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Raffinerie de pétrole de Merkwiller-Pechelbronn

Dossier IA67080386 réalisé en 2019

Fiche

La rédaction du dossier intervient à l’occasion de l’étude du carreau Clemenceau (IA67080378) menée en novembre 2019 par Frank Schwarz dans le contexte du projet de création de la Cité des énergies associant le Musée français du pétrole de Merkwiller-Pechelbronn dont les collections seraient déplacées pour l’occasion et un centre de ressources, de prospective et de réflexion sur les énergies au sens large. Dans le cadre de cette étude ponctuelle, il a été décidé de réexaminer l’ensemble du patrimoine lié à l’extraction pétrolière en Alsace dans la perspective d’une publication sur le sujet.

La campagne de prises de vues est assurée par Frédéric Harster.

Cette enquête ponctuelle a donné lieu à la rédaction d'une synthèse qui précise l'historique de la raffinerie.

HISTORIQUE

On doit à Louis-Pierre Ancillon de La Sablonière, exploitant de la concession de sable bitumeux de Pechelbronn à compter de 1741, la création de la première raffinerie-distillerie de pétrole sur le ban de la commune de Lampertsloch. Elle se compose alors de six ou sept bâtiments dont un laboratoire où le bitume est extrait du sable par traitement à l’eau bouillante, un magasin aux huiles et des bâtiments pour les fourneaux et les alambics servant à la distillation. Elle permet de produire de la graisse de voiture, du mastic pour bateaux, de l'huile noire et des produits à valeurs curatives. Marie-Joseph Le Bel (1772-1842) fait aménager, à côté de sa demeure dite Château Le Bel (étudiée, IA67008410), un nouveau laboratoire tout en longueur. En 1857, Louis-Frédéric Le Bel (1807-1867) fait construire une petite distillerie et des batteurs pour traiter le résidu de raffinage. Cette usine, qui constitue l’aile gauche de la maison de la famille Le Bel, est abandonnée en 1869.

A cette date, une nouvelle raffinerie est édifiée à proximité du Puits George, le long de la route menant de Merkwiller-Pechelbronn à Lampertsloch (actuelle rue du Château). Victime d’un incendie en 1873, elle est reconstruite sur place. L’augmentation de la production liée à l’exploitation du gisement par la technique du forage à partir de 1879 nécessite d’accroître les installations. En 1888, une nouvelle distillerie d’huile à gaz est bâtie à côté de la raffinerie.

En 1889, la famille Le Bel cède l’exploitation à la Pechelbronner Ölbergwerke constituée d’actionnaires alsaciens. Celle-ci initie la construction d’une nouvelle raffinerie, à l’est de la précédente, le long de la route de Merkwiller-Pechelbronn à Lobsann. En 1906, les installations de raffinage et de distillation couvrent 22 ha pour 12 000 m2 de surfaces couvertes. Elles sont désormais exploitées par la firme allemande Deutsche Tiefbohr Aktiengesellschaft (D.T.A.) renommée en 1911 Deutsche Erdöl Aktiengesellschaft (D.E.A.). Durant la Première Guerre mondiale, l’usine est rénovée et agrandie pour s’étendre sur le ban de trois communes (Lampertsloch, Merkwiller-Pechelbronn et Kutzenhausen). Les travaux ne sont cependant pas achevés en novembre 1918. Interrompus par l’armistice, ils ne reprennent qu’en 1921 sous la houlette du nouvel exploitant du site, la Société Anonyme d’Exploitations Minières Pechelbronn (S.A.E.M.). La nouvelle raffinerie est achevée en 1926. Dès lors, elle est divisée en trois sections : celle de Lampertsloch, la plus ancienne, où sont obtenus les produits légers (essence, pétrole et white spirit), celle de Merkwiller-Pechelbronn où l’on prépare les huiles de graissage ordinaires et où l’on travaille les résidus, enfin celle de Kutzenhausen, consacrée à la fabrication exclusive des huiles de graissage de haute qualité qui constituent la production phare de l’entreprise. Le site est raccordé aux pompages par 57 km de pipe-lines et mis en mouvement par une centrale thermique à vapeur.

