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Moulin à poudre et martinet, puis mégisserie, puis usine d’impression sur étoffes Haussmann & Cie, puis Haussmann, Emerich, Jordan et Cie, puis Haussmann frères, puis filature, tissage et usine d’impression sur étoffes Haussmann frères, puis Haussmann frères et Cie, puis Haussmann, Jordan, Hirn & Cie, puis Filature et Tissages Haussmann, puis S.A.I.C., puis S.A.I.C. - VELCOREX, puis DMC et tissage Tricot-France, puis usine de façonnage du papier France Cotillons, puis Cotillons d’Alsace

Dossier IA68003776 réalisé en 1994

Fiche

  • Vue aérienne du site aval, depuis le sud.
    Vue aérienne du site aval, depuis le sud.
  • Impression
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  • Parties constituantes

    • bief de dérivation
    • mégisserie
    • atelier de fabrication
    • écurie
    • remise
    • corps de garde
    • pont
    • pavillon d'entrée
    • entrepôt industriel
    • bâtiment d'eau
    • chaufferie
    • cour

Œuvres contenues

La mise à jour du dossier intervient dans le cadre d'une opération ponctuelle menée par Frank Schwarz et Jérôme Raimbault en mars 2013 suite à la démolition programmée et partiellement engagée des ateliers du site amont des anciens Établissements Haussmann pour laisser place à une opération de promotion immobilière. Elle s'inscrit en outre dans une enquête thématique visant à interroger la transformation du paysage des vallées vosgiennes du Haut-Rhin sous l’effet de l’industrialisation. La nouvelle synthèse ci-dessous, complétée en 2018 par l'étude de la partie colmarienne du site, donne ainsi lieu à une organisation spécifique des informations permettant de mettre en exergue divers aspects de la problématique retenue.

Les compléments d’information portent sur l’historique et la description de l'usine dans toute son étendue y compris le site aval, situé sur la commune de Colmar. Ils ont également conduit à préciser le titre courant du dossier, sa dénomination et à ajouter des références bibliographiques. La mise à jour a en outre donné lieu à une campagne de prises de vue complémentaires assurée par Christophe Hamm et une cartographie du site, réalisée par Abdessalem Rachedi.

HISTORIQUE

Réaffectation d’un site protoindustriel

Après le rattachement de l’Alsace à la France en 1648, on décide de la création d’une poudrière royale en lieu et place d’un moulin à poudre établi au lieu-dit Logelbach, le long du canal du Muhlbach. Celle-ci est abritée par un haut rempart en terre battue adoptant un plan en étoile et par des fossés en eau. Dépendant de la ferme des poudres et salpêtres, l’établissement est équipé, en 1770, de quatre tournants. On en dénombre cinq vers 1820. En juillet 1822, la poudrière est victime d’une explosion accidentelle qui entraîne sa disparition. Les Ets Haussmann se portent alors acquéreurs des terrains ainsi libérés pour étendre leur établissement mitoyen.

Immédiatement en amont de la poudrière, Jean Bentz, chaudronnier à Colmar, exploite depuis 1692 un martinet de cuivre équipé de deux tournants, établi le long du Muhlbach et autorisé par la seigneurie de Hohlandsbourg. En 1740, Jean-Mathias Sandherr, associé à Samuel et André Birckel, acquiert cet établissement et y fonde une mégisserie pour la production de peaux blanches tannées à l’alun. En 1768, après la mort de Sandherr, l’établissement échoit aux frères Birckel. Il se compose alors d’un grand bâtiment neuf avec de nombreux appartements et chambres bien installées, avec greniers, magasins, tanneries, avec une dépendance neuve, avec remises et caves, un foulon à deux roues, des trous de foulons… Les affaires sont néanmoins mauvaises et l’activité prend fin. C’est au sein de cet établissement que l’usine d’impression sur étoffes Haussmann voit le jour en 1775.

Implantation originelle

La mégisserie et la poudrière royale, acquises successivement par les Ets Haussmann, sont établies à l’écart de toute habitation, à la limite des bans de Wintzenheim et de Colmar, au lieu-dit Logelbach. Elles sont mises en mouvement par les eaux dérivées de la rivière Fecht au moyen d’un canal usinier, appelé le Muhlbach et attesté dès le 13e siècle. Les deux établissements sont bordés de toutes parts de terres cultivées et notamment de parcelles de vignes. En amont et en aval, s’égrènent des moulins et des martinets implantés le long du canal. La mégisserie et la poudrière sont desservies par le chemin de Turckheim à Colmar qui longe, au sud, le Muhlbach.

