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Maison d’industriel dite La Prairie, actuellement hôtel de voyageurs Domaine de Beaupré

Dossier IA00055099 réalisé en 1965

Fiche

La mise à jour de ce dossier intervient dans le cadre d'une enquête thématique, menée en 2014 par Jérôme Raimbault et Frank Schwarz, visant à interroger la transformation du paysage des vallées vosgiennes du Haut-Rhin sous l’effet de l’industrialisation. La synthèse ci-dessous, qui précise l'historique de la villa et sa description, donne ainsi lieu à une organisation spécifique des informations permettant de mettre en exergue divers aspects de la problématique retenue.

Les compléments d’information portent sur l’historique et la description de l'usine. Ils ont également conduits à actualiser le titre courant du dossier. La mise à jour a en outre donné lieu à une campagne de prises de vue professionnelles assurée par Christophe Hamm et complétée des photographies prises par Jérôme Raimbault lors de l'enquête de terrain.

HISTORIQUE

Implantation originelle

La villa La Prairie est édifiée à la fin des années 1850 sur une vaste parcelle de forme triangulaire comprise entre le cours de la rivière Lauch au nord et le chemin des Larrons au sud et désignée sous le nom de Ungersteinmatt. Situé en aval de la ville de Guebwiller et à l’est du château du Hungerstein dont il dépendait anciennement, ce terrain jouxte à l’est la grande parcelle acquise en 1806 par Jean-Jacques Ziegler et Louis Greuter, sur laquelle ils installent des ateliers de blanchiment et où sera édifiée, dans le troisième quart du 19e siècle, la villa Folie Frey (étudiée, IA68009525) par l’industriel Henri Frey-Witz.

Dans la première moitié du 19e siècle, cette vaste parcelle, totalement vierge, est constituée de prés de fauche parcourus par un réseau de rigoles d’irrigation. Celui-ci est alimenté par un canal usinier percé parallèlement au cours de la Lauch, en amont de la propriété et qui en traverse l’angle nord-ouest avant de rejoindre la rivière.

Dans le troisième quart du 19e siècle, la propriété se voit longer au nord et à l’est par la ligne de chemin de fer Bollwiller-Guebwiller qui est ouverte à la circulation en 1870. Une gare de marchandise, aujourd’hui disparue, est établie à l’est du parc pour desservir les usines implantées en aval de la ville.

Au moment de sa construction à la fin des années 1850, la villa La Prairie est desservie par un chemin d’accès nord qui sillonne au sein des prés de la Ungersteinmatt et débouche sur le chemin vicinal reliant Issenheim à Guebwiller. Ce n’est que plus tard que le domaine sera desservi par le sud au moyen d’une allée de marronniers raccordée à la route de Soultz.

Développement du site

En 1858, Jean-Jacques Ziegler, industriel du textile, fait édifier au sud-ouest de la parcelle et en retrait du chemin des Larrons, une demeure de plan rectangulaire qui constitue le corps central de l’actuelle villa. En 1867, une première extension vient flanquer l’édifice d’une tour dans son angle sud-ouest. Le domaine passe aux mains d’Albert de Bary en date du 10 avril 1869. Exploitant une rubanerie de soie à Guebwiller (étudiée, IA68009512), la famille de Bary acquiert progressivement de vastes parcelles qui bordent le domaine. Elle fait ainsi l’acquisition, auprès de la famille Witz, de l’ancien château du Hungerstein situé immédiatement à l’ouest, qu’elle fait démolir pour y édifier une nouvelle villa. Elle acquiert également une parcelle de terrain qui jouxte, à l’ouest, l’allée de platanes conduisant au domaine de la Prairie depuis la route de Soultz et y fait édifier la villa Les Glycines en 1886 (étudiée, IA68009527).