Raffinant la production du gisement local, l’usine traite également de l’huile et du brut d’importation. En 1936, elle occupe 594 ouvriers, 101 employés et 14 ingénieurs. A partir de juin 1940, les installations sont entre les mains des autorités allemandes. Ces dernières en confient l’exploitation à leur ancien propriétaire, la Deutsche Erdöl Aktiengesellschaft (D.E.A.). L’activité reprend avec la production d’essence, de pétrole, de gasoil, d’huile à machine et de paraffine. Le site est bombardé par l’aviation américaine le 3 août 1944 entraînant la destruction de la quasi-totalité des installations. Le déblaiement et la reconstruction de la raffinerie se font progressivement à partir de 1945 et s’étendent jusqu’à fin 1948. C'est à cette époque que l'atelier de fabrication à sheds et le nouveau laboratoire (conservés) voient le jour. Le bureau central est également reconstruit avec un niveau de moins. De nouveaux investissements en 1950 voient la construction d’une station de déparaffinage modernisée.

Toutefois, avec l’épuisement du gisement de Pechelbronn, l’arrêt de l’exploitation minière en 1962 et la fin programmée de l’exploitation par sondages, la raffinerie de Merkwiller-Pechelbronn cesse ses activités de raffinage en 1963, lors de la mise en service de l’usine de Herrlisheim (Bas-Rhin). Une activité de fabrication de sulfonates et d’essences spéciales se poursuit néanmoins sur le site sous l’égide de la société Pechelbronn-Progil constituée pour l’occasion. Elle se prolonge jusqu’en 1970, date de la fermeture définitive de la raffinerie. Le 5 avril 1971, les terrains et le matériel de la raffinerie sont vendus. La majeure partie des installations sont démolies. Au moment de l’enquête en 2020, ne subsistent que quelques constructions éparses, certaines à l’abandon, d’autres fortement transformées : station de raffinage du pétrole lampant, magasin industriel, bureau central, garage, laboratoire, atelier de fabrication à sheds, ancien atelier de déparaffinage et deux transformateurs électriques.

Appellations Merkwiller-Pechelbronn
Parties constituantes non étudiées atelier de fabrication, bureau, garage, laboratoire, transformateur, conciergerie, magasin industriel
Dénominations raffinerie de pétrole
Aire d'étude et canton aire d'étude du département 67 - Soultz-sous-Forêts
Adresse Commune : Merkwiller-Pechelbronn
Lieu-dit : Bockenacker, Pechelbronn
Adresse : 14, 14A rue de Lobsann
Cadastre : 2018 3 12, 13, 69, 102, 106 Partie ouest du site sur la commune de Merkwiller-Pechelbronn ; 2020 4 31 à 37, 258, 259, 293 à 299, 301, 302, 397 Partie est du site sur la commune de Merkwiller-Pechelbronn
Adresse Commune : Lampertsloch
Adresse : 6 rue du Château , 1 rue de Lobsann
Cadastre : 2018 16 10, 114, 115, 130, 156, 166, 167 Partie occidentale de la raffinerie, sur le ban de Lampertsloch
Précisions oeuvre située en partie sur la commune Lampertsloch

En 1869, Joseph-Achille Le Bel (1847-1930) décide la construction d’une nouvelle raffinerie à proximité du Puits George, le long de la route menant de Merkwiller-Pechelbronn à Lampertsloch (actuelle rue du Château), pour remplacer les installations établies à proximité du château Le Bel (étudié, IA67008410). En 1889, la famille Le Bel cède l’exploitation à la Pechelbronner Ölbergwerke qui initie la construction d’une nouvelle raffinerie, à l’est de la précédente.

Durant la Première Guerre mondiale, l’usine est rénovée et agrandie pour s’étendre sur le ban de trois communes (Lampertsloch, Merkwiller-Pechelbronn et Kutzenhausen). Les travaux ne sont cependant achevés qu’en 1926.

