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Usine d’impression sur papier Wentzel, puis F.C. Wentzel, C. Burckardt Nachfolger, puis Jungck, puis Imagerie alsacienne. R. Ackermann Wissembourg, successeur de F. C. Wentzel, puis Imprimerie Ackermann. Journal de Wissembourg, puis Imprimerie de Wissembourg

Dossier IA67080361 réalisé en 2018

Fiche

La rédaction de ce dossier intervient dans le cadre d'une opération ponctuelle menée par Jérôme Raimbault et Frank Schwarz en juillet 2018. Celle-ci est liée au projet d’acquisition par la Ville de Wissembourg d’une partie des collections patrimoniales de l'entreprise Wentzel et de ses différents successeurs (images et pierres lithographiques, machines, outillage et archives de l'entreprise) et au projet de transformation des ateliers de fabrication en logements. La campagne de prises de vues est assurée par Frédéric Harster et la reproduction de documents photographiques anciens par Christophe Hamm.

L'enquête a donné lieu à la rédaction d'une synthèse qui précise l'historique de l'usine et en approfondit la description.

Historique

En 1832, Jean-Frédéric Wentzel (1807-1869), relieur de métier, crée une librairie faubourg de Landau à Wissembourg sur une parcelle de plan irrégulier, bordée au nord par l’enceinte urbaine, au nord-est par la rue du Nord (actuelle impasse des Chevaliers) et ouvrant au sud, par une étroite bande de terrain bâtie, sur la rue Bannacker. Il y commercialise notamment des feuilles coloriées produites par les Ets Pellerin à Epinal (Vosges). Muni d’un brevet d’imprimeur lithographe obtenu en 1835, il se lance lui-même dans l’impression d’images populaires. Les débuts sont prometteurs, la production s’accroît rapidement et un réseau de vente à l’échelle européenne se met en place. C’est vraisemblablement à cette époque qu’il fait ériger son usine à étage qui regroupe des ateliers sur trois niveaux, dans le prolongement nord des bureaux et à l’est d’un bâtiment existant et de plus petit développement (attesté par le cadastre napoléonien levé en 1831). Ce dernier est réinvesti et accueille également des ateliers. L’établissement est équipé d’une machine à vapeur. En 1845, l’entreprise possède une dizaine de presses à main et édite des lithographies au graphisme soigné et aux sujets variés : images pieuses, patriotiques, morales, ludiques ou pédagogiques. Cette même année, Jean-Frédéric Wentzel fait l’acquisition de la grange située à l’est de son terrain, en bordure de la rue du Nord, et y aménage un magasin. Au milieu du 19e siècle, grâce à l’activité déployée par la firme Wentzel, Wissembourg s’impose comme l’un des principaux centres imagiers de France, concurrençant la production d’Épinal. Le 4 février 1851, Jean-Frédéric Wentzel obtient le brevet d’imprimeur en lettres ouvrant la voie à l’impression d’ouvrages en complément de sa production d’images. Il fait également paraître, au début des années 1860, un journal local sous le titre La Publicité puis Les Affiches de Wissembourg. En 1861, son entreprise emploie 85 personnes.

A son décès, en 1869, Jean-Frédéric Wentzel laisse à ses deux fils une entreprise prospère et florissante équipée de 18 presses lithographiques capables de produire chacune jusqu’à 400 feuilles par jour (soit une production annuelle théorique de deux millions d’images) et d’une presse typographique acquise lors de l’Exposition universelle de 1867 et mise en mouvement par un moteur à gaz. L’établissement se compose alors d’une maison d’habitation avec magasin de vente sur rue, prolongée au nord par des bureaux, des ateliers de fabrication et la salle des machines. Au nord-est de la maison se dresse un magasin industriel (disparu). La partie septentrionale de la propriété est occupée par un vaste jardin à la française et des bâtiments annexes (hangars, grange et magasin aujourd’hui disparus) qui commandent l’entrée orientale du site. Le fils cadet de Jean-Frédéric Wentzel, Frédéric-Charles (1839-1877), lui succède mais sa mort prématurée, en 1877, amorce le déclin de l’entreprise familiale qui se partage entre édition, imagerie populaire et librairie. Le second fils de Jean-Frédéric Wentzel, Charles-Frédéric, dirige le dépôt parisien de l’entreprise fondé vers 1855. Après son décès, la veuve de Frédéric-Charles prend la direction de l’imprimerie jusqu’en 1880, date à laquelle elle la cède à son fondé de pouvoir, Camille Burckardt, qui poursuit l’activité sous la raison sociale : F.C. Wentzel, C. Burckardt Nachfolger. C’est vraisemblablement ce dernier qui procède à l’édification d’un nouveau magasin (disparu) sur l’emprise sud-est du jardin, à proximité de l’entrée orientale de l’usine. Après son décès en 1888, la firme est acquise par deux associés allemands, Hermann Jungck et Emil Schenck qui se séparent vers 1898. Jungck poursuit alors seul l’exploitation de l’imprimerie, de l’atelier d’imagerie populaire et de la librairie avec une quarantaine d’employés. En 1906, l’ensemble passe aux mains de l’imprimeur wissembourgeois René Ackermann, puis de son fils Charles-Philippe (1896-1972). Ce dernier produit, au cours des années 1930, les dernières images populaires de Wissembourg alors concurrencées par de nouveaux médias. Elles sont néanmoins commercialisées jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale. La famille Ackermann exploite l’entreprise sous le nom d’Imagerie alsacienne. R. Ackermann Wissembourg, successeur de F. C. Wentzel, puis d’Imprimerie Ackermann. Journal de Wissembourg.

