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Usine de tabac Mayer Frères, puis brosserie Pfleger, puis usine de bonneterie La Bonnal S.A., puis Labonal

Dossier IA67080373 réalisé en 2018

Fiche

  • Vue aérienne de l'usine, depuis l'ouest.
    Vue aérienne de l'usine, depuis l'ouest.
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  • Parties constituantes

    • atelier de fabrication
    • cour
    • cheminée d'usine
    • bureau
    • atelier de conditionnement
    • chaufferie
    • bâtiment administratif d'entreprise
    • garage
    • réfectoire
    • entrepôt industriel
    • conciergerie
    • transformateur

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La rédaction de ce dossier intervient dans le cadre d'une opération ponctuelle visant à compléter l'opération d'urgence menée en mai 2016 sur le site de la teinturerie édifiée par la société La Bonnal à Dambach-la-Ville (IA67080360) et dont la démolition doit intervenir au courant de l'année 2019. Cette opération ponctuelle a été menée par Frank Schwarz, au mois de décembre 2018. La campagne de prises de vues aériennes est assurée par Christophe Hamm, les prises de vues au sol par Frédéric Harster et la cartographie du site par Abdessalem Rachedi.

Appellations Mayer Frères, Pfleger, La Bonnal, Labonal
Destinations brosserie, usine de bonneterie
Parties constituantes non étudiées atelier de fabrication, cour, cheminée d'usine, bureau, atelier de conditionnement, chaufferie, bâtiment administratif d'entreprise, garage, réfectoire, entrepôt industriel, conciergerie, transformateur
Dénominations usine de tabac, brosserie, usine de bonneterie
Aire d'étude et canton aire d'étude du département 67 - Sélestat
Adresse Commune : Dambach-la-Ville
Lieu-dit : Gaessel
Adresse : 13 route de Blienschwiller
Cadastre : 2019 24 550

Profitant de la libéralisation de l’industrie du tabac durant la période du Reichsland (1871-1918), la société Mayer Frères de Mannheim en Allemagne fonde, en 1907, une fabrique de cigares à Dambach-la-Ville. Elle fait appel à l’architecte P. Detroy de Mannheim qui dresse les plans d’un bâtiment de plan rectangulaire (C), édifié route de Blienschwiller. Après le retour de l’Alsace à la France, les biens de la société Mayer Frères sont saisis et la fabrique est acquise, en avril 1920, par la commune de Dambach-la-Ville pour y installer son nouvel hôpital. Elle fait établir, par l’architecte G. Weigand de Barr, les plans d’une dépendance à construire pour ce nouvel équipement. Finalement, la commune prend la décision d’acquérir un immeuble au cœur du village pour installer son nouvel hôpital et cède l’ancienne fabrique de cigares. Elle est acquise, en juin 1921, par Léon Pfleger, négociant en matières premières pour la brosserie à Sarrebruck (Allemagne), et son frère Eugène Pfleger, commerçant à Strasbourg (Bas-Rhin). Ils y établissent une fabrique de brosses mécanique. Mais l’entreprise connaît des difficultés et fait l’objet d’une adjudication forcée en décembre 1923. Elle échoit alors à Camille Simonin, industriel établi à Schirmeck (Bas-Rhin).

En 1924, Salomon Lipovsky, un industriel que la révolution russe a chassé de ses usines de Kharkov, réinvestit les locaux et y fonde une fabrique de chaussettes qui prend le nom La Bonnal S.A. (La Bonneterie Alsacienne). Elle emploie alors 20 personnes et produit 240 paires de chaussettes par jour. La production se diversifie avec la confection de bas. Le bâtiment de la fabrique de cigares (C) est remanié et de nouveaux bâtiments sont édifiés sur le site. En 1929, sont bâtis la chaufferie avec sa cheminée (H), les bureaux avec un monte-charges (E) et un premier atelier de tricotage (A). En 1931, on réalise l’unité d’expédition (F, G) et le garage (K) et, en 1933, la conciergerie (M). Pour pouvoir teindre elle-même les fils de ses chaussettes, l’entreprise décide, en 1935, d’édifier une teinturerie, à environ trois km de l’usine-mère, le long de la RD 1422 (étudiée, IA67080360). La même année, le site de la route de Blienschwiller est augmenté d’un nouvel atelier de tricotage (D) et d’un second atelier de dévidage (B). Près de 900 personnes travaillent sur le site en 1939. Durant la Seconde Guerre mondiale, l’usine est occupée par la société Elsässische Strumpffabrik. Elle se compose alors de deux ateliers de tricotage (A, D), de deux ateliers de dévidage (B, C), d’un atelier de formage, d’un magasin d’expédition (F, G), d’une chaufferie avec son dépôt de charbon (H, I), de bureaux avec monte-charges (E), d’une conciergerie (M), d’un transformateur (N) et d’une construction (K, K’), au nord-ouest du site, regroupant les garages, le réfectoire d’usine et deux entrepôts.

