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Mine dite Carreau Clemenceau

Dossier IA67080378 inclus dans Ensemble d'industrie extractive du gisement pétrolier de Pechelbronn réalisé en 2019

Fiche

Á rapprocher de

La rédaction de ce dossier intervient dans le cadre d'une opération ponctuelle menée en octobre 2019 par Frank Schwarz. Elle s'inscrit dans le contexte du projet porté par la communauté de communes Sauer-Pechelbronn de création, sur le site du carreau Clemenceau, de la Cité des énergies associant le Musée français du pétrole de Merkwiller-Pechelbronn dont les collections seraient déplacées pour l’occasion et un centre de ressources, de prospective et de réflexion sur les énergies au sens large. Le programme d'aménagement, phasé en plusieurs tranches, prévoit la restauration des édifices existants dans le respect de leur caractère patrimonial sous réserve de leur état sanitaire. Certaines extensions contemporaines pourraient également intervenir.

La campagne de prise de vues est assurée par Frédéric Harster et la cartographie du site par Abdessalem Rachedi. Pour l'identification des bâtiments, se reporter ainsi au plan de situation du site figurant dans les illustrations (IVR42_20196702002NUDA).

Cette enquête ponctuelle a donné lieu à la rédaction d'une synthèse qui précise l'historique du carreau minier et en approfondit la description.

HISTORIQUE

Le gisement pétrolier de Pechelbronn est exploité par puits et galeries entre 1741 et 1888. Avec la mise au point du système de forage Fauvelle par injection d’eau, on remplace cette exploitation minière par l’extraction au moyen de forages auxquels on adjoint bientôt la technique du pompage.

Toutefois, durant la Première Guerre mondiale, les besoins en huile minérale sont accrus. La Vereinigte Pechelbronner Ölbergwerke, filiale de la Deutsche Erdöl Akitengesellschaft (D.E.A.), qui exploite l’établissement de Pechelbronn depuis 1906, décide alors de renouer avec les opérations minières. Elle est guidée en cela par les conclusions des études du directeur du site, Paul de Chambrier, qui a mis en évidence la présence résiduelle d’une quantité notable d’huile même après épuisement des lentilles par les forages et les pompages.

Un premier puits (Puits I), d’un diamètre de 4 m, est creusé en 1916 sur le ban de la commune de Preuschdorf et inauguré le 20 avril 1917. D’une profondeur de 151,6 m, il prend le nom de puits Nöllenburg en référence au directeur général de la D.E.A. Les premières installations sur le site consistent en un chevalement métallique de type poulie Koepe et son bâtiment de recette (disparus), une lampisterie (B), un magasin industriel avec sanitaires (C), un bâtiment de la machine d’extraction (D), une centrale à vapeur (F) flanquée de sa cheminée en briques (disparue), et des bâtiments provisoires qui sont progressivement remplacés par des constructions en dur et complétés de nouveaux équipements au cours des années 1918 et 1919 : unité de lavage des sables (E), conciergerie (G), station de distribution électrique (H), salle des compresseurs (I) pour actionner les pompes du fond et les outils d’abattage, écurie (J) et station de pompage (K). Enfin, un vaste atelier de réparation (L) permettant la maintenance de l’ensemble des puits en construction, est édifié sur le carreau. En 1920, le puits Nöllenburg, rebaptisé Puits Clemenceau, est doublé d’un puits de sortie d’air (Puits IV, disparu). L’aérage est assuré par deux ventilateurs. Un premier logement de contremaître comptant deux habitations destinées aux chefs-porions (O) voit également le jour à proximité.

En 1921, l’État amodie pour 99 ans à la Société Anonyme d’Exploitations Minières Pechelbronn (S.A.E.M.) l’ensemble des concessions et des installations pétrolières dont il est devenu propriétaire à la suite de leur mise sous séquestre. La nouvelle entité fait cohabiter les deux procédés d’extraction : exploitation minière et pompage dans des forages.

Sur le carreau Clemenceau, la technique de l’extraction puis du lavage du sable est abandonnée en 1924. A compter de cette date, on procède au creusement de galeries dans la couche de marne stérile puis au percement de puisards permettant d’accéder aux sables imprégnés de pétrole. L’atelier de lavage des sables (E) est alors transformé en atelier de menuiserie et en magasin industriel. A cette date, un second logement de contremaître comptant deux habitations (P) est attesté au nord-ouest du site. Deux autres immeubles doubles (Q et R), de conception strictement identique, sont édifiés par la suite. En 1938, les galeries du carreau Clemenceau couvrent une distance de 100 km et 300 personnes sont employées sur le site, au jour et dans la mine. L’année suivante, au moment de l’évacuation, les installations sont dynamitées. La machine d’extraction du Puits I est détruite. Le chevalement est également endommagé et remonté en bois par les occupants allemands. Après la guerre, l’exploitation reprend sur le carreau Clemenceau mais les réserves d’huile minérale s’épuisent. En 1951, un accident au Puits I provoque le décès de trois mineurs. On suspend alors le creusement et l’on se contente de repérer et d’assécher les poches accessibles.

