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Usine de passementerie De Bary-Mérian, puis De Bary-Mérian & Fils, puis Union Rubanière, puis usine textile Hertzog, puis usine de construction électrique Etelec et usine de bonneterie Bonneterie de Guebwiller, puis cartonnerie Cartorhin et foyer pour travailleurs immigrés, puis lycée Théodore Deck

Dossier IA68009512 réalisé en 2014

Fiche

La rédaction de ce dossier intervient dans le cadre d'une enquête thématique, menée en 2014 par Jérôme Raimbault et Frank Schwarz, visant à interroger la transformation du paysage des vallées vosgiennes du Haut-Rhin sous l’effet de l’industrialisation.

La synthèse ci-dessous, qui précise l'historique de l'usine, donne ainsi lieu à une organisation spécifique des informations permettant de mettre en exergue divers aspects de la problématique retenue.

La campagne de prises de vues professionnelles est assurée par Christophe Hamm complétée des vues réalisées par Jérôme Raimbault au cours de l'enquête de terrain.

Historique

Implantation originelle

L’usine de passementerie De Bary-Mérian est établie au sein de l’enceinte fortifiée de Guebwiller, à l’ouest du chevet de l’église Notre-Dame bâtie à partir de 1765 et sur la parcelle mitoyenne de celle de l’usine de construction mécanique F.-J. Grün (étudiée, IA6809511). L’emprise foncière acquise par la firme De Bary-Mérian est occupée par deux maisons canoniales et deux maisons accolées plus anciennes avec leurs dépendances, prolongées au sud par des jardins établis sur l’ancien fossé de la ville. Sur l’un de ces jardins, la firme De Bary-Mérian a fait ériger, en 1845, une petite usine à gaz pour fournir de la lumière aux ateliers installés de l’autre côté de la rue dite Herren Gass, au sein des dépendances de la maison canoniale située au sud-ouest de l’église Notre-Dame. Les terrains acquis par la suite pour permettre l’extension de l’usine vers le sud sont constitués de vergers établis au-delà des anciens remparts et fossés de la ville. L’accès à la nouvelle manufacture s’effectue au moyen d’une rue existante, la rue dite Herren Gass, actuelle rue des Chanoines.

Développement du site

Le château abbatial de la Neuenbourg est saisi comme bien national au moment de la Révolution française. Il est acquis en 1793 par Pierre Dollfus qui y établit un atelier d’indiennage. En 1805, il cède le site à la firme bâloise De Bary & Bischoff qui y installe des ateliers de tissage de rubans de soie et des logements ouvriers pour son personnel amené de Suisse. En 1809, Jacques-Christophe de Bary-Mérian, l’un des dirigeants, s’installe à Guebwiller et confère sa propre raison sociale à la manufacture : De Bary-Mérian. L’entreprise se développe et fonde de nouveaux ateliers au sein de la ville, à proximité de l’église Saint-Léger. Après le décès de Jacques-Christophe de Bary-Mérian, Frédéric et Albert de Bary succèdent à leur père. Les affaires sont prospères. Les ateliers sont aménagés au sein des dépendances de la maison canoniale située au sud-ouest de l’église Notre-Dame. Ils sont éclairés au gaz dès 1845 et équipés d’une machine à vapeur en 1848.

Avec le remplacement du travail à bras par le travail mécanique en 1850, il est décidé la construction d’une nouvelle usine, sur le terrain qui jouxte à l’ouest la manufacture de construction mécanique F.-J. Grün. Une première usine-bloc à deux étages carrés est édifiée en 1851 par l'entrepreneur mulhousien Geyelin, en cœur de parcelle, en lieu et place de deux maisons accolées et d’une maison canoniale et ses dépendances. Elle est pourvue d’une centrale d’énergie avec chaufferie et salle pour la machine à vapeur, d’un appareil au gaz et d’un gazomètre. Les anciens ateliers dans les dépendances de la maison canoniale sont alors abandonnés. L’entreprise compte alors 350 ouvriers. En 1857, un second bloc usinier est édifié parallèlement au premier, au nord, nécessitant la démolition d’une seconde maison canoniale. Le rez-de-chaussée est occupé, d’ouest en est, par un magasin de stockage, des ateliers de serrurerie et de menuiserie, un espace d’habitation que l’on retrouve aux étages et un atelier de tissage. Le premier étage est dédié au tissage tout comme le second où l’on trouve également un atelier d’ourdissage. Une loge de concierge est également bâtie à l’est du site.