En 1948, l’un des deux ateliers de dévidage (B) est rehaussé d’un étage pour accueillir des bureaux. En 1968, l’usine se modernise avec la construction d’un nouveau bâtiment (J) qui accueille bureaux et ateliers et d’une nouvelle conciergerie (O). Les plans sont dressés par l’architecte colmarien Jean Chomel (1919-2007). Les travaux de construction sont exécutés par l’entreprise Killy Frères de Sélestat (Bas-Rhin) en association avec l’entreprise de préfabrication Roos de Sainte-Croix-en-Plaine (Haut-Rhin). Pour faire face à l’augmentation des surfaces de production, la chaufferie est équipée d’une chaudière supplémentaire fournie par les Ets Babcock & Wilcox de Paris. Une citerne de fuel lourd de 200 m3 est également mise en place au droit de la chaufferie.

Au début des années 1970, la production annuelle se monte à 15 millions de paires de chaussettes, bas et collants, faisant de l’usine La Bonnal la plus importante unité de production de chaussettes pour homme en France. Plus de 1 000 salariés sont alors employés sur place. En 1979, le groupe Bloquert-Davesne, qui exploite la marque de chaussettes Kindy, prend le contrôle de La Bonnal jusque-là dirigée par Serge Lipovsky, petit-fils du fondateur, qui a lui-même succédé à son père, Léon. En 1982, un magasin de vente est aménagé dans les anciens entrepôts (K’) qui jouxtent les garages. Les effectifs de l’usine, équipée de 600 machines à tricoter, se montent alors à 500 personnes pour une production journalière de 50 000 paires de chaussettes.

En 1986, le nom de la marque évolue : La Bonnal devient Labonal. En 1991, on procède à la démolition de la partie occidentale de l’atelier issu du remaniement de la fabrique de cigares (C).

La marque Labonal disparaît du marché entre 1994 et 1998, date de la reprise de l’usine par un groupe de cadres. Une nouvelle société, Labonal, est créée. Elle poursuit la production de chaussettes en fil d’Ecosse. L’activité de teinturerie est abandonnée sur le site de la RD 1422 qui est cédé à la société Teinturerie Centre Alsace (TCA). En 2006, la marque Labonal est relancée. Sa commercialisation donne lieu à l’ouverture de magasins de vente directe. En 2009, un magasin d’usine est aménagé dans la partie conservée de l’atelier originel remanié (C). Au moment de l’enquête, en 2018, l’usine Labonal emploie 90 personnes et fabrique annuellement près de deux millions de paires de chaussettes haut de gamme avec l’aide d’un atelier design d’une dizaine de personnes.

Période(s) Principale : 1er quart 20e siècle
Principale : milieu 20e siècle
Dates 1907, daté par source
1929, daté par source
1931, daté par source
1933, daté par source
1935, daté par source
1948, daté par source
1968, daté par source
Auteur(s) Auteur : Detroy P.,
P. Detroy

Architecte actif à Mannheim (Allemagne) au début du 20e siècle.


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architecte, attribution par source
Auteur : Chomel Jean, architecte, attribution par source
Auteur : Killy Frères,
Killy Frères

Entreprise de Travaux Publics active à Sélestat entre les années 1920 et 1970.


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entrepreneur, attribution par source
Auteur : Roos,
Roos

Entreprise de gros-oeuvre établie à Sainte-Croix-en-Plaine (Haut-Rhin) et active dans les années 1960-1970.


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entrepreneur, attribution par source
Auteur : Lipovsky Salomon,
Salomon Lipovsky

Industriel d'origine russe établi à Dambach-la-Ville (Bas-Rhin).