Développement du site

En 1775, Christian (1738-1800), Jean (1740-1820) et Jean-Michel (1749-1824) Haussmann, trois des fils d’un pharmacien colmarien, fondent une usine d’impression sur étoffes au faubourg du Logelbach, partagé entre les communes de Wintzenheim à l'ouest et de Colmar à l'est. Exploitée sous la raison sociale Haussmann & Cie, elle a recours à une main d’œuvre constituée d’ouvriers allemands et suisses. Les toiles à imprimer sont alors acquises en Suisse. En 1776, la fabrique devient Manufacture privilégiée du Roy. En 1778, elle est désignée sous le nom d’Haussmann, Emerich, Jordan et Cie et compte 400 employés. L’établissement devient rapidement l’un des indiennages les plus importants et les plus réputés du Haut-Rhin, après celui de Wesserling. Un entrepôt est loué à Colmar tandis qu’un important magasin de redistribution est créé à Versailles, à proximité de la cour. Il est dirigé par un autre des frères Haussmann, Nicolas (1760-1846). En 1786, on dénombre au Logelbach 125 tables à imprimer et environ 1200 ouvriers. Les installations consistent alors en deux bâtiments établis au droit du Muhlbach, dont l’ancienne mégisserie (A) acquise auprès des frères Birckel. En 1797, suite à un rachat de parts, Jean-Michel Haussmann demeure l’unique propriétaire des bâtiments de la firme. Il fonde alors la société Haussmann Frères. Vers 1800, on procède à la construction d’une teinturerie et, en 1808, d’un bâtiment d’étendage à cinq niveaux pour servir au séchage des toiles peintes, désigné sous le nom de la Heng. A cette époque, l’usine compte environ 200 tables à imprimer et ne travaille plus qu’à façon, recevant les toiles des négociants français pour les imprimer. A partir de 1817, la gestion de l’entreprise est assurée par le fils de Jean-Michel Haussmann et ses gendres, Jean-Georges Hirn et Edouard Jordan. En 1822, après l’explosion de la poudrière royale, ces derniers rachètent les terrains situés sur le ban de Colmar et y construisent, entre 1824 et 1826, une grande filature (H) comportant 8 niveaux (un rez-de-chaussée, cinq étages et deux niveaux de combles). Pour la mettre en mouvement, ils réunissent les deux chutes d’eau présentes sur la propriété et y installent une machine à vapeur. En amont, sur le site originel, l’usine se déploie désormais vers le nord, à l’arrière de l’ancienne mégisserie (A) qui sert de comptoir commercial, de magasin industriel et d’habitation. Ateliers d’imprimerie (D) et de graveurs de rouleaux, écuries (E), serrurerie, teinturerie et séchoir délimitent une cour de plan rectangulaire. Vers l’ouest, un parc à la française, prolongé d’un parc à l’anglaise, sert d’écrin à un pavillon et une salle de billard. Les effectifs de la société s’élèvent alors à 2400 employés, 460 pour la filature, 1050 pour le tissage et 900 pour l’indiennage équipé de 300 tables et deux machines à imprimer au cylindre. La société par actions Haussmann frères et Cie est constituée en 1831. Celle-ci fonde, en 1837, un tissage à Breitenbach (Haut-Rhin), dans la vallée de Munster (étudié, IA68000939). En 1838, la société adopte une nouvelle raison sociale : Haussmann, Jordan, Hirn & Cie. En 1842, l’impression sur étoffes est abandonnée et l’entreprise se consacre exclusivement à la filature et au tissage mécaniques du coton. L’établissement se porte acquéreur, vers 1844, de la chute voisine de la filature, ayant servi à un martinet situé en aval, en vue de la réunir à sa propre chute. En 1879, après le décès de Ferdinand Hirn, l’usine est achetée par la Maison Vaucher, de Mulhouse. Une nouvelle raison sociale, Filature et Tissages Haussmann, est alors adoptée. A cette époque, des ateliers en rez-de-chaussée couverts de sheds ont remplacé la cour d’usine et certains des bâtiments qui la bordaient, au nord du site. Ils accueillent l’unité de tissage. En 1892, le bâtiment d’étendage dit la Heng est transformé. On y aménage 30 logements d’ouvriers. Le 1er juillet 1900, la Maison Vaucher est transformée en société anonyme sous le nom de Société Anonyme d’Industrie Cotonnière (S.A.I.C.) qui exploite l’établissement de Logelbach.