Le 1er mai 1955, Charles Muller (1919-2002) acquiert la société et lui confère une nouvelle raison sociale : Imprimerie de Wissembourg. L’activité nécessite d’agrandir les locaux. En 1964, l’architecte G. Walter de Strasbourg livre les plans d’une extension de l’usine sous la forme d’un bâtiment productif en rez-de-chaussée à construire au nord du site, en lieu et place du jardin. Le projet prévoit également la démolition des magasins, des hangars et de la grange implantés à l’est de l’enceinte. Ce programme n’est toutefois pas mené à bien. En 1968, la couverture de l’atelier de fabrication édifié par Jean-Frédéric Wentzel est changée, ce qui entraîne la disparition des deux rangées de lucarnes qui ajouraient les deux étages de combles. En 1969, on procède à la construction d’un nouveau bâtiment sur rue. Le projet, conçu par l’architecte strasbourgeois Louis Schneider, nécessite la démolition de la maison d’habitation, d’une seconde maison sur rue qui lui est accolée à l’ouest, des bureaux à l’arrière et du magasin industriel implanté au sud-est de la fabrique. Ce nouveau bâtiment comprend, sur l’avant, un magasin de vente sur deux niveaux, des bureaux à l’arrière et un logement au deuxième étage. La même année, on remanie la salle des machines comme en atteste le millésime gravé dans l’enduit de son pignon est. En 1973, les ateliers sont étendus vers l’est par une construction légère en rez-de-chaussée, ajourée d’une grande baie vitrée. Les travaux sont conduits par l’entreprise de travaux publics G. Kohler de Strasbourg. A cette époque, l’Imprimerie de Wissembourg compte une soixantaine de collaborateurs. En 1977, les ateliers d’impression sont transférés au sein d’une ancienne conserverie wissembourgeoise. Sur le site originel, les hangars, la grange et le magasin qui commandent l’entrée du site, à l’est, sont finalement démolis au cours des années 1980. Une maison contemporaine a depuis été construite à leur emplacement. L’activité d’impression se poursuit au sein des nouveaux locaux jusqu’en 2007, date de la cessation définitive de l’activité. Au moment de l'enquête d'inventaire, conduite en 2018, les ateliers de fabrication font l’objet d’un projet de reconversion en logements.

Description

L’ancienne usine d’impression sur papier Wentzel se compose, du sud au nord, d’un bâtiment mixte associant un magasin de commerce, des bureaux et un logement, de deux ateliers de fabrication parallèles et de la salle des machines. La partie orientale du jardin, bordé au nord d’un mur d’enceinte en moellons de grès rehaussés de briques, a été distraite de la propriété pour laisser place à deux maisons d’habitation. L’entrée est du site est aujourd’hui murée mais conserve ses piédroits en grès appareillé et sa porte piétonne encadrée de grès.