En 1866, Frédéric de Bary se retire et son neveu Émile de Bary entre au capital de l’entreprise qui adopte une nouvelle raison sociale : De Bary-Mérian & Fils. En 1868, puis en 1874, les deux autres fils d’Albert de Bary, Alfred et Édouard, sont associés à la direction de l’affaire. Les installations sont alors étendues vers le sud avec la construction d’un nouvel atelier de tissage, d’une teinturerie, d’un réfectoire et de divers magasins. Au début du 20e siècle, l’entreprise est équipée de 300 métiers à tisser et compte 17 employés et environ 800 ouvriers. Sa production comprend une belle gamme de rubans de soie, allant du modèle le plus étroit au plus large, de couleur unie, moirés, satinés, rayés, gaufrés, quadrillés, etc. Ces rubans sont vendus en France, en Allemagne, en Angleterre et jusqu’en Amérique.

En 1907, une nouvelle teinturerie est établie au sud du site, en bordure de la rue Théodore-Deck. Les travaux de gros-œuvre sont exécutés par l'entreprise de construction V. & A. Sautier de Guebwiller. En 1913, de nouveaux ateliers à sheds sont édifiés au sud-ouest de l’enceinte usinière, en bordure de la rue Théodore-Deck selon les plans des Ets Preiswerk & Cie de Bâle en Suisse. Après la Première Guerre mondiale, la concurrence croissante et les fluctuations de la mode qui font perdre de leur attrait aux rubans, entraînent une crise sévère. Le conseil d’administration des usines De Bary décide alors de fusionner avec l’Union Rubanière à Saint-Etienne. L’usine de Guebwiller est progressivement arrêtée, le matériel liquidé et les bâtiments vendus. A la fin des années 1920, les locaux sont occupés par les établissements Herzog qui exploitent une usine textile au Logelbach, près de Colmar (Haut-Rhin), puis, à partir de 1930, par la société Etelec qui fabrique des appareils électriques.

Les locaux situés au sud-ouest de l’usine et édifiés vers 1910 sont cédés en 1936 à la Bonneterie de Guebwiller qui y produit des bas en soie naturelle et en fil de différentes matières ainsi que des chaussettes, jusqu’à sa fermeture en 1952. Ils sont ensuite investis par l’entreprise de cartonnage Cartorhin. L’ancienne teinturerie est cédée à l’usine de construction mécanique Grün qui y aménage un atelier de fabrication. Ce bâtiment est démoli à une date inconnue. Son emplacement est aujourd’hui occupé par des constructions scolaires. Les deux usines-blocs initiales servent à l’hébergement de travailleurs immigrés à partir de 1973 (foyer COTRAMI). En 1985, elles sont acquises par l’État qui les affecte au lycée mitoyen installé au sein de l’ancienne usine de construction mécanique Grün. La conciergerie est démolie vers 1987/1988 et les deux usines-blocs sont reconverties en salles de classe. En 1996, on démolit les locaux occupés par la Bonneterie de Guebwiller puis par l’entreprise Cartorhin pour édifier un gymnase, propriété de la Ville de Guebwiller.

Sources d’énergie

L’usine de passementerie De Bary-Mérian est mise en mouvement par une machine à vapeur, composée de deux machines accouplées, d’une force totale de 25 CV, alimentée par deux chaudières et autorisée par arrêté préfectoral du 4 septembre 1852. Au début du 20e siècle, les machines de l’usine sont toujours actionnées par une machine à vapeur. Des moteurs à gaz équipent également l’établissement.

Appellations De Bary-Mérian , De Bary-Mérian & Fils, Union Rubanière , Hertzog, Ethelec, Bonneterie de Guebwiller , Cartorhin, lycée Théodore Deck
Parties constituantes non étudiées atelier de fabrication
Dénominations usine de passementerie, usine textile, usine de construction mécanique, usine de bonneterie, cartonnerie, foyer, lycée
Aire d'étude et canton aire d'étude du département 68 - Guebwiller
Adresse Commune : Guebwiller
Adresse : 5 rue des Chanoines
Cadastre : 2018 11 93, 305, 318, 319

En 1851, la firme De Bary-Mérian initie la construction d’une nouvelle usine pour sa production de rubans de soie. Un premier bloc usinier à deux étages carrés voit ainsi le jour. Six années plus tard, un second atelier de fabrication à étages est édifié en bordure nord du site. Une loge de concierge est également bâtie à l’est du site.

En 1866, Frédéric de Bary se retire et son neveu Émile de Bary entre au capital de l’entreprise qui adopte une nouvelle raison sociale : De Bary-Mérian & Fils. En 1907, une nouvelle teinturerie est établie au sud de l'emprise manufacturière. Les travaux de gros-œuvre sont exécutés par l'entreprise de construction V. & A. Sautier de Guebwiller. En 1913, de nouveaux ateliers à sheds sont édifiés au sud-ouest de l’enceinte usinière selon les plans des Ets Preiswerk & Cie de Bâle en Suisse.