Sur le site aval, les ateliers de filature de l’usine à étages (H), édifiée entre 1824 et 1826, sont progressivement vidés de leurs machines, à partir de 1925. On y aménage des douches, des vestiaires et un foyer social. Les étages supérieurs servent d’espaces de stockage. En 1927, le bâtiment d’eau (P) est étendu vers l’est, au moment de la mise en place de deux nouvelles turbines. Après la Deuxième Guerre mondiale, une nouvelle filature (I) en béton armé, à un étage carré, est édifiée dans son prolongement oriental. Un atelier de battage en rez-de-chaussée (L), couvert de sheds et un vaste entrepôt industriel (K) pour le stockage du coton voient également le jour au nord du site. En février 1961, un énorme incendie détruit le grand bâtiment de la filature (H). Seuls les deux premiers étages sont reconstruits par la société Établissements Industriels du Haut-Rhin établie à Saint-Louis (Haut-Rhin). En 1964, l’ensemble de l’usine avale est cédé au groupe anglais Courtaulds qui y installe les Ets Tricot-France. Dès lors, les deux sites sont dissociés.

Le site amont, dédié au tissage, continue d’être exploité par la S.A.I.C. qui lance, au cours des années 1960, la marque Velcorex, point d’appui pour les produits destinés au marché du vêtement de loisir. En 1970, elle devient propriétaire de l’usine par voie de fusion par absorption de la Société Haussmann S.A. Deux années plus tard, le bâtiment d’étendage dit la Heng est démoli. En 1976, la société prend le nom de S.A.I.C.-VELCOREX. En 1988, cette dernière décide de transférer le tissage (étudié, IA68009541) qu’elle exploite à Issenheim (Haut-Rhin), au sein de l’unité de Logelbach. Pour ce faire, des travaux d’agrandissement sont menés en vue de l’installation de 100 nouveaux métiers à tisser. Sont ainsi édifiés un entrepôt et un magasin industriels (démolis au moment de l’enquête) qui viennent flanquer l’atelier de tissage (F). Au début de l’année 1989, les effectifs sur place s’élèvent à 168 personnes pour un parc de 330 métiers. Le parc d’agrément, contigu à l’établissement et d’une superficie de 15 000 m2, est cédé à un promoteur pour la réalisation d’immeubles de logements. L’usine est ensuite rachetée par le groupe DMC de Mulhouse et exploitée jusqu’en juin 2008 essentiellement pour la fabrication du velours pour l’unité d’ennoblissement DMC à Saint-Amarin (Haut-Rhin). Au moment de la cessation d’activité, l’effectif sur le site est de 78 salariés. L’ensemble, d’une superficie de 4 ha, est acquis par un promoteur qui projette la démolition des bâtiments productifs pour y édifier 270 logements ou chambres répartis dans différents types d’habitation : villas, collectifs, logements sociaux, résidence étudiante, maison dédiée aux personnes âgées. Le projet est conçu par le cabinet grenoblois Assets architecture. En octobre 2011, les anciennes écuries avec remises (E) de l’indiennage Haussmann, reconverties en garages, sont victimes d’un incendie. Il n’en subsiste que des vestiges. Les démolitions de l’unité de tissage, sur le ban de Wintzenheim, sont engagées au printemps 2013.

