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Tissage de soie Lyon-Alsace, puis usine de construction électrique Schiele Industriewerke, puis Tissage de Wintzenheim, puis usine d’horlogerie Société Alsacienne de Précision, puis Jaz S.A., puis Société de Production de Wintzenheim et usine de matériel informatique Matra-Datasystème

Dossier IA68009501 réalisé en 2018

Fiche

La rédaction de ce dossier intervient dans le cadre d'une opération d'urgence menée par Frank Schwarz en septembre 2018 en raison d'un projet de reconversion d'une partie du site qui envisage la démolition des ateliers originels. Elle s'inscrit en outre dans une enquête thématique visant à interroger la transformation du paysage des vallées vosgiennes du Haut-Rhin sous l’effet de l’industrialisation. La synthèse ci-dessous, qui précise l'historique de l'usine, donne ainsi lieu à une organisation spécifique des informations permettant de mettre en exergue divers aspects de la problématique retenue.

La campagne de prises de vues est assurée par Christophe Hamm.

Historique

Implantation originelle

Le tissage de soie construit par la Société Lyon-Alsace est établi à l’est de la commune de Wintzenheim, au lieu-dit Kohlweg, dans une zone dénuée de toute habitation. L’établissement est bâti au sein d’une zone de pratique agricole où alternent parcelles de vignes et prés de fauche et de pâture. A l’ouest de l’emprise, se trouvent une carrière et un dépotoir cédés par la commune pour la réalisation du projet. Le site est desservi par la route départementale n° 12 de Colmar à Munster qui délimite son emprise, au sud.

Développement du site

Après la Première Guerre mondiale, la société de soierie lyonnaise Coudurier, Fructus & Descher (CFD) décide de créer la Société Lyon-Alsace pour venir s’établir dans la province recouvrée, par patriotisme économique. En 1920, elle fait édifier, à Wintzenheim, un tissage de soie dont les plans sont livrés par les architectes et entrepreneurs Schroth et Killy de Sélestat (Bas-Rhin). L’atelier de fabrication, équipé de 168 métiers à tisser, se compose alors de neuf travées de sheds. Dès janvier 1923, les effectifs s’élèvent à 163 employés pour atteindre leur maximum en mai 1928, avec 305 personnes œuvrant au sein de l’usine. Confrontée à de sérieuses difficultés, l’entreprise CFD décide, en 1936, de réduire l’activité de son usine de Wintzenheim qui n’emploie plus alors qu’une quarantaine de salariés. La production est définitivement abandonnée en 1939 et les machines sont déménagées à Lyon.

Au début de la Seconde Guerre mondiale, l’usine est placée sous séquestre par les Allemands et réquisitionnée. Sur décision du Ministère de l’Aviation du Reich, elle est mise à disposition de Franz Schiele (1883-1963), un industriel allemand établi à Hornberg dans le Bade-Wurtemberg. Les Ets Schiele Industriewerke y fabriquent des pièces électriques pour l'aviation et la transmission sans fil (TSF). Au cours du conflit, les bâtiments font l’objet d’importants dommages. Ils sont sommairement remis en état et accueillent, dans une partie des locaux, un tissage de velours, exploité entre 1947 et 1952 sous la raison sociale Tissage de Wintzenheim.

En 1953, l’usine est occupée par la Société Alsacienne de Précision (SAP), filiale de la Compagnie Industrielle de Mécanique Horlogère basée à Puteaux, qui y fabrique des réveils de la marque Jaz. Celle-ci procède, entre 1959 et 1963, à l’extension du site par la construction d’un nouvel atelier à sheds dans le prolongement oriental de l’existant qui est pourvu de deux travées supplémentaires au nord, créant dans le même temps une nouvelle entrée pour l'usine, au sud-est de l'emprise, commandée par une conciergerie. Les ateliers se divisent alors en deux parties : la première est dédiée à la fabrication des diverses pièces de base et renferme presses, tours de décolletage, rectifieuses, bains électrolytiques, rampes de séchage à infra-rouges ; la deuxième comprend toutes les chaînes de montage, du petit réveil à la pendule électrique à transistor en passant par la pendulette de luxe et le compte-minutes. En 1963, un entrepôt industriel (disparu) est édifié au nord de l’usine. Il est agrandi par deux fois, en 1970 et en 1974. En 1967, un atelier de menuiserie voit le jour à l'ouest du site (disparu), constuit par l'entreprise de gros-oeuvre Roos et fils de Munster (Haut-Rhin). Enfin, en 1971, la Société Alsacienne de Précision fait construire un nouveau bâtiment administratif, perpendiculairement à la route menant à Colmar. Les plans en sont dressés par Walter Stierli, ingénieur-conseil établi à Hunawihr (Haut-Rhin).