Le bâtiment mixte, sur rue, comporte un sous-sol partiel, deux étages carrés et un étage de comble sur sa partie antérieure coiffée d’un toit à longs pans avec tuiles mécaniques et lucarnes rampantes au sud. Sa partie postérieure comporte un toit-terrasse en béton. Bâti en maçonnerie enduite, il présente une élévation sur rue à cinq travées d’ouvertures rectangulaires avec encadrements moulurés et saillants en grès. La travée médiane est en légère saillie. Les grandes baies qui ajourent le commerce au rez-de-chaussée, délimité par un bandeau d’étage en grès, sont en arc segmentaire, pour trois d’entre elles. Sur l’élévation postérieure, les baies sont rectangulaires avec appuis saillants en grès.

Le premier atelier de fabrication, à l’ouest, résulte d’une construction préexistante et remaniée. De plan rectangulaire, il se compose d’un rez-de-chaussée surmonté d’un étage de comble couvert d’un toit en appentis avec tuiles mécaniques. Occupé par l’atelier de composition, il est construit en maçonnerie enduite et ajouré à l’ouest de baies rectangulaires avec encadrements en grès et au nord d’une vaste baie rectangulaire avec linteau métallique et jambages en grès.

Le second atelier de fabrication, de plan rectangulaire allongé et de plus grand développement, lui est accolé à l’est. Édifié en maçonnerie enduite, il comporte un étage carré et deux étages de comble sous un toit à longs pans avec tuiles mécaniques et demi-croupe au nord. L’élévation sur cour est rythmée par 17 travées d’ouvertures rectangulaires encadrées de grès dont les deux dernières, à l’extrémité nord du bâtiment, résultent de percements ultérieurs. Le mur-pignon nord compte quatre baies identiques à l’étage, deux au niveau du comble. Le bâtiment se compose de vastes plateaux avec planchers en bois soutenus par une rangée médiane de poteaux circulaires en fonte au rez-de-chaussée et en bois brut à l’étage. Cet atelier est flanqué, sur son élévation orientale, d’une extension en rez-de-chaussée couverte d’un toit en appentis en tôles nervurées, reposant sur une structure métallique et fermée à l’est par un mur en maçonnerie enduite surmonté d’une baie vitrée à châssis métallique.

La salle des machines est fortement remaniée. Adoptant un plan rectangulaire et bâtie en maçonnerie enduite, elle se déploie en rez-de-chaussée sous un toit à longs pans couvert de tuiles en écaille.

Appellations Wentzel, Imprimerie de Wissembourg
Parties constituantes non étudiées magasin de commerce, bureau, logement, atelier de fabrication, salle des machines, jardin
Dénominations usine d'impression sur papier
Aire d'étude et canton aire d'étude du département 67 - Wissembourg
Adresse Commune : Wissembourg
Adresse : 11, 13 rue Bannacker
Cadastre : 2018 23 124, 126, 129 à 131

En 1832, Jean-Frédéric Wentzel crée une librairie à Wissembourg, rue Bannacker. Vers 1835, il se lance dans l’impression d’images populaires. C’est vraisemblablement à cette époque qu’il fait ériger son usine à étage qui regroupe des ateliers sur trois niveaux dont celui des combles. L’établissement est équipé d’une machine à vapeur. En 1845, l’entreprise possède une dizaine de presses à main et édite des lithographies au graphisme soigné et aux sujets variés. En 1851, Jean-Frédéric Wentzel obtient le brevet d’imprimeur en lettres ouvrant la voie à l’impression d’ouvrages.

Au moment du décès de Jean-Frédéric Wentzel, en 1869, l’établissement se compose d’une maison d’habitation avec magasin de vente sur rue, prolongée au nord par des bureaux, des ateliers de fabrication et la salle des machines. Le fils cadet de Jean-Frédéric Wentzel, Frédéric-Charles, lui succède mais sa mort prématurée, en 1877, amorce le déclin de l’entreprise familiale. Sa veuve prend la direction de l’imprimerie jusqu’en 1880, date à laquelle elle la cède à son fondé de pouvoir, Camille Burckardt, qui poursuit l’activité sous la raison sociale : F.C. Wentzel, C. Burckardt Nachfolger. C’est vraisemblablement ce dernier qui procède à l’édification d’un nouveau magasin. Après son décès en 1888, la firme est acquise par deux associés allemands, Hermann Jungck et Emil Schenck. En 1906, l’ensemble passe aux mains de l’imprimeur wissembourgeois René Ackermann, puis de son fils Charles-Philippe. La famille Ackermann exploite l’entreprise sous le nom : Imagerie alsacienne. R. Ackermann Wissembourg, successeur de F. C. Wentzel, puis : Imprimerie Ackermann. Journal de Wissembourg.