Le site aval est exploité par les Ets Tricot-France à partir de 1964. En 1970, ces derniers procèdent à l’agrandissement de l’usine par la construction d’une unité de tricotage de jersey de 14 000 m2 (M), au nord de la filature originelle (H). Les plans sont établis par l’entreprise Roos et Fils de Munster (Haut-Rhin) qui assure l’exécution des travaux. Le projet comprend une nouvelle chaufferie. Par la suite, l’ancien atelier de battage (L) est étendu à deux reprises, en 1973, avec l’adjonction de quatre travées de sheds (N) puis, en 1974, avec un nouvel atelier de tissage (O) dont la construction nécessite la démolition de la chaufferie originelle et la couverture d’une partie du canal usinier. Les travaux sont réalisés par l’entreprise colmarienne Scherberich et Chiavutta. En 1992, les Ets Tricot-France cèdent les locaux à la Ville de Colmar qui les revend deux années plus tard aux dirigeants de l’entreprise France Cotillons. Cette dernière s’installe sur place tandis que les Ets Tricot-France poursuivent leur activité au sein de l’unité de tricotage de jersey (M) dont ils demeurent locataires jusqu’à leur cessation d’activité en 2001. En 2000, l’entreprise France Cotillons, qui a changé de dirigeants, quitte les lieux. Une nouvelle société, Cotillons d’Alsace, reprend alors l’activité. Les deux bâtiments annexes, implantés en bordure de rue dans le prolongement ouest de la conciergerie (J), sont démolis en 2000 pour le premier, quatre années plus tard, pour le second. En 2005, le bâtiment de la nouvelle filature (I) est réhabilité d’après le projet de Bruno Gaertner du cabinet Open Architecture de Colmar. En 2016, les bâtiments sont acquis par un investisseur. Ils accueillent différentes entités dont l’entreprise Cotillons d’Alsace qui emploie, au moment de l'enquête en 2018, 30 personnes.

Sources d’énergie

L’usine d’impression sur étoffes est mise en mouvement par trois roues hydrauliques. En 1824, la nouvelle filature est équipée d’une machine à vapeur à balancier, acquise en Grande-Bretagne auprès des Ets Watt et Boulton, et d’une roue hydraulique en fer de plus de 33 tonnes également fabriquée Outre-Manche, à Liverpool. En 1853, la filature est équipée de trois turbines hydrauliques développant ensemble 164 chevaux. A la fin du 19e siècle, l’établissement compte trois machines à vapeur d’une puissance de 140, 30 et 20 chevaux. Vers 1910, une nouvelle machine, d’un procédé innovant développé par Stumpf, est mise en service au sein de la filature pour remplacer celle datant de 1824. Vers 1927, deux nouvelles turbines Francis de marque Voith (étudiées, IM68012609) sont mises en place dans le bâtiment d’eau (P).

DESCRIPTION

Le site originel de l’usine d’impression sur étoffes, situé en amont, sur le ban de Wintzenheim, est traversé, d’ouest en est, par le canal usinier appelé le Muhlbach ou le Logelbach. Sur sa rive gauche, s’alignent l’ancienne mégisserie (A), transformée en habitation et les bureaux (B) avec leur extension. Au nord, se dressent un ancien atelier de fabrication (D), réaffecté à usage de magasin industriel, les vestiges des anciennes écuries avec remises (E) reconverties en garages et ravagées par un incendie et l’atelier de tissage (F). De l’autre côté du canal usinier, au sud, le corps de garde pour les gardes de nuit (C), implanté en bordure de rue, commande l’entrée de l’usine protégée par un portail en fer forgé à deux battants. Trois ponts permettent de franchir le canal. Ceux qui encadrent le bâtiment de bureaux (C) présentent un parapet en grès orné d’un décor sculpté représentant des fleurs de chardon et de pavot enserrées dans un nœud de ruban et surmontées d’une figure allégorique de l’eau. Pour l'identification des bâtiments, se reporter au plan de situation du site figurant dans les illustrations (IVR42_20196801000NUDA).

L’ancienne mégisserie (A), de plan rectangulaire allongé (8 x 23 m), comporte deux étages carrés sous un toit à longs pans avec croupes et tuiles en écaille. Elle est sommée d’un campanile couvert d’un toit à l'impérial surmonté d’un épi de faîtage et porte une horloge sur sa face sud. L’édifice est bâti en maçonnerie enduite sur un soubassement en blocs de grès appareillé au droit du canal. Le second étage est réalisé en pan-de-bois et remplissage en briques enduites. L’élévation méridionale est rythmée de neuf travées d’ouvertures, en arc segmentaire et encadrées de grès pour le rez-de-chaussée et le premier étage, rectangulaires avec encadrements en bois pour le second étage. La porte d’entrée, sur l’élévation nord, est protégée par un porche vitré en bois. Le sol du vestibule est revêtu d’un terrazzo. Un escalier en bois néo-18e siècle donne accès au premier étage, prolongé jusqu’au comble par l’escalier originel.