Après la Première Guerre mondiale, l’entreprise connaît une crise sévère. Elle fusionne alors avec l’Union Rubanière à Saint-Étienne. L’usine de Guebwiller est progressivement arrêtée, le matériel liquidé et les bâtiments vendus. A la fin des années 1920, les locaux sont occupés par les établissements Herzog qui exploitent une usine textile au Logelbach, près de Colmar (Haut-Rhin), puis, à partir de 1930, par la société Etelec qui fabrique des appareils électriques. Les locaux situés au sud-ouest de l’usine et édifiés vers 1910 sont cédés en 1936 à la Bonneterie de Guebwiller qui les exploite jusqu’en 1952. Ils sont ensuite investis par l’entreprise de cartonnage Cartorhin.

Les deux usines-blocs initiales servent à l’hébergement de travailleurs immigrés à partir de 1973 (foyer COTRAMI). En 1985, elles sont acquises par l’État qui les affecte au lycée mitoyen.

Période(s) Principale : 3e quart 19e siècle , porte la date, daté par source
Secondaire : 1er quart 20e siècle , daté par source
Dates 1851, daté par source
1857, daté par source
1907, daté par source
1913, daté par source
Auteur(s) Auteur : Sautier V. et A. (architecte)
Auteur : Preiswerk et Cie,
Preiswerk et Cie

Entrepreneur et architecte à Bâle en Suisse


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architecte, attribution par source

De la rubanerie De Bary-Mérian ne subsistent plus aujourd’hui que deux blocs usiniers reconvertis en salles de classe. Il s’agit de deux constructions parallèles de plan rectangulaire allongé, élevées en maçonnerie enduite sur un soubassement en blocs de grès appareillés. La première, implantée à l’arrière, est la plus ancienne. Elle comporte un sous-sol partiel, un rez-de-chaussée surélevé et deux étages carrés sous une toiture à longs pans avec croupes et tuiles mécaniques. Le bâtiment compte 30 travées d’ouvertures sur son élévation nord et 28 au sud avec encadrements rectangulaires en grès. Les murs sous croupes comportent deux travées d’ouvertures à l’ouest et trois à l’est. La porte d’accès au sous-sol partiel, percée à l’extrémité est de l’élévation sud du bâtiment, est ornée sur son linteau d’un médaillon portant les lettres D et M (pour De Bary-Mérian) et le millésime 1854 qui pourrait correspondre à la date d’achèvement définitif de la construction.

Le second bâtiment est bordé, au nord, par la rue des Chanoines. Il comporte un sous-sol, un rez-de-chaussée surélevé, deux étages carrés et un comble à surcroît sous une toiture à longs pans avec demi-croupes et tuiles mécaniques. Son élévation sur rue compte 30 travées d’ouvertures avec encadrements rectangulaires en grès et appuis saillants. Les murs-pignons comportent chacun trois travées d’ouvertures. Le bâtiment est flanqué, sur son élévation sur cour, de deux cages d’escalier hors-œuvre, et sommé d’une tourelle couverte d’une flèche à égout retroussé sur son versant sud.

Murs grès maçonnerie enduit
Toit tuile mécanique
Plans plan rectangulaire régulier
Étages sous-sol, rez-de-chaussée surélevé, 2 étages carrés, comble à surcroît
Couvertures toit à longs pans croupe
demi-croupe
flèche polygonale
Représentations ornement a chiffre, chronogramme, monogramme
Précision représentations

La porte d’accès au sous-sol de l'usine-bloc originelle est ornée sur son linteau d’un médaillon portant les lettres D et M (pour De Bary-Mérian) et le millésime 1854.

Statut de la propriété propriété d'un établissement public régional

Références documentaires

Bibliographie
  • SCHWEITZER, Julien. De Bary-Merian & Fils. Tissage de rubans de soie. In Deux siècles d'Industrie Textile dans le Florival. Guebwiller, 2001, t. 1, p. 48-51.

  • STOLTZ, Guy. Bonneterie de Guebwiller. In Deux siècles d'Industrie Textile dans le Florival. Guebwiller, 2001, t. 1, p. 46-47.

(c) Région Grand-Est - Inventaire général - Schwarz Frank
Frank Schwarz

Chercheur spécialisé en patrimoine industriel au Service de l'Inventaire de la Région Grand Est (site de Strasbourg).


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- Raimbault Jérôme