Le 1er mai 1955, Charles Muller acquiert la société et lui confère une nouvelle raison sociale : Imprimerie de Wissembourg. En 1969, on procède à la construction d’un nouveau bâtiment sur rue conçu par l’architecte strasbourgeois Louis Schneider. En 1973, les ateliers sont étendus vers l’est. En 1977, les ateliers d’impression sont transférés au sein d’une ancienne conserverie wissembourgeoise, où l'activité se poursuit jusqu’en 2007, date de la cessation définitive de l’activité.

Période(s) Principale : 2e quart 19e siècle , daté par source
Secondaire : 2e moitié 19e siècle , daté par source
Secondaire : 2e moitié 20e siècle , daté par source
Dates 1969, daté par source
1973, daté par source
Auteur(s) Auteur : Schneider Louis
Louis Schneider (1917 - 1987)

Architecte strasbourgeois.


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Auteur : Wentzel Jean-Frédéric,
Jean-Frédéric Wentzel (1807 - 1869)
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auteur commanditaire, attribution par source, attribution par travaux historiques

Le site se compose d’un bâtiment mixte associant un magasin de commerce, des bureaux et un logement, de deux ateliers de fabrication et de la salle des machines.

Le bâtiment mixte, sur rue, comporte un sous-sol partiel, deux étages carrés et un étage de comble sur sa partie antérieure coiffée d’un toit à longs pans avec tuiles mécaniques et lucarnes rampantes au sud. Sa partie postérieure comporte deux étages carrés sous un toit-terrasse en béton. Il est bâti en maçonnerie enduite.

Le premier atelier de fabrication, de plan rectangulaire, se compose d’un rez-de-chaussée surmonté d’un étage de comble couvert d’un toit en appentis avec tuiles mécaniques. Il est construit en maçonnerie enduite. Le second, de plan rectangulaire allongé et de plus grand développement, lui est accolé à l’est. Édifié en maçonnerie enduite, il comporte un étage carré et un étage de comble sous un toit à longs pans avec tuiles mécaniques et demi-croupe au nord. Cet atelier est flanqué, sur son élévation orientale, d’une extension en rez-de-chaussée couverte d’un toit en appentis en tôles nervurées, reposant sur une structure métallique.

La salle des machines est bâtie en maçonnerie enduite, elle se déploie en rez-de-chaussée sous un toit à longs pans couvert de tuiles en écaille.

Murs maçonnerie enduit
Toit tuile mécanique, tuile en écaille, béton en couverture, tôle nervurée
Plans plan rectangulaire régulier
Étages sous-sol, en rez-de-chaussée, 2 étages carrés, étage de comble
Couvertures terrasse toit à longs pans demi-croupe
Énergies énergie thermique produite sur place
États conservations établissement industriel désaffecté
Statut de la propriété propriété d'une personne privée

Références documentaires

Bibliographie
  • SIEFERT, Katharina. De Wentzel à Ackermann - 100 ans de production d'images à Wissembourg. In [Exposition. Wissembourg/Karlsruhe. 1999]. Saints, Souverains, Pantins. Stuttgart : Jan Thorbecke Verlag, 1999, p. 13-15.

  • VANJA, Konrad, LERCH, Dominique. Entre France et Allemagne, une histoire et une historiographie : l'imagerie Wentzel à Wissembourg. In [Exposition. Strasbourg. 2010-2011]. Des Mondes de Papier. L'imagerie populaire de Wissembourg. Strasbourg : Éditions des Musées de Strasbourg, 2010, p. 25-27.

  • LERCH, Dominique. Wissembourg, une cité imagière ? In [Exposition. Strasbourg. 2010-2011]. Des Mondes de Papier. L'imagerie populaire de Wissembourg. Strasbourg : Éditions des Musées de Strasbourg, 2010, p. 32-38.

  • BURGER, Serge. L'histoire de l'imagerie Wentzel (et successeurs) de Wissembourg. In [Exposition. Strasbourg. 2010-2011]. Des Mondes de Papier. L'imagerie populaire de Wissembourg. Strasbourg : Éditions des Musées de Strasbourg, 2010, p. 39-42.

(c) Région Grand-Est - Inventaire général - Raimbault Jérôme - Schwarz Frank
Frank Schwarz

Chercheur spécialisé en patrimoine industriel au Service de l'Inventaire de la Région Grand Est (site de Strasbourg).


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