Le site est bombardé par l’aviation américaine le 3 août 1944 entraînant la destruction de la quasi-totalité des installations. La reconstruction de la raffinerie s’étend jusqu’à fin 1948. De nouveaux investissements en 1950 voient la construction d’une station de déparaffinage.

La raffinerie de Merkwiller-Pechelbronn cesse ses activités de raffinage en 1963. Une activité de fabrication de sulfonates et d’essences spéciales se poursuit néanmoins sur le site jusqu’en 1970. Après la fermeture, la majeure partie des installations sont démolies.

Période(s) Principale : 2e moitié 19e siècle , daté par travaux historiques
Principale : 1ère moitié 20e siècle , daté par travaux historiques
Secondaire : 3e quart 20e siècle , daté par travaux historiques
Dates 1869, daté par travaux historiques
1950, daté par travaux historiques
Auteur(s) Auteur : Le Bel Joseph-Achille,
Joseph-Achille Le Bel (1847 - 1930)
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auteur commanditaire, attribution par travaux historiques

Le site de la raffinerie de Merkwiller-Pechelbronn couvre une superficie considérable répartie sur trois bans communaux, ceux de Lampertsloch, Merkwiller-Pechelbronn et Kutzenhausen.

Quatre bâtiments subsistent sur la section de Lampertsloch, à proximité de l’actuelle rue du Château et en bordure de la rue de Lobsann : la station de raffinage du pétrole lampant, un magasin industriel, un garage et les bureaux centraux.

La station de raffinage du pétrole lampant se compose de deux corps de bâtiment accolés, de plan rectangulaire, édifiés en briques apparentes et coiffés d’un toit à longs pans avec tôles ondulées et lanterneaux, supporté par une charpente métallique apparente. L’aile orientée est-ouest, en rez-de-chaussée, compte huit travées d’ouvertures rectangulaires à châssis métalliques. Son élévation antérieure est couronnée d’un fronton avec corniche et rampants en briques à ressauts, percé d’une baie semi-circulaire. L’aile orientée nord-sud, de plus grand développement, forme un vaste vaisseau ajouré à l’ouest de cinq baies rectangulaires de grande hauteur à châssis métalliques. Ses murs-pignons sont couronnés de frontons avec corniche et rampants en briques à ressauts. Les espaces intérieurs conservent leur carrelage de sol nervuré de couleur beige.

Le magasin industriel, fortement remanié et transformé en habitation, est de plan rectangulaire. Bâti en maçonnerie enduite, il se compose d’un étage de soubassement et d’un rez-de-chaussée sous un toit à longs pans et tuiles mécaniques. Il est percé de baies rectangulaires avec appuis saillants en grès.

Le garage, de plan rectangulaire, est édifié en briques apparentes. Il se déploie en rez-de-chaussée sous un toit à longs pans avec tuiles mécaniques. Son élévation antérieure est percée d’une grande porte charretière à deux battants en bois décorés de découpes en forme de cœurs.

Les bureaux centraux sont de plan rectangulaire allongé. Ils se composent d’un corps central à deux étages carrés et sept travées d’ouvertures, encadré de deux ailes symétriques à un étage carré et cinq travées d’ouvertures. L’ensemble est édifié en maçonnerie enduite et couvert d’un toit à longs pans avec croupes et tuiles mécaniques. Il est décoré d’un bandeau de niveau en grès fortement saillant entre le sous-sol et le rez-de-chaussée. Les baies sont rectangulaires avec appuis saillants en grès. L’élévation postérieure est animée d’un avant-corps axial à pans coupés qui abrite la cage d’escalier. En dépit de sa transformation en logements, le bâtiment conserve son vestibule d’entrée avec carrelage de sol en damier noir et gris et ses grandes portes vitrées battantes en bois.

La section de Merkwiller-Pechelbron ne conserve que quatre bâtiments de la raffinerie : la conciergerie, le laboratoire, un atelier de fabrication à sheds et un transformateur de plan rectangulaire fortement modifié et intégré à une habitation de construction récente.