Après le décès d’Albert de Bary, en 1894, la villa La Prairie est occupée par son fils aîné, Émile. En 1895, ce dernier décide la réalisation d’une nouvelle extension à l’est comptant deux travées d’ouvertures et d’un porche dont la grille en fer forgé est réalisée d’après les plans de l’architecte-paysagiste Édouard André (1840-1911). C’est vraisemblablement à cette époque que les toitures de l’édifice sont reprises et pourvues de lucarnes d’inspiration Renaissance. Dans le même temps, les dépendances de service existantes sont agrandies par la construction d’un nouveau bâtiment dans l’angle sud-ouest de la propriété conçu par Édouard André. Il comprend un pavillon d'habitation, un poulailler, une étable et une écurie. Le terrain de trois hectares est aménagé en parc à l’anglaise avec pièces d’eau, prairies et allées au tracé sinueux. Une orangerie est également construite en limite sud du domaine et au sud-est de la villa.

Le domaine demeure aux mains de la famille de Bary jusqu’au début des années 1980, à la mort de Mme Brown de Colstoun née Andrée Emma Louise de Bary. Le 12 mars 1981, l'ensemble est acquis par le Comité interprofessionnel du logement de Colmar pour servir de réserve foncière. En novembre 1984, des investisseurs allemands s’en rendent acquéreurs et transforment l’édifice en hôtel quatre étoiles d’une vingtaine de chambres avec salle de conférence. Après plusieurs années de travaux de restauration, l’hôtel Le Château de la Prairie ouvre ses portes en août 1992. Il conserve cette fonction au moment de l'enquête et est exploité sous le nom de Domaine de Beaupré.

DESCRIPTION

Le domaine de La Prairie se compose de la maison d’industriel édifiée au sud-ouest de la parcelle, de deux vastes ensembles de dépendances, d’une orangerie implantée en limite sud de propriété et d’un vaste parc (étudié, IA68001417). Celui-ci couvrait plus de trois hectares à l’origine. Il a été amputé de sa pointe orientale par la construction de trois immeubles collectifs dans les années 1980. Une allée de marronniers, autrefois privée, mène au domaine depuis la route de Soultz.

La villa

La maison d’industriel se compose de trois corps de bâtiments accolés. Le corps central, de plan rectangulaire et portant le millésime 1858 sur la lucarne centrale, correspond à la construction initiale. Le corps situé à l’ouest, est de plan carré et porte le millésime 1867 sur son élévation sud. L’extension à l’est porte la date de sa construction en 1895 sur la lucarne médiane de son élévation orientale.

Élevée en maçonnerie enduite sur un soubassement en blocs de grès à bossage, la villa comporte un sous-sol, un rez-de-chaussée surélevé, un étage carré et deux étages de comble sous une toiture à longs pans et croupe à l’ouest, un toit brisé en pavillon pour le corps central et l’extension orientale. Ce dernier corps de bâtiment est sommé d’un lanternon. L’ensemble est couvert d’ardoises à motifs géométriques. Les chaînes d’angle harpées régulières, les bandeaux d’appui, d’étage et d’imposte ainsi que les encadrements rectangulaires des baies à appuis saillants sont en grès. Le premier niveau de comble est ajouré de lucarnes à fronton de style Renaissance à décors de coquilles et obélisques.

Au sud, le corps central est flanqué d’un porche monumental surmonté d’une terrasse avec garde-corps à balustres en terre cuite. Il correspond à un ajout réalisé en 1895 lors de la réalisation de l’extension orientale. Édifié en appareil de grès à bossage décoré d’une frise de postes, il est percé d’une porte en plein cintre protégée par une marquise en fer forgé et verre.

L’élévation orientale est percée, au rez-de-chaussée, d’une porte médiane donnant accès à une terrasse. Son linteau est décoré de deux griffons affrontés portant un écu aux armes des de Bary (trois bars) coiffé d’un heaume et d’une étoile. Au nord, le corps central est flanqué d’une véranda surélevée par rapport au jardin et surmontée d’une terrasse à garde-corps en fer forgé reposant sur des poteaux de fonte. Une tourelle demi-hors-œuvre hexagonale avec culot mouluré en zinc assure la liaison entre le corps central et le corps ouest. A l’ouest, l’extension de 1867 est flanquée d’un avant-corps en rez-de-chaussée à trois travées surmonté d’une terrasse avec garde-corps à balustres en terre cuite.

