les intérieurs

En dépit de ses transformations successives, la villa a conservé une bonne part de ses décors intérieurs principalement au rez-de-chaussée. Le répertoire décoratif du style gothique tardif a servi à décorer le grand vestibule d’entrée, l’ancien fumoir (actuelle salle du conseil) et le couloir attenant. Le grand vestibule ouvre sur la cage de l’escalier tournant à volées droites en chêne. Ce dernier est muni d’une rampe à balustres découpées et d’un départ sculpté. Les murs du vestibule sont couverts de lambris de mi-hauteur en résineux. Son plafond est décoré d’un réseau géométrique de nervures entrecroisées et cerné d’une bordure en résineux sculptée en méplat d’une frise de feuilles avec rosaces aux angles. A l’image d’une Stube médiévale, l’ancien fumoir est intégralement revêtu de résineux avec un plafond recoupé de moulures orthogonales et cerné d’une bordure identique à celle du vestibule. Le mur méridional est garni de deux étagères suspendues décorées de colonnettes en relief et ouvrant à deux battants vitrés. L’étagère d’entre-fenêtre surmonte le radiateur protégé par une grille en bois et une claire-voie à décor végétal ajouré. Une troisième vitrine à décor de baguettes entrecroisées est placée dans l’angle nord-est de la pièce. La cheminée qui occupait l’angle nord-ouest de la pièce au fond d’une niche a été supprimée. De même, la porte de communication avec le salon, fermant à deux battants à pentures en fer forgé, a été murée. Le couloir de distribution axial comprend des lambris d’appui à panneaux et son plafond est bordé de la même frise que le vestibule.

Au rez-de-chaussée, le décor de l’ancien salon et de l’ancienne salle à manger est inspiré par le répertoire décoratif du 18e siècle français. Le salon est la pièce la plus décorée comportant lambris d’appui et encadrements de porte en bois peint, stuc aux murs et au plafond et une cheminée à manteau en marbre gris veiné dans l’angle nord-ouest de la pièce. Le décor de la salle à manger est traité plus simplement avec des lambris d’appui à panneaux moulurés sommés de volutes curvilignes. L’encadrement en bois de la porte donnant sur le vestibule est couvert par un fronton à cartouche en relief. Le premier étage ne présente pas de décor remarquable. Partout, les revêtements de sol ont été remplacés par un parquet à chevrons simples en chêne à l’exception de l’ancien fumoir où le parquet présente l’aspect d’une vannerie. On ne trouve de revêtement en céramique d’époque que dans l’entrée principale et dans le couloir menant à l’escalier de service ménagé dans la tour ouest. Il est orné de motifs géométriques polychromes.

Les dépendances et le parc

Les dépendances qui bordent la rue du Luspel, étaient composées, d’ouest en est, de la conciergerie, de la remise à véhicules surmontée des logements du personnel, de la sellerie et de l’écurie surmontées du fenil. Le poulailler et la basse-cour qui prolongeaient ces dépendances au sud-est ont aujourd’hui disparu. L’ensemble est de plan allongé et épouse le tracé courbe de la rue. Édifié en maçonnerie enduite et pan-de-bois pour les pignons sur un soubassement en appareil de grès rose bouchardé, il comprend un sous-sol partiel, un rez-de-chaussée et un comble à surcroît sous un toit à longs pans avec demi-croupes et couverture en ciment amiante. La conciergerie est ajourée de baies rectangulaires et de trois oculi avec encadrement dessinant une croix. L’élévation sud, sur cour, est percée de quatre portes cochères, trois en arc segmentaire, la dernière à linteau droit. L’élévation nord, sur rue, est animée de quatre petites baies en arc segmentaire et d’une grande baie en plein cintre en partie centrale. Le fenil se signale par la présence de panneaux en bois à claire-voie. Les encadrements des baies et le bandeau d’étage sont en grès.

Le parc, bien que réduit dans son emprise, conserve un couvert végétal dense constitué de beaux sujets feuillus et résineux et de quelques essences exotiques (cèdres notamment).