En 1957, une partie de l’emprise foncière du carreau Clemenceau ouvrant au sud sur la rue du Willenbach et comprenant l’atelier de réparation (K) et l’ancienne unité de lavage des sables devenue par la suite menuiserie et magasin industriel (E) est cédée à la société Constructions céramiques. Celle-ci y produit, à partir des dépôts de marne du grand terril mitoyen, des panneaux armés préfabriqués en terre. Pour ce faire, elle installe un four dans la partie ouest du bâtiment de lavage des sables (E). L’entreprise fait cependant faillite en 1963 et les installations sont rachetées par Georges Schwartz qui poursuit l’activité. C’est vraisemblablement ce dernier qui fait ériger une loge de gardien (N) à l’entrée sud du site.

L’activité minière prend fin sur le carreau Clemenceau en 1962. Les chevalements sont démolis et les puits bétonnés. Après l’arrêt de toute activité industrielle à Merkwiller-Pechelbronn en 1970, le service des Domaines procède à la cession des terrains et des bâtiments du carreau Clemenceau à des particuliers. Ils sont progressivement rachetés vers 1999-2000 par la communauté de communes de Pechelbronn.

En 2019, le site fait l’objet d’un projet de réhabilitation de certains de ses bâtiments et d’installation de la Cité des énergies associant le musée du pétrole de Merkwiller-Pechelbronn dont les collections seraient déplacées pour l’occasion et un centre de ressources, de prospective et de réflexion sur les énergies au sens large.

DESCRIPTION

Le carreau de mine Clemenceau se trouve au cœur du champ pétrolifère de Pechelbronn qui s’étend sur 35 km de long et 15 km de large occupant une superficie de 44 000 ha de Wissembourg à Brumath et Hochfelden.

Au sud-ouest du carreau se dresse un grand terril de terres stériles provenant du creusement des galeries dans la marne et aujourd’hui recouvert par la végétation. Un terril de sable, moins étendu, occupe le terrain au sud-est du site.

La grande majorité des bâtiments de production conservés, certains à l’état de vestiges avec leur toiture effondrée, présentent des caractéristiques communes qui constituent la signature architecturale de l’exploitation pétrolière à Pechelbronn dans le premier quart du 20e siècle : construction de plan rectangulaire en rez-de-chaussée, toit à longs pans, couverture en ciment amiante, élévations en briques apparentes (quelques bâtiments sont néanmoins enduits postérieurement) ajourées de baies rectangulaires à châssis métalliques, murs-pignons couronnés d'un fronton avec corniche et rampants à ressauts en briques et quelquefois percé d’une baie semi-circulaire, bandeau décoratif en briques pour certains bâtiments. Seules l’unité de lavage des sables (E) avec ses trois étages carrés et la conciergerie avec sa mise en œuvre particulière font véritablement exception.

Il ne subsiste rien des Puits I et IV, de leur chevalement et de leur bâtiment de recette, si ce n’est une épaisse dalle en béton coulée au moment de la condamnation des puits.

La lampisterie (B), le magasin industriel avec sanitaires (C), l’écurie (J) et la station de pompage (K) ne sont conservés qu’à l’état de vestiges. L’ancienne centrale à vapeur, reconvertie en magasin de matériel (F), comporte un étage de soubassement et un rez-de-chaussée couvert d’une charpente métallique apparente en treillis et de tôles ondulées. Elle est ajourée de grandes baies rectangulaires toute hauteur sur l’élévation occidentale. L’élévation antérieure, sur rue, est partiellement dénaturée par l’aménagement d’une vitrine commerciale. L’ancien bâtiment de la machine d’extraction (D), qui lui est contigu, dispose également d’une charpente métallique apparente en treillis.

La conciergerie (G), qui contrôle l’entrée du site au nord, comporte un rez-de-chaussée et un étage de comble sous un toit à longs pans couvert de tuiles mécaniques et sommé d’un clocheton portant deux horloges. Elle est élevée en pan-de-bois avec remplissage en briques apparentes et flanquée au sud d’un appentis en rez-de-chaussée.