En 1975, Jaz S.A. opère une fusion-absorption de sa filiale, la SAP, et oriente sa production vers le réveil électronique tout en initiant une diversification avec la création d’un atelier plastique qui travaille essentiellement pour l’armement. En 1976, deux millions de réveil sortent de l'usine de Wintzenheim qui emploie 820 personnes. La même année, un nouvel entrepôt industriel est bâti, au nord-est de l’usine. En 1979, Matra devient le principal actionnaire de Jaz S.A. A partir de 1981, des micro-ordinateurs sont assemblés sur place, puis des terminaux pour l'entreprise Pari Mutuel Urbain (PMU). Pour ce faire, deux sociétés sont créées, en 1984, la Société de Production de Wintzenheim qui poursuit l’activité d’horlogerie et Matra-Datasystème qui prend en charge les productions liées à l’informatique. En juin 1985, l’usine compte encore 170 salariés. La production s’arrête définitivement sur le site à la fin des années 1980.

En 1991, un investisseur rachète la Société de Production de Wintzenheim et son usine et engage la reconversion du site en zone d'activités et de services. En 2000, les bâtiments accueillent plus d'une vingtaine d'entreprises et structures diverses dont un établissement et service d’aide par le travail (ESAT). En 2004, la partie ouest du site, représentant autour de 2,5 ha, est cédée à la société Atac qui y réalise un supermarché, des parkings et une station-service. Ce projet, achevé en 2006, nécessite la démolition d’une partie des ateliers à sheds originels et de l’entrepôt industriel édifié en 1963 et agrandi en 1970 et 1974. Aujourd’hui une nouvelle tranche d’aménagement du site est à l’étude. Le projet, présenté par le cabinet d’architecture Kalcos d’Eckbolsheim (Bas-Rhin), se caractérise par une mixité d’occupation associant espaces commerciaux, immeubles d’habitation, espaces verts et places de parking. Présenté au printemps 2017, ce programme de reconversion, qui nécessite la démolition de ce qui subsiste des ateliers originels, n'est pas encore engagé au moment de l'étude de l'Inventaire conduite en 2018.

Précision dénomination tissage de soie
Appellations Lyon-Alsace, Tissage de Wintzenheim, Société Alsacienne de Précision, Jaz S.A., Société de Production de Wintzenheim, Matra-Datasystème
Destinations usine de construction électrique, usine d'horlogerie, usine de matériel informatique
Parties constituantes non étudiées atelier de fabrication, bâtiment administratif d'entreprise, conciergerie, entrepôt industriel, cour
Dénominations tissage, usine de construction électrique, usine d'horlogerie, usine de matériel informatique
Aire d'étude et canton aire d'étude du département 68 - Wintzenheim
Adresse Commune : Wintzenheim
Lieu-dit : Kohlweg
Adresse : 01 Faubourg des Vosges
Cadastre : 2018 14 462 à 465

En 1920, la Société Lyon-Alsace fait édifier sur le site un tissage de soie qu'elle exploite jusqu'en 1939. Au cours de la Seconde Guerre mondiale, l’usine est investie par les Ets Schiele Industriewerke qui y fabriquent des pièces électriques pour l'aviation et la transmission sans fil (TSF). Après guerre, un tissage de velours y est aménagé sous la raison sociale Tissage de Wintzenheim. En 1953, l’usine est occupée par la Société Alsacienne de Précision (SAP) pour sa production de réveils de la marque Jaz. Celle-ci procède, en 1959 et 1963, à l’extension de l'usine avec la construction d’un nouvel atelier à sheds et d'un entrepôt industriel, agrandi en 1970 et 1974. En 1967, un atelier de menuiserie voit le jour à l'ouest du site. En 1971, un nouveau bâtiment administratif, conçu par l'architecte-conseil Walter Stierli, voit le jour au sud de l'usine.

En 1975, Jaz S.A. opère une fusion-absorption de sa filiale, la SAP. L'année suivante, un nouvel entrepôt industriel est édifié au nord-est de l'usine. A partir de 1981, des micro-ordinateurs sont assemblés sur place, puis des terminaux pour l'entreprise Pari Mutuel Urbain (PMU). Pour ce faire, deux sociétés sont créées, en 1984, la Société de Production de Wintzenheim qui poursuit l’activité d’horlogerie et Matra-Datasystème qui prend en charge les productions liées à l’informatique. La production s’arrête définitivement sur le site à la fin des années 1980.