Genre d'industriel
Appellations Villa Albarine , Villa Les Hauts Bois , Villa Warnery
Parties constituantes non étudiées dépendance, parc, conciergerie, remise, logement, sellerie, écurie, fenil
Dénominations maison, collège
Aire d'étude et canton aire d'étude du département 68 - Guebwiller
Adresse Commune : Guebwiller
Adresse : 5 rue du Luspel
Cadastre : 2018 25 22 à 24, 79

La villa est construite en 1903 pour le compte d’Émile Warnery (1862-1946) et de son épouse Marie Schlumberger (1866-1942). Les plans sont dus à l’architecte mulhousien Charles Schulé (1865-1935). Un grand parc à l’anglaise lui sert d’écrin.

En 1913, les architectes guebvillérois Virgile (1845-1918) et Adolphe (1870-1944) Sautier livrent les plans d’une terrasse qui vient flanquer l’élévation sud de la demeure. En 1931, le domaine est acquis par Robert Schlumberger. Ce dernier fait appel aux services de l’architecte-paysagiste parisien Ferdinand Duprat (1887-1976) qui conçoit un jardin de plantes vivaces aménagé dans un angle du parc.

Après la Seconde Guerre mondiale, la villa est vacante. Elle est réquisitionnée et mise à disposition de la commune qui y installe un collège. En 1966, la villa Warnery est réaménagée par les architectes mulhousiens R. Schmitt et Jean-Claude Bruetschy. Le rez-de-chaussée est transformé en cantine et l’étage en locaux pédagogiques. En 1984, l’établissement devient un lycée. Au moment de l’enquête, elle accueille l’administration du lycée.

Période(s) Principale : 1er quart 20e siècle , daté par source
Secondaire : 2e quart 20e siècle , daté par source
Dates 1903, daté par source
1913, daté par source
Auteur(s) Auteur : Warnery Émile, auteur commanditaire, attribution par source
Auteur : Sautier V. et A. (architecte)
Auteur : Duprat Ferdinand
Auteur : Schmitt R.,
R. Schmitt

Architecte établi à Mulhouse (Haut-Rhin), associé à Jean-Claude Bruetschy et actif dans la seconde moitié du 20e siècle.


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Auteur : Bruetschy Jean-Claude,
Jean-Claude Bruetschy

Architecte établi à Mulhouse (Haut-Rhin), associé à R. Schmitt et actif dans la seconde moitié du 20e siècle.


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Auteur : Schulé Charles, architecte, attribution par source

La villa est édifiée en maçonnerie enduite sur un soubassement en moellons de grès. Elle est flanquée d’une tour coiffée d’un toit en pavillon et tuiles en écaille sur son élévation occidentale.

La demeure comporte un sous-sol, un rez-de-chaussée surélevé, un étage carré et un comble à surcroît sous un toit à longs pans débordants avec demi-croupes et couverture en ciment amiante. L’élévation orientale est flanquée d’une véranda en pan-de-bois coiffée d’une terrasse.

Le bâtiment des dépendances est de plan allongé. Édifié en maçonnerie enduite sur un soubassement en appareil de grès, il comprend un sous-sol partiel, un rez-de-chaussée et un comble à surcroît sous un toit à longs pans avec demi-croupes et couverture en ciment amiante. Les pignons sont exécutés en pan-de-bois et remplissage en maçonnerie enduite.

Le parc, bien que réduit dans son emprise, conserve un couvert végétal dense.

Murs grès maçonnerie enduit
pan de bois
Toit tuile en écaille, ciment amiante en couverture
Étages sous-sol, rez-de-chaussée surélevé, 1 étage carré, comble à surcroît
Couvertures toit en pavillon
toit à longs pans demi-croupe
Jardins arbre isolé
Techniques sculpture
Représentations engoulant
Statut de la propriété propriété de la région
(c) Région Grand-Est - Inventaire général - Schwarz Frank
Frank Schwarz

Chercheur spécialisé en patrimoine industriel au Service de l'Inventaire de la Région Grand Est (site de Strasbourg).


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- Raimbault Jérôme