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auteur commanditaire, attribution par source, attribution par travaux historiques

L’usine de bonneterie se déploie sur un terrain d’une surface de 27 000 m2 et sur près de 16 000 m2 d’espaces bâtis. Elle est bordée à l’ouest par la route de Blienschwiller dont elle est séparée par un mur d’enceinte maçonné et à l’est par un chemin de desserte viticole et des parcelles de vignes. L’ensemble se compose des bâtiments anciens, au nord de l’emprise, et de l’extension moderne, au sud. Pour l'identification des bâtiments, se reporter au plan de situation du site figurant dans les illustrations (IVR42_20196702000NUDA).

La partie originelle comporte deux anciens ateliers de tricotage (A, D), deux anciens ateliers de dévidage (B, C), les anciens bureaux avec un monte-charges (E), l’unité d’expédition (F, G) et la chaufferie avec ses citernes (H, I). La partie moderne consiste en un vaste bâtiment de plan rectangulaire (J) représentant plus de la moitié de la surface bâtie actuelle de l’usine. Enfin, la cour d’usine est bordée, du nord vers le sud, d’un vaste bâtiment qui réunissait originellement des garages, le réfectoire de l’usine et des entrepôts (K, K’), un garage (L), la conciergerie primitive (M), le transformateur (N) et la conciergerie moderne (O).

Le premier atelier de tricotage (A) se compose de neuf travées de sheds en rez-de-chaussée, orientées est-ouest, vitrées au nord et couvertes de tôles nervurées. Édifié en maçonnerie enduite, il est ajouré, à l’est, de baies rectangulaires jumelées et d’oculi dans les pignons. Une charpente métallique apparente en treillis soutient l’ensemble.

Le premier atelier de dévidage (actuel magasin d’usine, C), correspondant à ce qui subsiste de la fabrique de cigares remaniée, compte un sous-sol, un rez-de-chaussée surélevé et un étage de comble sous un toit à longs pans avec bitume en couverture. Il est construit en maçonnerie de briques enduites. Les murs-gouttereaux sont ajourés au rez-de-chaussée de larges baies rectangulaires avec châssis métalliques. Le pignon oriental est percé d’une baie rectangulaire jumelée et de deux oculi. Le mur-pignon occidental, élevé au moment de la démolition partielle du bâtiment, est aveugle.

Le second atelier de dévidage (B), de plan rectangulaire irrégulier, qui le flanque au sud, comporte deux étages carrés sous un toit en terrasse avec béton en couverture. Il est bâti en béton armé et percé de baies rectangulaires avec appuis saillants en ciment.

Le second atelier de tricotage (D) se compose de neuf travées de sheds en rez-de-chaussée, d’inégal développement, orientées est-ouest, vitrées au nord et couvertes de tôles nervurées et de ciment amiante. Bâti en maçonnerie enduite, il est ajouré, à l’est, de baies rectangulaires en triplet et d’oculi dans les pignons. La structure porteuse se compose de poutrelles métalliques rivetées en treillis de grande portée.

Le bâtiment de bureaux avec le monte-charges (E) présente une élévation antérieure animée d’un avant-corps à pans coupés, ajouré à l’étage d’une baie en plein cintre avec châssis métallique et appui saillant en grès, et d’une tourelle dans son angle nord-ouest. Édifié en maçonnerie de briques enduites, il est prolongé à l’est d’une extension plus récente en porte-à-faux reposant sur des poteaux en béton. L’ensemble est couvert d’un toit en terrasse avec béton en couverture.

La chaufferie (H) se déploie en rez-de-chaussée sous un toit à longs pans avec ciment amiante en couverture. Édifiée en maçonnerie enduite, elle est percée de baies rectangulaires avec châssis métalliques. Équipée de chaudières récentes au gaz, elle est flanquée à l’ouest de deux citernes circulaires (I) pour le fuel, protégées par un mur de confinement. L’ensemble est dominé, à l’est, par la cheminée d’usine tronconique en briques, étêtée et sommée d’une section terminale en métal.

A l’arrière de la chaufferie s’étend l’ancienne unité d’expédition (F), de plan rectangulaire, composée de deux travées de longs pans accolées en rez-de-chaussée, orientées est-ouest avec couverture en ciment amiante et verrière zénithale. Construite en maçonnerie enduite, elle est supportée par une charpente métallique en treillis et une rangée médiane de trois poteaux faits de deux profilés métalliques en U liaisonnés au moyen de platines rivetées.