Les bureaux (B), établis dans le prolongement oriental de la mégisserie, se composent d’un corps de bâtiment de plan rectangulaire à sept travées d’ouvertures et d’une extension plus tardive à cinq travées. La partie originelle comporte deux étages carrés dont le second résulte d’un rehaussement, sous un toit à longs pans avec croupes et tuiles en écaille. Elle est édifiée en maçonnerie enduite et en appareil de grès pour le rez-de-chaussée de l’élévation sud, au droit du canal. Les baies des deux premiers niveaux, aux linteaux délardés, sont encadrées de grès. Celles du second étage présentent des encadrements en pierre artificielle. Ce corps de bâtiment est orné, dans son angle sud-ouest, d’une frise sculptée représentant des équipements de la production textile et notamment une navette, encadrés de branches de lauriers et, sur son élévation nord, d’un cartouche gravé de l’inscription Filature et Tissages HAUSSMANN fondés en 1775. L’extension à l’est ne compte qu’un seul étage couvert d’un toit en terrasse avec béton en couverture. Présentant une ossature porteuse en béton armé avec remplissage en briques enduites, elle est ajourée de baies rectangulaires avec, à l’étage, appuis saillants en enduit.

L’ancien atelier de fabrication, transformé en magasin industriel (D), est de plan rectangulaire allongé. Édifié en maçonnerie enduite, il comporte un étage carré dont le plancher a été déposé au moment de son changement d’affectation, sous un toit à longs pans avec tuiles mécaniques et pignons à redents. Il présente une élévation sur cour à 17 travées d’ouvertures en arc segmentaire, avec encadrements en grès.

L’unité de tissage (F) est en cours de démolition au moment de l’enquête. N’en subsiste que le cœur, composé de seize travées de sheds en rez-de-chaussée, orientées est-ouest, vitrées au nord et couvertes de tuiles mécaniques ainsi que des ateliers de préparation en béton armé, au nord-ouest, comportant un étage carré sous deux travées de toit à longs pans. L’ensemble est dominé par une cheminée tronconique en briques avec cerclages métalliques (G). Toutes les constructions qui encadraient ces ateliers et notamment des bureaux au sud, l’entrepôt et le magasin industriels de réalisation récente, sont déjà démolies.

Le corps de garde pour les gardes de nuit (C), de plan carré et bâti en maçonnerie enduite, est en rez-de-chaussée couvert d’un toit en pavillon avec tuiles en écaille. Un porche reposant sur quatre piliers en grès avec chapiteaux moulurés en occupe la partie orientale.

Le site d’implantation de la filature Haussmann, situé en aval, se compose de la grande filature (H) réduite à deux étages après incendie, de la nouvelle filature (I) établie dans son prolongement oriental, de deux pavillons d’entrée (J) qui commandent l’accès à l’usine, d’un entrepôt industriel (K), de l’atelier de tissage à sheds originel (L) et de ses extensions successives (M, N, O). Il est délimité au sud par une enceinte avec mur-bahut chaperonné de dalles de grès et grille en fer forgé et traversé d’ouest en est par le canal usinier.

La grande filature (H), de plan rectangulaire allongé, est flanquée de deux pavillons latéraux. Élevée en maçonnerie enduite sur un soubassement en blocs de grès appareillés, elle comprend deux étages carrés sous un toit en terrasse recouvert de bitume. Le corps principal est rythmé par 15 travées d’ouvertures rectangulaires avec encadrements en grès et appuis filants formant bandeaux d’appui moulurés. Un bandeau de niveau en grès complète le dispositif décoratif. Les cinq travées médianes sont en légère saillie. L’angle sud-ouest de l’édifice est sommé d’une tourelle qui abrite la machinerie du monte-charge. Les étages sont desservis par trois escaliers, l’un axial, les deux autres latéraux. Celui qui donne accès à la partie orientale du bâtiment est en pierre artificielle, avec rampe en fer forgé. Les pavillons latéraux, à trois travées d’ouvertures, comportent un étage carré surmonté d’une terrasse et portent des balcons en grès avec garde-corps en fer forgé.

La nouvelle filature (I), implantée dans le prolongement oriental de la filature originelle, est réalisée avec une ossature en béton armé dont les poteaux apparents rythment les élévations et un remplissage en maçonnerie enduite. Elle compte un sous-sol, un rez-de-chaussée et un étage carré sous un toit en terrasse recouvert de bitume et sommé, en partie centrale, d’un étage de comble couvert d’un toit à longs pans. Son élévation antérieure est ajourée de 19 grandes baies rectangulaires avec appuis saillants en ciment.