Les intérieurs de la villa

En dépit de sa transformation en hôtel de voyageurs, le rez-de-chaussée de la villa a conservé l’essentiel de ses dispositions intérieures d’origine. Le porche sur l’élévation antérieure abrite un escalier droit en marbre blanc, avec rampe ajourée. Il est éclairé par deux fenêtres latérales. Cet escalier conduit au vestibule qui s’étend sur toute la profondeur de la maison. A droite, il ouvre sur le salon et une petite pièce de réception, à gauche sur l’ancienne salle à manger. Les portes sont flanquées de pilastres stuqués et cannelés aux chapiteaux sculptés de têtes féminines. Le plafond repose sur des corbeaux en plâtre. Le sol est habillé d’un parquet à chevrons et damier. La cage d’escalier est située à gauche du vestibule. L’escalier, qui mène jusqu’au comble, est tournant à droite à trois volées droites. La rampe est en chêne, à balustres sculptés.

Le salon a été remanié mais a conservé son plafond stuqué, à motifs de rocaille dorés et son parquet à chevrons. La petite pièce à côté du salon est décorée dans le style Louis XVI de panneaux bordés d’une torsade. Le plafond est stuqué et peint. La salle à manger bénéficie d’une décoration sobre avec des panneaux rectangulaires. Elle est équipée d’une cheminée en marbre noir veiné. Le parquet est à chevrons.

Le corps occidental abrite une cuisine à laquelle on accède depuis le vestibule. Un escalier secondaire mène à la cave et à l’étage de ce corps qui comprend des chambres. Un passage en biais permet d’accéder de ce bâtiment au corps central (à l’étage).

Le corps oriental est occupé au rez-de-chaussée par une grande salle ayant abrité un billard et à laquelle on accède par un petit escalier. Une porte ouvre sur une terrasse à l’est. Cette porte ainsi que celle donnant sur le salon est flanquée de deux paires de colonnes en porphyre rouge, avec chapiteaux corinthiens dorés. La pièce, dont le sol est revêtu d’un parquet à chevrons, est équipée d’une cheminée de style historiciste en grès gris. Elle comprend un manteau aux piédroits sculptés de colonnettes, supportant une hotte droite à décor d’armoiries peintes (familles non identifiées). Les murs sont couverts d’un lambris d’appui en chêne à tables moulurées, le plafond est à caissons, peints de motifs géométriques.

Les dépendances

Le premier bâtiment de dépendances, le plus ancien et vraisemblablement élevé en deux temps, est établi à l’ouest du portail d’entrée du domaine et adopte un plan en T. Il abritait sans doute la conciergerie, une remise pour véhicules et une buanderie comme semble l’indiquer la présence de cheminées. Il se compose d’un rez-de-chaussée et d’un comble à surcroît sous un toit à longs pans et tuiles mécaniques. Bâti en maçonnerie enduite et essentage de planches pour le niveau de comble, il est ajouré à l’est de baies en arc segmentaire avec encadrements en grès et appuis saillants. L’élévation nord est flanquée d’une tourelle d'escalier néo-gothique hors-œuvre en bois découpé avec flèche polygonale. Elle donne accès à une galerie à balustres en bois tourné dont le plancher a été déposé. Sur l’élévation sud, le pignon est desservi par un escalier en bois. L’étage de comble est percé de deux jours en forme de losange cernés de brique.