En 1991, un investisseur rachète l'usine et engage sa reconversion en zone d'activités et de services. En 2004, la partie ouest du site est cédée à la société Atac qui démolit la moitié des ateliers à sheds originels et y réalise un supermarché.

Période(s) Principale : 1er quart 20e siècle, 3e quart 20e siècle , daté par source
Principale : 3e quart 20e siècle , daté par source
Secondaire : 4e quart 20e siècle , daté par source
Dates 1920, daté par source
1959, daté par source
1962, daté par source
1963, daté par source
1967, daté par source
1970, daté par source
1971, daté par source
1974, daté par source
1976, daté par source
Auteur(s) Auteur : Schroth-Killy
Auteur : Stierli Walter,
Walter Stierli

Ingénieur-conseil établi à Ribeauvillé (Haut-Rhin)


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ingénieur civil, attribution par source

Le site se compose de l’atelier de fabrication originel, amputé de sa partie occidentale et flanqué au sud du bâtiment administratif initial, de l’atelier à sheds édifié dans son prolongement oriental, du nouveau bâtiment administratif positionné perpendiculairement à l’actuel Faubourg des Vosges, de la loge du gardien qui commande l’entrée de l’usine au sud-est et de deux entrepôts industriels implantés au nord-est de l’emprise usinière.

L’atelier de fabrication originel, en rez-de-chaussée, comporte onze travées de sheds orientées est-ouest, vitrées au nord, couvertes de tuiles mécaniques et soutenues par des rangées de poteaux circulaires en fonte. Bâti en maçonnerie enduite, il est percé au sud de baies rectangulaires avec appuis saillants en béton. Le bâtiment administratif initial, autrefois en position médiane, occupe l’angle sud-ouest de cet ensemble depuis la démolition de la partie occidentale des ateliers lors de la construction d’une grande surface. De plan rectangulaire et édifié en maçonnerie enduite, il comporte un étage carré sous un toit à longs pans avec croupes, tuiles en écaille et lucarne axiale à fronton ajouré d’un oculus. Le second atelier, à l’est, reprend les mêmes dispositions que le premier mais compte un étage de soubassement avec une ossature porteuse de poteaux et de poutres en béton armé. Les travées de sheds sont soutenues par des poteaux métalliques profilés en H. L'ensemble est éclairé, sur ses élévations nord, sud et est et sur ses deux niveaux, par de grandes baies rectangulaires avec appuis saillants en ciment.

Le nouveau bâtiment administratif adopte un plan rectangulaire allongé. Édifié en maçonnerie de briques enduites, il comporte un sous-sol, un rez-de-chaussée surélevé et un comble à surcroît sous un toit à longs pans avec croupes et tuiles mécaniques. Ses élévations antérieure et postérieure sont rythmées par 15 travées d’ouvertures rectangulaires avec appuis saillants en pierre artificielle. La porte d’entrée, sur l’élévation occidentale, est précédée d’un escalier à dix marches et protégée par un auvent en béton armé.

La loge de gardien, de plan carré, est en rez-de-chaussée coiffé d’un toit en pavillon avec tuiles en écaille. Édifiée en maçonnerie enduite, elle est vitrée sur ses quatre faces avec appuis débordants supportés par des consoles en béton.

Les deux entrepôts industriels en rez-de-chaussée, à l’arrière de l’usine, sont de plan rectangulaire avec toit à longs pans couvert de tôles ondulées en ciment amiante. Le premier, à l’est, est construit en pan de fer avec remplissage en parpaings de béton. Il est prolongé au nord par un hangar en charpente métallique. Le second, à l’ouest, comporte une charpente métallique avec essentage en tôles ondulées.

Murs brique maçonnerie enduit
pan de fer essentage de tôle
parpaing de béton
Toit tuile mécanique, tuile en écaille, verre en couverture, ciment amiante en couverture
Plans plan rectangulaire régulier
Étages sous-sol, étage de soubassement, en rez-de-chaussée, rez-de-chaussée surélevé, 1 étage carré, comble à surcroît
Couvertures shed
toit à longs pans croupe
toit en pavillon
Énergies énergie électrique achetée
Statut de la propriété propriété d'une société privée
(c) Région Grand Est – Inventaire général - Schwarz Frank
Frank Schwarz

Chercheur spécialisé en patrimoine industriel au Service de l'Inventaire de la Région Grand Est (site de Strasbourg).


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