Les deux pavillons d’entrée (J), de style néo-classique, se font face et encadrent le portail d’entrée et la porte piétonne de l’usine. Celui de gauche abritait la conciergerie, celui de droite, le corps de garde pour les gardes de nuit de la filature. De plan rectangulaire, ils se déploient en rez-de-chaussée sous un toit à longs pans couvert de ciment amiante. Bâtis en maçonnerie enduite, ils sont ornés de chaînes d’angle, de bandeaux d’appui et d’imposte en grès. Les baies en plein cintre sont encadrées de grès mouluré. Leur élévation antérieure est occupée par un porche supporté par quatre colonnes doriques et sommé d’un fronton triangulaire percé d’un oculus.

L’entrepôt industriel (K), de plan rectangulaire allongé, se compose d’un vaisseau de très haut développement, couvert d’un toit à longs pans avec charpente apparente en bois, lanterneaux vitrés et tuiles mécaniques. Édifié en béton armé et remplissage en maçonnerie enduite, il est ajouré, en partie supérieure, de baies filantes aujourd’hui condamnées.

L’atelier de fabrication initial (L) qui lui est accolé au sud-est, compte quatre travées de sheds en rez-de-chaussée avec sous-sol, orientées est-ouest, vitrées au nord et couvertes de tuiles mécaniques et de tôles nervurées. Elles sont soutenues par deux files de six poteaux métalliques profilés en H, renforcés de poutrelles transversales en I. Bâti en maçonnerie enduite, l’atelier abrite un monte-charge. Ses deux extensions, au sud, comptant quatre travées pour l’une (N), cinq pour l’autre (O) adoptent les mêmes dispositions.

L’unité dédiée au tricotage de jersey (M), occupe toute la partie nord-ouest du site et se déploie sur 14 000 m2. Elle se compose de cinq travées de longs pans accolées en rez-de-chaussée, recoupées au nord-est d’une travée transversale. L’ossature porteuse en béton armé, avec poteaux de section carrée (50 x 50 cm) et fermes monumentales de très grande portée, supporte une toiture avec hourdis de briques recouverte de bitume. Les élévations, en éléments de béton préfabriqués, ajourées de baies filantes en partie supérieure, présentent au nord un parement de gravillons lavés. Un monte-charge est adossé à l’élévation sud.

Le bâtiment d’eau (P), à l’arrière de la grande filature (H), est établi sur le cours du canal usinier qui se sépare en trois coursiers marqués par de grandes arches en arc segmentaire avec claveaux numérotés en grès. Le premier coursier, au nord, commandé par un mécanisme de vannage manuel, conduit à la chute et au logement appareillé de grès de l’ancienne roue hydraulique aujourd’hui disparue. Les deux suivants, au sud, conduisent chacun à une turbine Francis immergée (étudiées, IM68012609), toujours en position dans une chambre d’eau maçonnée en béton. De plan rectangulaire et édifié en maçonnerie enduite, le bâtiment d’eau compte un étage de soubassement et un rez-de-chaussée surélevé sous un toit à longs pans avec croupes et tuiles en écaille. Il est ajouré de baies rectangulaires encadrées de grès et flanqué à l’est d’une travée transversale en maçonnerie de briques enduites, ajourée d’un lanterneau. Cette dernière abrite un escalier métallique en colimaçon qui donne accès au rez-de-chaussée surélevé.

Précision dénomination usine de confection d'articles de fête
Appellations usine Haussmann frères
Destinations usine de façonnage du papier
Parties constituantes non étudiées bief de dérivation, mégisserie, atelier de fabrication, écurie, remise, corps de garde, pont, pavillon d'entrée, entrepôt industriel, bâtiment d'eau, chaufferie, cour
Dénominations moulin, martinet, mégisserie, usine d'impression sur étoffes, filature, tissage
Aire d'étude et canton Wintzenheim
Hydrographies Fecht (dérivation de la)
Adresse Commune : Wintzenheim
Lieu-dit : Logelbach
Adresse : 9 rue Haussmann
Cadastre : 2013 21 68 à 70, 72, 73
Adresse Commune : Colmar
Lieu-dit : Logelbach
Adresse : 138, 140 rue du Logelbach
Cadastre : 2018 DE 16,18, 21, 22, 25, 28, 34 à 42, 44, 50, 51, 53, 55, 56
Précisions édifice sur plusieurs communes ; Colmar