La conciergerie, qui commande l'accès à l'usine depuis la rue de Lobsann, adopte un plan en L. Bâtie en maçonnerie enduite, elle se compose d'un rez-de-chaussée coiffé d'un toit à longs pans avec croupes et tuiles en écaille.

Le laboratoire, de plan rectangulaire, est en rez-de-chaussée sous un toit à longs pans avec croupes et tuiles en écaille. Construit en maçonnerie enduite, il est ajouré de baies rectangulaires avec appuis saillants en pierre artificielle et flanqué au nord d’un édicule en rez-de-chaussée sous un toit en terrasse.

L’atelier de fabrication se compose de cinq travées de sheds en rez-de-chaussée, orientées nord-sud et couvertes de tôles ondulées. Il est bâti en briques partiellement enduites et ajouré de baies rectangulaires avec châssis métalliques et appuis saillants en briques. Le soutènement intérieur associe un système de poteaux-poutres en béton armé et des poutrelles métalliques.

Enfin, la section de Kutzenhausen conserve un ancien atelier de déparaffinage, remanié au moment de la reconstruction post-Deuxième Guerre mondiale et vraisemblablement réaffecté à un usage différent. De plan carré, il est bâti en pan de fer et remplissage en briques apparentes et couvert d’un toit à longs pans et tôles nervurées. Se déployant en rez-de-chaussée, il est équipé d’une charpente métallique apparente et d’un pont roulant. Il est flanqué à l’est et au sud de deux extensions couvertes d’un toit en appentis. L’ensemble est ajouré de grandes baies rectangulaires avec châssis métalliques.

Le nord de l’emprise est occupé par les murs de confinement en briques des réservoirs aujourd’hui disparus. Un transformateur de plan rectangulaire, édifié en maçonnerie de briques enduites et couvert d’un toit à longs pans et tôles nervurées, subsiste au sud de l’usine.

Murs brique maçonnerie enduit
pan de fer
Toit tôle ondulée, tôle nervurée, tuile en écaille, tuile mécanique
Plans plan rectangulaire régulier, plan carré régulier, plan régulier en L
Étages étage de soubassement, en rez-de-chaussée, 1 vaisseau, 2 étages carrés
Couvertures toit à longs pans croupe
lanterneau
shed
appentis
Énergies énergie thermique produite sur place
énergie électrique produite sur place
Statut de la propriété propriété d'une personne privée

Références documentaires

Bibliographie
  • WALTHER, René. Pechelbronn. L'histoire du plus ancien site pétrolier français. Strasbourg : Hirlé, 2007.

  • DE CHAMBRIER, Paul. Historique de Péchelbronn. 1498-1918. Paris, Neuchâtel : Attinger Frères, éditeurs, 1919.

  • Pechelbronn. Le gisement de pétrole alsacien depuis son retour à la France 1918-1938. Pechelbronn : S.A.E.M., s.d.

Périodiques
  • URBANY, Guy. Pétrole : que reste-t-il de cette belle aventure ? L'Outre-Forêt. Revue du Cercle d'Histoire et d'Archéologie de l'Alsace du Nord, 2000, 110, p. 59-62.

  • WELLER, Willy. Le bombardement de Pechelbronn. L'Outre-Forêt. Revue d'Histoire de l'Alsace du Nord, I-1988, 61, p. 48-50.

  • MICHEL, Alfred. La fermeture de Pechelbronn. L'Outre-Forêt. Revue d'Histoire de l'Alsace du Nord, I-1988, 61, p. 68-72.

  • FEDERLIN, Paul. Le raffinage du pétrole en Alsace, avant-hier, hier et aujourd'hui, par les chiffres. Saisons d'Alsace, 1974, 52, p. 128-129.

  • WELLER, Willy. Le bombardement de la raffinerie de Pechelbronn en août 1944. L'Outre-Forêt. Revue d'Histoire de l'Alsace du Nord, I-1991, 73, p. 4-14.

(c) Région Grand-Est - Inventaire général - Schwarz Frank
Frank Schwarz

Chercheur spécialisé en patrimoine industriel au Service de l'Inventaire de la Région Grand Est (site de Strasbourg).


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