La construction en rez-de-chaussée et de plan rectangulaire (G) qui lui est accolée au nord, est couverte d’un toit à longs pans avec lanterneaux et tôles en couverture. Édifiée en maçonnerie enduite, elle présente une ossature porteuse en bois.

L’extension moderne de l’usine (J) regroupe ateliers de fabrication et bureaux. De plan rectangulaire, elle comporte un sous-sol, un rez-de-chaussée, un étage carré pour sa partie postérieure sauf pour la travée septentrionale qui est en rez-de-chaussée, formant gradin au contact des constructions anciennes, et deux étages carrés pour sa partie antérieure, sur cour. Élevé selon un système de poteaux-poutres en béton armé et d'éléments en béton préfabriqués, l’ensemble est couvert d’un toit en terrasse percé de lanterneaux, avec gravillons en couverture. Le bâtiment est ajouré de baies rectangulaires en bandeau. Il est flanqué dans son angle sud-est d’une tourelle demi-hors-œuvre abritant une cage d’escalier et un monte-charge et dans son angle nord-ouest d’une cage d’escalier demi-hors-œuvre monumentale ajourée de verrières toute hauteur et dont la porte d’entrée est protégée d’un auvent en béton armé sur poteaux. Le sous-sol, qui abritait initialement l’atelier de remmaillage, les vestiaires et le réfectoire, est utilisé, au moment de l’enquête, comme magasin industriel. Le rez-de-chaussée, conçu pour le bobinage et le dévidage, accueille à présent l’unité de tricotage équipée de 135 tricoteuses de conception récente (entre 1990 et 2010) et de marques italiennes (Lonati, Busi Giovanni et Sangiacomo). Cette partie moderne de l’usine est flanquée au sud d’un entrepôt industriel de structure légère, en charpente métallique et bardage en tôle nervurée sous un toit à longs pans couvert de tôles ondulées en ciment-amiante.

La construction (K) qui ferme le site au nord-ouest est de plan rectangulaire. Bâtie en maçonnerie enduite, elle se déploie en rez-de-chaussée sous un toit bombé en ciment amiante. Elle est flanquée, au nord, d’une extension (K’) en rez-de-chaussée couverte d’un toit en appentis avec bardage métallique sur l’élévation nord. Les murs-pignons sont percés de baies rectangulaires avec châssis métalliques et appuis saillants en ciment. L’élévation antérieure, sur cour, est scandée de six portes de garage. La construction est renforcée de tirants métalliques transversaux.

Le garage (L), qui borde la route de Blienschwiller, est édifié en maçonnerie de briques enduites et coiffé d’un toit en appentis avec zinc en couverture. Plus au sud, l’ancienne conciergerie en rez-de-chaussée (M) adopte un plan rectangulaire allongé. Elle est construite en maçonnerie enduite, couverte d’un toit à longs pans avec croupes et plaques de ciment amiante et ajourée de baies rectangulaires avec appuis saillants en ciment. Elle est occupée au sud par un porche.

Le transformateur (N) est bâti en maçonnerie enduite et la nouvelle concierge (O) en béton armé sous un toit en terrasse avec gravillons en couverture. En rez-de-chaussée, cette dernière est flanquée au nord-ouest d’un avant-corps formant porche.

Murs brique maçonnerie enduit
béton
pan de fer essentage de tôle
Toit tôle nervurée, verre en couverture, béton en couverture, ciment amiante en couverture, bitume, zinc en couverture
Plans plan rectangulaire régulier
Étages sous-sol, rez-de-chaussée surélevé, en rez-de-chaussée, 2 étages carrés, étage de comble
Couvertures terrasse toit à longs pans lanterneau
verrière shed
appentis croupe
toit bombé
Énergies énergie électrique achetée
Statut de la propriété propriété d'une société privée

Références documentaires

Bibliographie
  • Dambach-la-Ville. Cité médiévale. Strasbourg : Carré Blanc Éditions, 2008.

  • Dambach-la-Ville. Sur la route du vin. Strasbourg : Éditions COPRUR, 1984.

(c) Région Grand-Est - Inventaire général - Schwarz Frank
Frank Schwarz

Chercheur spécialisé en patrimoine industriel au Service de l'Inventaire de la Région Grand Est (site de Strasbourg).


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