L’ancienne unité de lavage des sables (E) adopte un plan en L. Son aile est-ouest compte trois étages carrés. Elle est flanquée au nord et au sud de constructions en rez-de-chaussée dont il ne subsiste que des vestiges. L’aile nord-sud, au droit de laquelle aboutissait un convoyeur aérien aujourd’hui disparu, est fortement remaniée. Elle est formée d’un vaisseau de grand développement couvert d’une toiture en terrasse réalisée en béton et abrite un four en pan-de-fer et briques apparentes surmonté d’une cheminée métallique circulaire. Ses élévations sont constituées d’une charpente métallique et de panneaux armés en terre.

Le bâtiment des compresseurs (I) est également fortement dégradé. Il conserve cependant, à l’intérieur, son pont roulant et la trace de son carrelage de sol blanc. Son pignon oriental et son élévation sud sont ajourés d’un oculus cerné de briques. Le bâtiment est animé à ses angles nord-ouest et sud-ouest d’un avant-corps à pan coupé permettant l’accès à la station de distribution électrique (H) à un étage carré. Celle-ci conserve les vestiges des tableaux de distribution et des volants de contrôle. Elle est flanquée à l’ouest d’un avant-corps en rez-de-chaussée qui abritait les transformateurs.

L’atelier de réparation (L) compte un étage de soubassement et un rez-de-chaussée sous un toit à longs pans avec verrière zénithale. Ce vaste espace à 17 travées d’ouvertures est soutenu au niveau bas par un système de poteaux et de poutres en béton armé et à l’étage par une charpente métallique apparente en treillis. Le pignon nord est percé de quatre baies encadrant une grande porte qui permettait le passage de wagonnets dont les rails sont conservés au sol.

L’entrée sud du site est commandée par une loge de concierge (N) en rez-de-chaussée, édifiée en béton avec toiture en terrasse. Le carreau conserve également en bordure méridionale, les vestiges en maçonnerie des bacs de décantation du pétrole.

Quatre logements de contremaître, de plan rectangulaire et comprenant chacun deux habitations, occupent la partie nord-ouest du site. Tous sont bâtis en maçonnerie enduite. Le plus ancien (O) comporte un sous-sol, un rez-de-chaussée surélevé et un étage en surcroît sous un toit à longs pans avec tuiles en écaille et lucarnes à longs pans. Les murs-pignons sont ajourés de baies rectangulaires encadrées de grès avec corniche moulurée pour le second niveau et d'une baie en plein cintre pour le comble. Les deux habitations sont desservies par une porte d'entrée vitrée en chêne. Le second logement de contremaître (P) comprend un sous-sol, un rez-de-chaussée surélevé et un étage carré sous un toit à longs pans avec tuiles en écaille. Il est percé de baies rectangulaires avec appuis saillants en ciment. Les deux derniers bâtiments (Q et R) sont de conception strictement identique. Ils se composent d'un sous-sol, d'un rez-de-chaussée surélevé et d'un étage carré sous un toit à longs pans avec croupes et tuiles mécaniques. Leur élévation antérieure, à quatre travées d’ouvertures rectangulaires avec encadrements en grès et appuis en grès, est animée par des travées latérales rentrantes. Celles-ci abritent la porte d’entrée de chacune des deux habitations, protégée par un auvent reposant sur un arbalétrier en bois découpé. Les deux immeubles sont ornés d’un bandeau de niveau en grès entre le sous-sol et le rez-de-chaussée et de chaînes d’angle harpées dans le registre inférieur. Chaque habitation dispose en outre d'une dépendance en pan-de-bois et maçonnerie enduite couverte d'un toit en appentis avec tuiles en écaille.

Appellations Carreau Clemenceau
Parties constituantes non étudiées lampisterie, magasin industriel, terril, salle des machines, conciergerie, centrale électrique, écurie, conciergerie, atelier de réparation, transformateur, logement de contremaître, bâtiment de la machine d'extraction
Dénominations mine
Aire d'étude et canton aire d'étude du département 67 - Woerth
Adresse Commune : Preuschdorf
Lieu-dit : Hattenweg
Adresse : 8, 10, 12, 14, 16, 18, 20 rue Hattenweg , rue du Willenbach , 2, 4, 6 rue du Puits I
Cadastre : 2018 20 35 à 37, 45, 111, 113 à 127, 134 à 137, 149, 150, 155, 156, 369, 375 à 386, 443, 457 à 459, 468, 469, 489, 495, 498, 500, 502, 504, 506, 667, 669, 671, 673, 675, 677, 679, 681

Le premier puits (Puits I) est inauguré sur le site en avril 1917. Les différentes installations de surface voient le jour entre 1917 et 1919. En 1920, le Puits I dit Clemenceau est doublé d’un puits de sortie d’air (Puits IV).