Le second bâtiment de dépendances, à l’ouest du premier, se déploie selon un plan en U ménageant une cour. Le corps central abritait les écuries avec fenil en comble, l’aile sud la remise à véhicules et l’aile nord des logements de service. Construit en maçonnerie enduite sur un soubassement en blocs de grès assisés, l’édifice comporte un rez-de-chaussée et un comble à surcroît pour le corps central et l’aile sud, un étage carré et un comble à surcroît pour l’aile nord sous un toit à longs pans et tuiles en écaille. Les tuiles faîtières, arêtières et les tuiles de rive sont vernissées. L’élévation antérieure est ornée de trois bandeaux en briques, d’un bandeau de niveau en grès mouluré, d’un décor en faux pan-de-bois sous l’avancée de toit et de linteaux de baies en briques, blocs de grès et briques vernissées.

L'orangerie

L’orangerie, établie en limite sud du domaine et au sud-est de la villa, est de plan rectangulaire. Édifiée en maçonnerie enduite sur un soubassement en blocs de grès, elle se déploie en rez-de-chaussée sous un toit en terrasse. Elle est cantonnée de chaînes d’angle régulières à refends en enduit, couronnée d’un acrotère et ornée de pilastres à refends et de bandeaux en grès. L’élévation antérieure comporte cinq travées d’ouvertures en plein cintre encadrées de grès avec clés et appuis moulurés saillants. L’élévation occidentale est flanquée d’un petit édicule en pan-de-bois et remplissage de briques qui abrite le système de chauffage de l’orangerie.

Genre d'industriel
Appellations La Prairie
Destinations hôtel de voyageurs
Parties constituantes non étudiées logement, remise, écurie, orangerie
Dénominations maison
Aire d'étude et canton Guebwiller
Adresse Commune : Guebwiller
Lieu-dit : Adresse : 6 route de Soultz
Cadastre : 2018 12 282, 295

Le corps central porte la date 1858 ; le corps de bâtiment ouest porte la date 1867 ; l'adjonction est avec le salon de billard porte la date 1895 ; villa construite pour des industriels du textile : Brown de Colstoun.

Période(s) Principale : 3e quart 19e siècle , porte la date
Principale : 4e quart 19e siècle , porte la date
Dates 1858, porte la date
1867, porte la date
1895, porte la date

Corps central à un étage carré, toit à croupes à sommet plat, avec terrasse vers le parc reposant sur des poteaux en fonte ; escalier et cheminées en marbre ; corps de bâtiment ouest à deux étages carrés, toit à croupe, tourelle d'angle hexagonale demi-hors-oeuvre étage carré, toit à croupe plate au sommet avec lanternon.

Murs grès
bois
fonte
enduit partiel
moellon
pierre de taille
pan de bois
Toit ardoise
Étages sous-sol, 1 étage carré, 2 étages carrés, étage de comble
Élévations extérieures élévation à travées
Couvertures terrasse
toit à longs pans
dôme polygonal
croupe
pignon couvert
Escaliers escalier dans-oeuvre
escalier tournant à retours avec jour : escalier tournant à retours avec jour
escalier droit : escalier droit
escalier hors-oeuvre
escalier en vis : escalier en vis
Techniques ferronnerie
sculpture
décor stuqué
peinture
menuiserie
vitrail
Représentations ordre corinthien cuir découpé pinacle coquille acanthe pilastre arabesque torsade guirlande
Précision représentations

sujet : ordre corinthien, support : colonnes de la salle de billard ; sujet : pilastre cannelé avec chapiteau à tête de femme, support : chambranle du salon de billard ; sujet : pattes griffues et acanthes, support : manteau de la cheminée su salon ; sujet : arabesques, support : garde peinte du plafond du salon ; sujet : guirlande, support : trumeau de la cheminée du petit salon ; sujet : torsade, support : lambris du petit salon ; sujet : cuir découpé et acanthe, support : avant-corps central ; sujet : pinacle, support : lucarnes

Statut de la propriété propriété privée
Intérêt de l'œuvre à signaler
(c) Région Grand-Est - Inventaire général - Scheurer Marie-Philippe - Alemdar Huguette - Schwarz Frank
Frank Schwarz

Chercheur spécialisé en patrimoine industriel au Service de l'Inventaire de la Région Grand Est (site de Strasbourg).


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- Raimbault Jérôme