Usine d'impression sur étoffes fondée en 1775 par les frères Haussmann à l'emplacement d'un ancien moulin à tan, en bordure du canal du Muhlbach ; en 1824 ils construisirent une filature à l'emplacement de la poudrière royale qui avait explosé en 1822 (sur le territoire de Colmar, mais juxtaposée à l'usine d'impression) ; l'usine occupait alors plusieurs centaines d'ouvriers ; en face de la rue Haussmann s'élevait un bâtiment élevé où l'on séchait les toiles peintes, appelé la Hang, qui a été détruit en 1972 ; l'usine comprend aujourd'hui un bâtiment du 18e siècle portant la date 1775 et des emblèmes de fabrication textile, un bâtiment contemporain (?), avec un campanile (bureaux), un atelier en équerre qui pourrait dater du 19e siècle (remanié), un pavillon du 19e siècle avec salle unique dont l'entrée se fait par un porche bordé de colonnes en grès et des ateliers importants du 20e siècle ; le pavillon d'entrée, actuellement en très mauvais état, doit être restauré dans le cadre d'une opération immobilière ; une partie de l'usine se trouve sur le ban de Colmar.

Complément de l'enquête menée en 2013 :

En 1775, Christian, Jean et Jean-Michel Haussmann fondent une usine d’impression sur étoffes au faubourg du Logelbach. En 1776, la fabrique devient Manufacture privilégiée du Roy. Vers 1800, on procède à la construction d’une teinturerie et, en 1808, d’un bâtiment d’étendage, désigné sous le nom de la Heng. En 1822, après l’explosion de la poudrière royale voisine, les Ets Haussmann frères en rachètent les terrains situés sur le ban de Colmar et y construisent, entre 1824 et 1826, une grande filature. En 1842, l’impression sur étoffes est abandonnée et l’entreprise se consacre exclusivement à la filature et au tissage. En 1879, l’usine est achetée par la Maison Vaucher, de Mulhouse. A cette époque, des ateliers en rez-de-chaussée couverts de sheds ont remplacé la cour d’usine et certains des bâtiments qui la bordaient, au nord du site. Ils accueillent l’unité de tissage. Le 1er juillet 1900, la Maison Vaucher est transformée en société anonyme sous le nom de Société Anonyme d’Industrie Cotonnière (S.A.I.C.) qui exploite l’établissement de Logelbach.

Sur le site aval, le bâtiment d’eau est étendu vers l’est, au moment de la mise en place de deux nouvelles turbines en 1927. Après la Deuxième Guerre mondiale, une nouvelle filature (I) en béton armé, à un étage carré, est édifiée dans son prolongement oriental. Un atelier de battage en rez-de-chaussée, couvert de sheds et un vaste entrepôt industriel pour le stockage du coton (K) voient également le jour au nord du site. En février 1961, un énorme incendie détruit le grand bâtiment de la filature. Seuls les deux premiers étages sont reconstruits. En 1964, l’ensemble de l’usine avale est cédé au groupe anglais Courtaulds qui y installe les Ets Tricot-France. En 1970, ces dernier procèdent à la construction d'une unité de tricotage de jersey (M). Les plans sont établis par l’entreprise Roos et Fils de Munster (Haut-Rhin) qui assure l’exécution des travaux. Par la suite, l’ancien atelier de battage (L) est étendu à deux reprises, en 1973 et en 1974. Les travaux sont réalisés par l’entreprise colmarienne Scherberich et Chiavutta. En 1994, l'entreprise France Cotillons s’installe sur place.

Le site amont, dédié au tissage, continue d’être exploité par la S.A.I.C. En 1988, un entrepôt et un magasin industriels y sont construits. L’usine est ensuite rachetée par le groupe DMC de Mulhouse et exploitée jusqu’en juin 2008.

Période(s) Principale : limite 18e siècle 19e siècle , daté par source
Secondaire : 2e moitié 19e siècle
Secondaire : milieu 20e siècle
Secondaire : 4e quart 20e siècle , daté par source
Dates 1775, daté par source
1808, daté par source
1824, daté par source
1927, daté par source
1970, daté par source
1973, daté par source
1974, daté par source
1988, daté par source
Auteur(s) Auteur : Haussmann Christian, auteur commanditaire, attribution par source, attribution par travaux historiques
Auteur : Haussmann Jean, auteur commanditaire, attribution par source, attribution par travaux historiques
Auteur : Haussmann Jean-Michel, auteur commanditaire, attribution par source, attribution par travaux historiques
Auteur : Roos Adolphe et Fils, architecte, entrepreneur, attribution par source
Auteur : Scherberich et Chiavutta ,
Scherberich et Chiavutta

Entreprise de travaux installée à Colmar (Haut-Rhin).