En 1924, la technique de l’extraction puis du lavage du sable est abandonnée. A compter de cette date, on procède au creusement de galeries dans la couche de marne stérile puis au percement de puisards permettant d’accéder aux sables imprégnés de pétrole.

En 1939, au moment de l’évacuation, les installations sont dynamitées. La machine d’extraction du Puits I est détruite. Le chevalement est également endommagé et remonté en bois par les occupants allemands.

En 1957, une partie de l’emprise foncière du carreau Clemenceau ouvrant au sud sur la rue du Willenbach est cédée à la société Constructions céramiques. Celle-ci y produit des panneaux armés préfabriqués en terre.

L’activité minière prend fin en 1962. Les chevalements sont démolis et les puits bétonnés.

En 2019, le site fait l’objet d’un projet de réhabilitation de certains de ses bâtiments et d’installation de la Cité des énergies.

Période(s) Principale : 1er quart 20e siècle , daté par source
Dates 1917, daté par source
1918, daté par source
1919, daté par source
1920, daté par source

La grande majorité des bâtiments conservés présentent des caractéristiques communes : construction de plan rectangulaire en rez-de-chaussée, toit à longs pans, couverture en ciment amiante, élévations en briques apparentes (quelques bâtiments sont néanmoins enduits postérieurement). Pour l'identification des bâtiments, se reporter au plan de situation du site figurant dans les illustrations (IVR42_20196702002NUDA).

L’ancienne centrale à vapeur, reconvertie en magasin de matériel (F), comporte un étage de soubassement et un rez-de-chaussée couvert d’une charpente métallique apparente en treillis et de tôles ondulées.

La conciergerie (G) comporte un rez-de-chaussée et un étage de comble sous un toit à longs pans couvert de tuiles mécaniques. Elle est élevée en pan-de-bois avec remplissage en briques apparentes et flanquée au sud d’un appentis en rez-de-chaussée.

L’ancienne unité de lavage des sables (E) adopte un plan en L. Son aile est-ouest compte trois étages carrés. L’aile nord-sud est formée d’un vaisseau de grand développement couvert d’une toiture en terrasse réalisée en béton. Ses élévations sont constituées d’une charpente métallique et de panneaux armés en terre.

La station de distribution électrique (H) compte un étage carré. Elle est flanquée à l’ouest d’un avant-corps en rez-de-chaussée.

Quatre logements de contremaître doubles, de plan rectangulaire et en maçonnerie enduite, occupent la partie nord-ouest du site. Le plus ancien (O) comporte un sous-sol, un rez-de-chaussée surélevé et un étage en surcroît sous un toit à longs pans avec tuiles en écaille. Le second (P) comprend un sous-sol, un rez-de-chaussée surélevé et un étage carré sous un toit à longs pans avec tuiles en écaille. Les deux derniers (Q et R) se composent d'un sous-sol, d'un rez-de-chaussée surélevé et d'un étage carré sous un toit à longs pans avec croupes et tuiles mécaniques. Ils sont dotés de dépendances en pan-de-bois et maçonnerie enduite couvertes d'un toit en appentis avec tuiles en écaille.

Murs brique pan de bois enduit
terre pan de fer
maçonnerie
Toit ciment amiante en couverture, tôle ondulée, tuile mécanique, béton en couverture, tuile en écaille
Plans plan rectangulaire régulier, plan régulier en L
Étages sous-sol, en rez-de-chaussée, rez-de-chaussée surélevé, étage de soubassement, 3 étages carrés, étage en surcroît, étage de comble, 1 vaisseau
Couvertures toit à longs pans croupe
appentis
terrasse
Énergies énergie thermique produite sur place
énergie électrique produite à distance

Références documentaires

Bibliographie
  • Pechelbronn. La mine Française de Pétrole. In La Journée Industrielle, s.d.

  • Les mines de pétrole de Pechelbronn. Strasbourg : Imprimerie alsacienne, 1924.

  • Pechelbronn. Le gisement de pétrole alsacien depuis son retour à la France 1918-1938. Pechelbronn : S.A.E.M., s.d.

  • WALTHER, René. Pechelbronn. L'histoire du plus ancien site pétrolier français. Strasbourg : Hirlé, 2007.

(c) Région Grand-Est - Inventaire général - Schwarz Frank
Frank Schwarz

Chercheur spécialisé en patrimoine industriel au Service de l'Inventaire de la Région Grand Est (site de Strasbourg).


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