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entrepreneur, attribution par source

Bâtiment du 18e siècle en grès à deux étages ; bâtiment contemporain (?) en maçonnerie et pan de bois ; pavillon d'entrée avec porche à poteaux de grès.

Complément de l'enquête menée en 2013 :

Le site originel, en amont, sur le ban de Wintzenheim, est traversé, d’ouest en est, par le canal usinier appelé le Logelbach. Sur sa rive gauche, s’alignent l’ancienne mégisserie (A), comptant deux étages carrés en maçonnerie enduite et pan de bois sous un toit à longs pans avec croupes et tuiles en écaille, les bureaux (B) à deux étages carrés et leur extension en béton armé et remplissage de briques enduites coiffée d'un toit en terrasse. Au nord, se dressent un ancien atelier de fabrication (D), de plan rectangulaire et couvert d'un toit à longs pans avec tuiles mécaniques, les vestiges des anciennes écuries avec remises (E) et l’atelier de tissage (F) dont ne subsistent au moment de l'enquête que des travées de sheds en rez-de-chaussée et des ateliers en béton armé. De l’autre côté du canal usinier, au sud, se dresse la conciergerie de plan carré (C). Pour l'identification des bâtiments, se reporter au plan de situation du site figurant dans les illustrations (IVR42_20196801000NUDA).

Le site en aval se compose de la grande filature (H) en maçonnerie enduite sur un soubassement en blocs de grès, réduite à deux étages après incendie, de la nouvelle filature (I) avec sous-sol et un étage carré en béton armé, de deux pavillons d’entrée (J) de style néo-classique, d’un entrepôt industriel (K) formant un vaste vaisseau ajouré de lanterneaux, de l’atelier de tissage à sheds originel (L) et de ses extensions successives (M, N, O) en rez-de-chaussée.

Murs bois pan de bois
maçonnerie enduit
béton
brique enduit
grès
Toit tuile en écaille, tuile mécanique, verre en couverture, béton en couverture
Plans plan rectangulaire régulier, plan carré régulier
Étages sous-sol, en rez-de-chaussée, 2 étages carrés, 1 vaisseau
Couvertures terrasse
toit à longs pans croupe
toit à longs pans lanterneau
shed
Énergies énergie hydraulique produite sur place turbine hydraulique
énergie thermique produite sur place
énergie électrique achetée
Typologies campanile
Techniques sculpture
Représentations chardon, pavot, laurier, noeud, ruban, figure allégorique profane
Statut de la propriété propriété d'une société privée
Intérêt de l'œuvre à signaler

Références documentaires

Périodiques
  • LEUILLIOT, Paul. Note sur les Haussmann et la manufacture du Logelbach (jusqu'en 1830). Annuaire de la Société historique et littéraire de Colmar, 1951-1952, 2, p. 85-99.

  • ACKER, Georges. A l’occasion d'un premier anniversaire. Souvenir de la vieille filature Haussmann du Logelbach. Annales textiles, 1962, 41.

  • SITTLER, Lucien. Notice sur les débuts de l'industrie à Colmar il y a deux cents ans. Annuaire de la Société historique et littéraire de Colmar, 1967, 17, p. 52-62.

  • SITTLER, Lucien. Notice sur les débuts de l'industrie à Colmar il y a deux cents ans, compléments. Annuaire de la Société historique et littéraire de Colmar, 1971, 21, p. 43-56.

  • SCHMITT, Jean-Marie. Les Établissements Haussmann de 1775 à 1830. Contours et repères. Une manufacture alsacienne. Bulletin de la Société Industrielle de Mulhouse, 3/1988, 810, p. 13-21.

(c) Inventaire général - Scheurer Marie-Philippe - Eller Olivia - Schwarz Frank
Frank Schwarz

Chercheur spécialisé en patrimoine industriel au Service de l'Inventaire de la Région Grand Est (site de Strasbourg).


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- Raimbault Jérôme
Jérôme Raimbault

Chercheur à l'Inventaire Général du Patrimoine Culturel-Région Grand Est (site de Strasbourg).


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